Making of : du Golf Hotel au Como Beauvallon

Face à Saint-Tropez sur sa colline, entouré d’un parc de quatre hectares, sa façade ocre foncé, début XXe, tranche sur l’azur de la Méditerranée. Renaissance d’un lieu de villégiature cinq étoiles.

Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû

Certains lieux connaissent un destin étonnant. Lorsque début 1914, une foule chic les uns que les autres se presse à l’inauguration du Golf Hotel signé par Julien Flengenheimer, architecte suisse renommé, personne ne s’imagine que la première guerre va changer sa vocation. De villégiature pour personnes fortunées le « Golf » se transforme en hôpital militaire. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que rénové, le palace reçoit de nouveau « le gratin » Colette, Michèle Morgan, Churchill etc. Les réalisateurs aiment y poser leur caméra. Stanley Donen tourne, en 1966, Voyage à deux avec Audrey Hepburn. Black out en 1980, pendant 20 ans, avant d’accueillir des événements privés. Nouvelle en 2024 pour travaux. Ses propriétaires hongkongais souhaitent l’inscrire de nouveau au firmament des cinq étoiles de la Riviera française confiant son management et sa transformation en boutique hôtel de 28 suites immenses et 14 chambres au groupe singapourien Como. « Le Beauvallon se distingue par une vision de l’espace et de l’intimité rare dans le golfe de Saint-Tropez, capable d’attirer une clientèle très exigeante », se réjouit Olivier Jolivet, le CEO français de COMO Holdings.

Harmonie de style, de couleurs, entre le Beach-club et la piscine. © DR
Au niveau du premier étage, la rotonde-terrasse d’origine, remise en état, aménagée, offre une des plus belles vues de la propriété. © DR

La propriétaire, vivant à Monaco, fan de décoration et d’art se charge d’aménager l’intérieur de l’hôtel, osant marier dans les chambres des baignoires transparentes à des copies de fauteuils Louis XV tapissés de cuir doré Une déco pour le moins segmentante, comme la collection d’art, quelque 300 pièces dispersées à l’envi, répertoriées dans un guide consultable via un Q.R code. En revanche, en osmose avec Yannick Alleno, chargé d’élaborer toutes les cartes, Dorothée Delaye, architecte d’intérieur, designer installée à Marseille, met en scène le Beach Club posé au raz la Méditerranée, et la piscine, entre style Belle Epoque et touches contemporaines tropéziennes. « J’aime mêler l’histoire, l’instinct et l’épure, pour faire vibrer les lieux autant que les objets, confie Dorothée  » . Le fer forgé, typique des belles demeures début XXe, reprend du service en courbes élégantes. Le bois, la marqueterie des tables évoquent les Riva qui sillonnent le Golfe. Les parasols frangés aux rayures jaunes et blanches, les tissus bleu azur, les toiles écrues semblent échapper de la palette d’un peintre.  « Je ne m’interdis rien. Ce n’est pas une approche dogmatique : j’aime le mélange, les correspondances inattendues, les atmosphères cousues main » précise en riant Dorothée. Sauvant l’âme du Como Beauvallon.

De Saint Trop à Beauvallon

© DR

10 minutes seulement en bateau. Facile donc d’emprunter la navette du Como qui jusqu’à 21 h assure régulièrement des A/R pour s’asseoir à l’une des tables et découvrir tout à la fois le travail de Dorothée Delaye et la cuisine fusion d’Alleno, le chef au 19 étoiles.

Article paru dans le numéro 189 de RD – Résidences Décoration.

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