Construite à l’identique des demeures et cases de Saint-Barthélemy, décorée par Charlotte Besson-Oberlin (CBO), la villa jouit à la fois de l’animation du port et de la proximité de la Plage aux Coquillages. Heureux compromis.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Emily Lab
Epicurien, amoureux de Saint-Barth depuis des années, y ayant vécu et travaillé, cultivant désormais l’art d’être grand-père et l’art de naviguer, voguant entre la métropole et cette perle française des Caraïbes, ce sexagénaire rêvait de posséder une maison sur le port de Gustavia. Une maison qui tout en reprenant les codes architecturaux créoles se prête à la vie quotidienne d’une tribu, et soit taillée, par l’utilisation d’excellents matériaux, pour résister au temps.
C’est un peu en hauteur des quais très animés de Gustavia, port franc, qu’il trouve un terrain constructible s’étirant tout en longueur, orienté est. Un avantage sur cette île où le thermomètre grimpe aussi vite que le soleil au fur et à mesure de la journée. Le propriétaire confie à l’architecte François Pécard, diplômé de l’école nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, débarqué sur l’île à la demande d’un ami pour construire un hôtel il y a quarante ans, le soin de dessiner les plans et de suivre le chantier. Avec pour consigne de s’inspirer des maisons traditionnelles afin que sa villa s’inscrive dans la continuité des autres constructions. Pilastres, varangues, volets blancs, fenêtres à jalousies, la maison donne le change, copie de ses « voisines » frôlant le siècle pour certaines. Une fois « l’enveloppe » bien ficelée, Charlotte Besson-Oberlin, directrice de création, designer, prend le relais, dans le même état d’esprit, du très beau, très élégant mais surtout pas bling-bling, un style qui ronge l’île.
« Je me suis beaucoup concentrée sur les varangues, ces larges galeries couvertes qui ajoutent de la surface. Véritables espaces de vie sous les tropiques, où on aime se retrouver entre amis, en famille, pour un verre, un dîner, je les ai pensées comme des pièces à part entière, explique la décoratrice. D’où le living extérieur communiquant par un escalier avec le patio et la piscine. »
Dans le prolongement de la varangue, au rez-de-chaussée, on pénètre directement dans le grand living-room, 70 m2 où s’alignent sans rupture, salon, salle à manger, cuisine. Un bardage en bois laqué blanc tapisse tous les murs, jouant avec la lumière naturelle tout comme la charpente. Il met en valeur le sol en marbre gris ponctué de cabochons en marquina, marbre noir.
Pour répondre aux souhaits du propriétaire, et éventuellement louer la maison de temps en temps, Charlotte a conçu les cinq chambres comme cinq suites d’hôtel, avec chacune leurs salle de bains et sanitaires privées, leur dressing aux grandes armoires à claire-voie qu’elle a dessinées. Sur les murs en bardage, différentes essences, frêne, olivier, mélèze, plaquées, créent des effets graphiques, animent sans surcharger. Les meubles, encore une fois, presque tous exclusifs, se parent des mêmes essences : orme, frêne, mélèze, acacia, associées à l’osier, la céramique, la pierre de lave, la laque blanche. Et, pour ne pas rompre l’harmonie, des lins aux tonalités lavées habillent fenêtres et lits.
Ce sont les œuvres d’art, glanées pour la plupart dans les galeries de Saint-Barth, signées de peintres antillais qui de-ci de-là apportent des touches de couleur, ancrent la villa dans cette île française, collectivité d’outre-mer, jouissant d’un statut fiscal bien particulier mais avant tout créole. Et qui, génération après génération, se bat pour conserver sa personnalité, ses racines métissées, sa richesse, sa spécificité.











Charlotte Besson-Oberlin dix9mai studio

Fondatrice et directrice de création de dix9mai à Paris, Charlotte Besson-Oberlin tisse, à chaque projet, des liens entre les lieux et les propriétaires. Son approche sensible privilégie l’usage, la mémoire et la justesse du dessin. Designer, elle crée mobilier et objets sur mesure. Son rêve : concevoir un refuge en montagne, où la fonction guide la forme.
Article paru dans le numéro 187 de RD – Résidences Décoration.




