Rem Kooklhaas – Le maître de Rotterdam

Rem Koolhaas, fondateur de l’Office for Metropolitan Architecture (OMA), prix Pritzker en 2000, est assis sur un meuble évolutif, extrait de la collection « Outils de vie » dessinée pour Knoll. Commissaire général de la Biennale d’architecture de Venise, l’architecte star néerlandais Rem Koolhaas revient sur le devant de la scène en France.

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Le bâtiment Prada à San Francisco.

Le Lion d’or de la Biennale d’architecture 2010 de Venise a décidé que la 14e édition de cette manifestation commencera le 7 juin et non pas en août comme de coutume. « Afin de nourrir plus longtemps les débats », dixit ce chantre de la polémique. Remarqué avant même d’avoir commencé à construire, grâce à la publication en 1978 de « New York Délire » (Delirious New York), ouvrage où il remet en question l’urbanisme de Manhattan, Rem Koolhaas paie parfois cher son goût pour la diatribe. Alors qu’il s’était illustré en France avec la maison Lemoine de Bordeaux (1998) et une villa à Saint-Cloud (1991), le chef d’orchestre du quartier Euralille, inauguré en 1994, est resté de longues années sans remporter de concours en Fran­ce. « Son manifeste « Fuck the Context* » a été mal compris. Il a eu beaucoup de détracteurs, qui l’ont décrit comme un architecte ostentatoire, détaché de la réalité. C’est exactement le contraire qu’il fallait comprendre », souligne Clément Blanchet, son associé pour la France.

 

Une cote croissante dans l’Hexagone

Après Rotterdam, où est née la première agence OMA en 1975, puis New York et Pékin, il aura fallu attendre 2012 pour que l’Office for Metropolitan Architecture ait une antenne en France. Le jeune architecte Clément Blanchet, qui vient de créer sa propre agence, mais continuera à superviser les opérations en cours de l’OMA, a de quoi faire. Bibliothèque Médiathèque à Vocation Régionale de Caen et Ecole Centrale Paris à Saclay, l’inauguration de ces projets est prévue en 2016. Avant le projet du Parc des Expositions de Toulouse en 2017 et le sixième pont de Bordeaux pour 2018. « Ce pont illustre une contre-réaction à la boulimie sculpturale, à l’overdose de volonté expressionniste », précise Clément Blanchet.

Le Nhow Hotel à Rotterdam.
Le Nhow Hotel à Rotterdam.

 

Créer des liens

Pour son premier pont, OMA a imaginé une simple plate-forme de 44 mètres de large et 545 mètres de long, où les espaces réservés aux piétons prédominent. Avec sa forme monolithique, ce projet, comme les autres en cours, est bien loin de la silhouette de la bibliothèque de Seattle dont les formes audacieuses témoignent du talent déconstructiviste de Koolhaas, à l’instar du siège de la télévision chinoise CCTV à Pékin ou encore de la Casa da Musica à Porto. Avec ses 300 collaborateurs, gérant une trentaine de projets simultanés dans le monde, le roi de la provoc’ met désormais en exergue le principe d’une architecture évolutive. Au sens formel, comme avec L’Ecole Centrale de Saclay, baptisée le Lab City parce que dessiné comme un « laboratoire qui laisse la liberté de pouvoir créer la ville au fil des ans », précise Koolhaas dans un français très correct. Exit les murs mis sous tension, place aux liens, au sens propre comme au figuré.

* La ville contemporaine ne répondant plus aux attentes d’une société postmoderne, l’architecte ne refusait pas un certain chaos plutôt qu’un urbanisme classique.

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Détail du Milstein Hall, une extension de quatorze mille mètres carrés qui se raccorde à l’historique Cornell University situé dans l’Etat de New York.
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Lors de l’agrandissement de l’Institut de Technologie de l’Illinois, OMA a enveloppé le métro aérien pour Chicago d’un tube d’acier insonorisant.

 

 

Tel Aviv – Une piscine sur le toit

Le studio d’architecture israélien Pitsou Kedem vient de réaliser un pied-à-terre design et cossu au dernier étage d’un immeuble de style Bauhaus situé au nord de Tel Aviv où l’eau est à la fois source de plaisir et élément architectural.

