Pousser les murs, préserver l’âme et les souvenirs de cette maison de Neuilly-sur-Seine

Pour ne pas quitter leur maison de cœur, près du Bois de Boulogne, à Neuilly-sur-Seine, ses propriétaires confient à Camille Hermand, architecte, le soin de multiplier les mètres carrés. Par le haut, en toute discrétion. Go !

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Jeanne Perrotte

La chance ! Trouver une maison à Neuilly-sur-Seine proche du bois de Boulogne. Une maison presque champêtre, familiale, permettant au père financier mais aussi très bricoleur, créatif, d’avoir son coin à lui, à la maman artiste, céramiste, d’installer un atelier et aux trois enfants de vivre à leur guise, de s’étaler. Un bien quasi idéal repéré et acheté en 2010. Quelques travaux de mise aux normes, quelques ambitions décoratives exprimées avec entrain, sans retenue, riches en couleur. Et roule, la famille a trouvé son point d’ancrage, son home.

Quinze ans plus tard, les enfants devenus ados, quasi adultes, l’espace est compté, la maison semble avoir rétréci. Quitter la demeure familiale ? Un déchirement ! Chacun y est attaché, a ses habitudes, ses souvenirs, ses repères, mais aussi ses amis à proximité. L’agrandir, pourquoi pas ? Une idée à creuser mais pas simple en ville. Les parents contactent donc Camille Hermand, cumulant les compétences d’architecte DPLG, de décoratrice d’intérieur, de connaissances des textes légaux et de négociatrice. Camille navigue, à l’aise dans le labyrinthe administratif, et connaît les parcours à emprunter pour décrocher les autorisations indispensables afin de revoir le plan initial, gagner des mètres carrés. Le toit laissant filtrer la pluie et échapper les calories lui souffle la solution. Puisqu’il faut le reprendre, pourquoi pas, suggère l’architecte, en profiter pour ériger un étage supplémentaire, imaginer une surélévation la plus discrète possible, tout en gardant, autant que faire se peut le style d’origine de la maison, son équilibre esthétique, côté rue notamment. Pari gagnant, les services de l’urbanisme adhèrent au projet, délivrent l’autorisation. Aujourd’hui, la maison toise les arbres avec son étage supplémentaire quasiment imperceptible de la rue. « Derrière, raconte Camille Hermand, côté jardin, la façade était déjà percée d’une grande baie vitrée éclairant la chambre parentale. Nous avions moins de contraintes et nous avons accentué son côté design pour créer une terrasse. Au final, la famille gagne des mètres carrés à vivre et dispose en prime d’un rooftop pour profiter du soleil et des arbres du bois. Le bonheur ! »

Les travaux extérieurs terminés, Camille Hermand coiffe sa casquette de décoratrice. « Avec la même intention, ne pas tout bouleverser mais m’inscrire dans la continuité. La maison était déjà très colorée, avec beaucoup de caractère, de personnalité, j’ai donc, main dans la main avec la propriétaire, repris les mêmes codes, sourçant ensemble, tant aux Puces de Saint-Ouen, que chez les éditeurs et dans les boutiques déco, meubles et objets assez hétéroclites. » Clé de voûte : le dialogue. Le plus important pour qu’un chantier se déroule bien : se comprendre, échanger. L’architecte est là pour conseiller, suggérer le meilleur mais pas pour imposer ses choix. Elle reste un prestataire de services mettant ses compétences au service de ses clients pour éviter qu’ils commettent des erreurs, difficilement rattrapables. Elle conseille en fonction du mode de vie de ses interlocuteurs, de leur budget, leurs envies, leurs goûts. L’essentiel, que le chantier se déroule sans heurts pour qu’en fin de parcours, les propriétaires s’approprient à 100 % les lieux. 

DÉCO PERSO. Dans le salon, couleurs et objets s’entrechoquent. Fauteuils blancs et table céramique chinés aux Puces de Saint-Ouen. Au premier plan, fauteuil T-Line Arflex de Burkhard Vogtherr. Chaise rouge Moustache édition, lampe rotin Tinja. Peintures Berrington et Eating Room Red, Farrow & Ball. © Jeanne Perrotte
BRIC-À-BRAC ASSUMÉ. Lampe nain de jardin Seletti. Fauteuil rose et table basse, Fleur Delesalle pour Monoprix. Lampe métal vintage Selency. Coussin marocain, banquette tissu rose Casamance. © Jeanne Perrotte
À LA NICHE ? NON ! Shibuya, l’un des deux chiens, fait salon. Chez lui. Fauteuils Gerrit Rietveld, suspension Fleux, table basse Margaux Keller pour Monoprix. Sur les murs, peinture Light Blue, Farrow & Ball. © Jeanne Perrotte
SACRÉS BOIS. Dans le living-room, dont les murs hésitent entre le vert amande et le kaki clair, très tendance, parquet blond de La Parqueterie Nouvelle, table Nealy en placage de noyer, Kave Home. Chaises polonaises Selency, tapis marocain. © Jeanne Perrotte
DES GOÛTS ET DES COULEURS. Dans le living, mariage des styles, improbable, sans complexe. Incontournables tables et chaises Knoll, années soixante-dix. Touche romantique, bougeoirs en métal de Pradier Jeauneau pour Monoprix, suspension rose de Sklum. Peinture Light Blue, Farrow & Ball. © Jeanne Perrotte
CHEF À DOMICILE. Action ! Dans la Veneta Cucine sur mesure, céramique blanche d’Atelier Crenamik, plan de travail Silestone pour émincer, découper. Robinet design au débit facile à contrôler Franke. Sur les murs, peinture Light Blue, Farrow & Ball. © Jeanne Perrotte
PAUSE VÉGÉTALE. Immersion sylvestre propice à la relaxation, à l’évasion, dans la salle de bains principale. Vasque sur mesure en Corian vert, papier peint artisanal Arte, mosaïque Okre, applique Nedgis, robinetterie Hotbath. © Jeanne Perrotte
BAIN AU VERT. Comme en apesanteur, hors du monde, dans sa baignoire profonde Bette, derrière les stores Ballauf peints par Luc Lefranc. Mosaïque Okre, peinture La Canopée de Ressources. © Jeanne Perrotte
FIN DU JOUR, DÉBUT DES SONGES. Vert, couleur de l’espoir, rose, couleur de la tendresse pour un sommeil ouaté. Lit menuisé sur mesure. Trio de suspensions boule feutreÖ. Sur le mur, appliques Nedgis. Peintures Light Blue de Farrow & Ball et Escapades de Ressources. © Jeanne Perrotte
SOUS LE SOLEIL EXACTEMENT. Derrière la maison s’étale un jardin mais surtout depuis l’ajout d’un étage, une terrasse en rooftop pour, à deux pas de Paris et de l’Arc de Triomphe, bronzer, contempler le ciel, écouter les oiseaux, partager un verre. En un mot, vivre. Ces petits plus qui, en langage immobilier se traduisent par « bien d’exception ». © Jeanne Perrotte

Camille Hermand, architecte décoratrice

© Jeanne Vaillant

Créatrice de Camille Hermand Architectures, Camille possède une double casquette. La première, celle d’architecte, diplômée de l’ESA, École spéciale d’architecture. Elle est donc capable de mener à bien de bout en bout un chantier, de tracer des plans, les exécuter, les défendre. La seconde, celle de designer et de décoratrice d’intérieur. De sérieux atouts répartis entre deux cabinets, l’un à Paris, l’autre dans le Perche. Et peut-être bientôt un autre dans son refuge insulaire vendéen. Une femme de caractère, de convictions. 

@camillearchitectures

Article paru dans le numéro 186 de RD – Résidences Décoration.

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