Par Claire Bossu-Rousseau – Photos Amit Geron – Stylisme Eti Buskila

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Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, Tel Aviv, surnommée la ville blanche est considérée comme une place forte de l’architecture et du design grâce à son héritage Bauhaus. Plusieurs membres de cette école qui ont fui le nazisme, dont l’ancien directeur Hannes Meyer, se sont installés à Tel Aviv où ils ont dispensé leur enseignement. Véritable musée à ciel ouvert, c’est la ville qui concentre aujourd’hui le plus de bâtiments d’inspiration Bauhaus au monde.

Ce style facilement reconnaissable (con­fort, lignes pures, fonctionnalité, ouverture vers l’extérieur, faibles coûts de construction, etc.) a reçu en Israël une interprétation et une application propres adaptées au climat ainsi qu’au mode de vie chaleureux et dynamique du pays. Lentement, la ville s’est couverte de constructions aux fenêtres rectangulaires, aux toits plats et aux balcons souvent longs et étroits, un peu enfoncés dans le bâtiment pour protéger les intérieurs du soleil et de la chaleur, mais également ouverts au vent d’ouest, venant de la mer, pour rafraîchir la maison.

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L’appartement dispose de quatre chambres et trois salles de bains. Avec la cuisine, ces pièces sont un concentré de style dépouillé. La sobriété règne sur les meubles aux formes rationnelles carrées ou rectangulaires. La cuisine est signée Boffi. 

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Dans la salle de bains, le porte-serviette et les miroirs proviennent de chez B&B Italia. Dans la douche, le tabouret en palissandre « Butterfly stool » dessiné par Sori Yanagi est fabriqué par Vitra.

C’est dans l’un de ces immeubles, rue Antokolsky, que les architectes Pitsou Kedem et Ran Brodies assistés des designers Irena Goldberg et Nurit Ben Yosef ont rénové un somptueux penthouse de 680 m2. Fondé en 2002, le studio Pitsou Kedem Architects réunit une équipe de jeunes architectes qui y développent un style minimaliste basé sur des principes modernistes. Leurs réalisations mettent l’homme au centre des créations, utilisent des matériaux adéquats et s’efforcent de proposer des solutions non conventionnelles.

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Pitsou Kedem propose un langage architectural simple, basé sur les besoins quotidiens des habitants. La pièce à vivre réunit trois fonctions : cuisine, repas et détente. Et bénéficie d’une double exposition. Canapés « Twice » de Pierre Lissoni pour Living Divani , Bibliothèque « Flat C » d’Antonio Citterio pour B&B Italia, plafonnier en métal par Serge Mouille. Autour de la table de Lissoni (Porro), fauteuils « Achille » pour MDF Italia.

L’homme au centre de l’architecture

Pitsou Kedem se reconnaît bien volontiers très influencé par les travaux d’Albert Loos, défenseur du dépouillement intégral dans l’architecture, et par le modernisme des années 50. Il se dit particulièrement inspiré par le travail de Mies van der Rohe, sa vision des transparences comme celle des volumes. Il évite également de se reposer sur ses acquis :

Je suis toujours à la recherche d’idées nouvelles, à essayer de penser « en dehors de la boîte », à tout remettre en question. Je suis à la trace les nouveaux matériaux toujours plus légers et agréables à vivre et je m’efforce de créer un habitat constamment plus ouvert et flexible pouvant s’adapter aux besoins futurs des occupants.

Comme dans tous ses projets, l’eau a un rôle déterminant. A la fois esthétique et utilitaire, le bassin de nage structure l’espace tout en lui permettant de fusionner le solide (le bâti immuable) et le liquide (matière insaisissable et mouvante). Ce joli dialogue entre l’eau – rappel de la mer toute proche – et l’architecture, se fait l’écho de cette riche civilisation édifiée en bordure maritime, là même où il a été décidé de construire ce superbe refuge urbain conçu pour habiter, rêver et, sûrement, ressentir une certaine paix.

 Les espaces intérieurs aux grandes fenêtres coulissantes laissent pénétrer la brise du soir. La terrasse où l’avancée du toit joue les brise-soleil, s’ouvre sur un paysage urbain exaltant. Fauteuils « Sdraio » de Piero Lissoni pour Living Divani. Sur la terrasse, table de Grcic (Bd Barcelona) et chaises « Vegetal » des Bouroullec pour Vitra.

Comble du luxe, le penthouse est doté d’une piscine à débordement jouissant d’une vue magnifique. Les bords ont été traités de la manière la plus fine possible pour laisser les regards converger au loin.

 

Casa Dos Ipès – Modernisme tropical

Digne héritier d’Oscar Niemeyer, Marco Kogan est l’un des architectes qui défend le mieux la créativité brésilienne d’aujourd’hui, comme en témoigne l’un de ses fleurons, Casa Dos Ipès.

Le mobilier d’extérieur en bois recyclé, est signé Carlos Motta, un architecte spécialisé dans la création de pièces en bois épurées. A l’image de la collection « Asturias » qui s’inspire de la beauté organique de la jungle brésilienne primitive. Tableau de l’artiste brésilien Rag.

Conçu par Marcio Kogan et Lair Reis du Studio mk27 pour un jeune couple amateur d’art contemporain et leur enfant de 2 ans, ce morceau de paradis semble presque trop beau pour être vrai. Il est en effet plutôt rare de trouver au cœur d’une ville comme São Paulo, une maison qui se vive aussi ouvertement. Située dans un quartier tranquille et verdoyant de la métropole, Casa Dos Ipès arbore un faux air de maison de campagne. Le rez-de-chaussée s’ouvre de toutes parts sur les terrasses qui l’entourent, une piscine et un jardin, tandis que l’étage – une boîte en béton composée de quatre chambres et d’un salon privé – semble flotter au-dessus de manière protectrice. Les clients avaient exprimé leur désir de voir toutes les structures entièrement dissimulées à la vue, ce qui a conduit à ce bloc aux piliers inexistants.

L’une des conséquences positives de ce type d’architecture aboutit à une fluidité de circulation maximale entre jardin et bâtisse, ce que confirme Marcio Kogan : « Il existe une forte relation entre l’intérieur et les espaces extérieurs et il est difficile de séparer les deux. Il s’agissait d’un moyen de valoriser le sentiment d’espace qui est primordial pour moi. L’habitat ne se résume pas à quatre murs, le jardin est englobé. Mais la maison n’est pas totalement ouverte non plus – ce n’est pas qu’une enveloppe de verre. Il y a une base arrière, c’est la cuisine et les pièces de service en sous-sol. »

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L’entrée principale se fait via quatre portes spectaculaires et pivotantes en friejo, un bois dur brésilien. Celles-ci permettent de tout cloisonner ou au contraire d’abolir toute frontière entre intérieur et extérieur. Guéridon « Diana » de Konstantin Grcic (Classicon), poufs « Sushi Joy » de von Vliet pour Moroso, canapé « Hall » par MiCasa, fauteuil noir Jean Prouvé (Vitra).

Savoir aménager des coins d’intimité

Une immense pièce commune occupe pratiquement tout le premier niveau, longée d’une longue bibliothèque murale. Face à elle, un canapé sur mesure déploie ses assises de tous côtés pour profiter tantôt de la vue côté jardin tantôt pour jouir de moments plus intimistes. « Nous souhaitions un endroit où nous pourrions passer la journée en famille et entre amis, regarder des films ou écouter de la musique et cuisiner – le tout dans le même espace », racontent les propriétaires. « Nous ne voulions pas avoir des pièces à des fins différentes mais qu’elles aient en tout cas toutes vue sur la piscine et le jardin. Nous recevons beaucoup, il fallait que ce lieu soit particulièrement spacieux. »

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Dans la pièce à vivre ouvrant sur la terrasse de la piscine partiellement ombragée par le surplomb de l’étage supérieur, le sol en travertin est le point commun visuel des différents espaces. Fauteuil jaune « up1 » de Gaetano Pesce pour B&B Italia. Suspensions « Torch » de Sylvain Willenz pour Established & Sons. Table et chaises Eero Saarinen (Knoll), lampe Bamboo créée par Committee (Moooi), tapis Nani Chinellato.

Une approche quasi cinématographique

Marcio Kogan, lui-même fils et petit-fils d’architecte, précise qu’il puise son inspiration dans un ensemble éclectique d’influences architecturales, littéraires, et cinématographiques. Il avoue d’ailleurs un faible pour le film « Mon oncle » de Jacques Tati réalisé en 1958. Ce n’est donc pas un hasard si sous le bloc en béton aveugle – qui n’est pas sans évoquer la forme d’un écran de cinéma -, les immenses portes en bois permettent lorsqu’elles se ferment de créer une pénombre qui rappelle celle des salles obscures.

Il reconnaît aussi bien volontiers s’inspirer également du travail des architectes modernistes des années 40 et 50. Avec un design minimaliste et stylisé, Marcio Kogan s’approprie à sa façon l’esprit du modernisme tropical. Ses lignes en béton brut, simplissimes et connectées à la nature luxuriante, sont une merveille d’équilibre entre le végétal et le minéral.

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Fauteuil « up5 » et repose-pied « up6- la mamma » de Gaetano Pesce pour B&B Italia. 

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Dans la chambre, le rocking chair « JJ » de Citterio pour B&B Italia.

Par Dominic Bradbury & Claire Bossu-Rousseau – Photos Richard Powers
Publié dans Résidences Décoration numéro 118

Un bungalow moderne blanc aux formes linéaires pures par l’architecte Isay Weinfeld

Sur une plage brésilienne de rêve, l’architecte sud américain Isay Weinfeld a posé entre sable et jungle, un bungalow moderne à la blancheur éclatante et aux formes linéaires très pures.

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La nature est si présente dans la vie quotidienne au Brésil que le design joue constamment avec. Mobilier signé, claustra, sols, le bois est ici partout.

A moins de 100 kilomètres de l’effervescente São Paulo se trouve un sanctuaire tropical que les habitants appellent « la perle de l’Atlantique ». Sa végétation luxuriante et ses rubans de sable blanc font de Guaruja, une destination de week-end ultra prisée des Pau­listes. Quel­ques privilégiés se font même bâtir des propriétés de rêve avec accès direct à la plage… tout comme ce couple installé à New York, qui a con­fié le projet à Isay Weinfeld, maître incontesté du luxe à la brésilienne. Le starchitecte a relevé le défi et conçu une résidence au style discrètement opulent, qui met en avant des matériaux précieux (pierre et bois exotiques) et des meubles de grandes signatures, patiemment chinés au Brésil et en Argentine. Synonyme d’élégance et de raffinement, la patte Weinfeld, c’est aussi une approche chaleureuse du modernisme qui l’a rendu célèbre un peu partout dans le monde à savoir des lignes pures, le recours exclusif à du bois local et le souci de la fonctionnalité.

Welcome to lost paradise !

« Nous adorons ses constructions blanches et pures auxquelles il sait comme nul autre apporter une sensation de chaleur naturelle », explique le propriétaire, un homme d’affaires qui a laissé carte blanche à Isay Weinfeld. L’homme décrit ce site comme « le paradis perdu », un emplacement qu’il a mis trois ans à découvrir pour en faire « le lieu de détente par excellence où passer du bon temps en famille et entre amis ». La seule exigence formulée à l’architecte était que le futur havre de paix de 875 mètres carrés soit bâti en utilisant un minimum de matériaux et qu’il laisse parler la nature. Face aux sublimes nuances de bleu et de vert de l’océan, la maison est formée de deux boîtes rectangulaires blanches placées l’une sur l’autre et entourées de plantes tropicales. La terrasse du niveau supérieur vient servir de toit protecteur à celle placée juste en dessous qui communique de plain-pied avec le jardin via de simples grandes baies vitrées. La piscine joue la transition avec la plage située à un jet de pierre : « un choix entre eau douce et eau salée qui permet à chacun de se relaxer à sa manière », comme l’explique le propriétaire.

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Le mobilier, moderne, a été personnellement choisi par l’architecte comme ces canapés et ottomans découverts dans le magasin de Laura Orcoyen, à Buenos Aires lors d’un voyage en Argentine. Paire de fauteuils « Diz » de Sergio Rodrigues en bois d’eucalyptus. Cheminée ultra-minimaliste en acier conçue par Isay Weinfeld. Tout au fond, on aperçoit les lampes « Bubble » de George Nelson pour Howard Miller.

Inspirations orientales revisitées

Isay Weinfeld s’est inspiré des origines arabes de son client et a incorporé tout le long de l’étage où se trouvent les cinq chambres, un moucharabieh. Ce dispositif de ventilation naturelle est constitué d’éléments en bois tourné assemblés selon un plan géométrique et qui forment un grimage serré. Outre l’effet esthétique indéniable, ce claustra oriental se pare de multiples vertus. La réduction de la surface produite par le maillage accélère le passage du vent tout en filtrant la lumière du soleil mais sans obscurcir la vue. De la même façon que la plage et la jungle alentour offrent un beau contraste, les textures jouent aussi des contraires à l’intérieur de la maison : les tons chauds des panneaux de bois qui couvrent le mur entier de la pièce à vivre s’opposent de manière heureuse à la fraîcheur de la pierre au sol.

Cet équilibre permanent recherché (et trouvé !) entre sophistication et humilité mais aussi architecture et nature inscrit cette réalisation d’Isay Weinfeld dans le droit fil du modernisme tropical.

Le raffinement préside à la décoration de ce cabanon de plage pour Robinson de luxe. L’architecte a composé avec la pierre, la végétation et du bois recyclé issu de la forêt amazonienne pour mieux fondre la villa dans la nature environnante. Devant la piscine, on aperçoit deux fauteuils en bois d’eucalyptus « Mole » signés Sergio Rodrigues, un designer né à Rio de Janeiro. Encore et toujours du bois pour la chambre à coucher agrémentée d’une terrasse à l’ombre d’un moucharabieh.

Texte par Danielle Miller & Claire Bossu-Rousseau – Photos Richard Powers
Publié dans Résidences Décoration numéro 118

Fogo Island – Un ovni signé Todd Saunders

Les possibilités d’une ile… Dans la lumière chaude, qui baigne les côtes déchiquetées de l’Atlantique nord, les architectures radicales d’un hôtel d’avant-garde et de six studios d’artistes signés Todd Saunders, confrontent leur façade de lames de bois à des maisons de simples pêcheurs.

Par Martina Hunglinger – Texte Madeleine Jelstrupp – Photos Mads Mogensen

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Entre luxe ultra contemporain et simplicité de l’habitat local…

Après avoir fait fortune dans la fibre optique, Zita Cobb, fille de pêcheur, a investi des millions de dollars pour revitaliser le milieu rural de cette île du large de Terre-Neuve. L’un de ses projets les plus électrisants ? Le Fogo Island Inn d’où admirer le ballet des baleines depuis le toit-terrasse.

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« Long Studio » emprunte ses formes acérées aux rochers alentour tout en offrant, un contraste avec la nature à la fois fragile et redoutable. Imaginé par Todd Saunders et érigé par la Fogo Island Arts Corporation, le « Long Studio » sert d’espace de travail à des artistes internationaux.

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Au-delà du rêve, l’apaisement…

Sur la terrasse du Fogo Island Inn, le mobilier aux lignes élégantes a été spécialement fabriqué par les habitants de l’île.

Cette auberge cinq étoiles et 100 % écologique (récupération des eaux, panneaux solaires), abrite vingt-neuf chambres, une galerie d’art moderne et un restaurant locavore.

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Six ateliers d’artistes pour revitaliser une île sauvage.

« Noir, gris ou blanc, les couleurs des studios sont celles des rochers et des icebergs qui flottent même sous 20 °C », précise Todd Saunders, qui pose dans le volume immaculé de son « Long Studio ». Work in progress : l’artiste Vida Simon en résidence au Bridge Studio.

« Tower Studio », un monolithe noir inspiré du film « 2001, Odyssée de l’espace » ? Un bâtiment où la distorsion semble être en lien direct avec la nature du sol et l’hostilité de ce territoire. La verticalité permet ici d’avoir une vue imprenable sur le lac et de proposer un isolement bénéfique à la création artistique.

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Mise en abyme entre une petite maison de pêcheur et la structure géométrique retwistée du « Squish Studio ».

Une architecture signée par Todd Saunders où la puissance des formes géométriques et les non-couleurs viennent souligner la lecture d’un paysage naturel sans pareil.

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Un ovni signé Todd Saunders, solidement ancré dans ce paysage rude et primitif. Tout comme les pavillons, l’hôtel est habillé de bois local, à l’intérieur comme à l’extérieur. La partie du bâtiment en porte-à-faux est soutenue par un savant enchevêtrement de pilotis d’acier, qui rappellent les pieux des constructions d’autrefois.

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