Halte déco en Sologne chez Momoamo

Mis en scène par l’architecte parisien Thibaut Picard, Momoamo, contraction de momentum, moment en latin, et amo, aimer, résume le propos : célébrer la vie. Ensemble !

Texte Anne Marie Cattelain Le Dû / Photos Didier Delmas

Tendance, très tendance, les lieux hybrides, vastes demeures que des particuliers, des entreprises louent dans leur entier, sans les partager. Des biens d’exception, rénovés, restaurés pour offrir, sur le modèle d’Iconic House, une « privacy » pour reprendre l’expression anglo-saxonne. Tel est MomoAmo dans le Domaine de Courtigis en Sologne, à Oussoy-en-Gâtinais, exactement, dans le Loiret. À un peu plus d’une heure de Paris, en train. 

Cet ancien relais de chasse, au cœur de 90 hectares de bois, longtemps propriété de particuliers, a été acquis par Olivier Ramel, fondateur de Kymono, associé à Aïssa Laroussi, créateur d’Enky, plateforme spécialisée dans la curation de mobilier design haut de gamme et écoresponsable. Ce tandem rompu au luxe, à l’extraordinaire, a confié à Thibaut Picard, architecte parisien ultra-doué, le chantier de rénovation de l’ensemble. À savoir quatre maisons, qui, une fois encore sont indissociables. Pourquoi Thibaut Picard ? Parce qu’il travaille tout autant sur des projets résidentiels haut de gamme que sur des hôtels. Il connaît et maîtrise parfaitement les codes, les envies, les attentes, les tendances de ce milieu aux règles particulières. « Ce projet d’un bien éclaté de 1 250 m2, comptant quatre maisons sur 90 hectares, m’a immédiatement interpellé, confie Thibaut. Vingt chambres dont deux suites mais aussi deux dortoirs de quatre lits, des parties communes, comme dans un boutique hôtel : lobby, réception, salons, bibliothèque, cuisine, etc. L’idée était de conserver à l’ensemble ses caractéristiques de grande maison de maître tout en jouant l’effet de surprise, en apportant des touches personnelles très fortes comme les plafonds aubergine, les escaliers aux formes sculpturales contrastant avec les façades au classicisme très xixe. En accord avec les fondateurs, en travaillant même en étroite collaboration avec Aïssa et avec des galeries comme La Secret Gallery, Amélie du Chalard et Docent, j’ai adhéré à ce projet, cette démarche. »

Le résultat, bluffant, s’adapte aussi bien à la location par une famille, une tribu pour partager ensemble des séjours, des vacances qu’à des entreprises souhaitant convier leurs clients à découvrir, dans un cadre exceptionnel, leurs productions, leurs services. Avec non seulement un hébergement remarquable mais un panel de prestations allant d’une brigade en cuisine, d’un sommelier, de coachs sportifs, de nurses… sous l’autorité de deux personnes présentes en permanence, mais qui s’effacent pour que les hôtes se l’approprient totalement, que ce soit une famille, des amis, des professionnels. 

« Ouverte en mars dernier, MomoAmo est la première maison d’une collection, qui en dix ans devrait compter quelque quarante adresses en France et en Europe, précise Olivier Ramel. L’hôtellerie, c’est l’art de recevoir ; MomoAmo, c’est confier sa maison à quelqu’un d’autre pour que le temps de son séjour, elle devienne sienne. » 

Une philosophie que Thibaut Picard a fait vivre, rénovant en deux ans les quatre bâtiments pouvant désormais accueillir jusqu’à 50 personnes. « J’ai pris le meilleur de l’hôtellerie et le meilleur du résidentiel, assure l’architecte, pour concevoir tout à la fois, dans la maison principale, une salle plénière, une bibliothèque, style cabinet de curiosités, un speakeasy, mais aussi une piscine chauffée, des terrains de padel et de tennis, une salle de sport, un boulodrome, un espace holistique… J’ai choisi des couleurs segmentantes, des designs osés, des formes inattendues. J’ai surtout, en permanence, concilier l’ancien et le nouveau, restaurant avec soin ce qui devait l’être, les tomettes, les poutres, le rythme des pièces. J’ai ainsi conservé les cheminées, essentielles dans de grandes pièces, à la campagne, entourée de forêt mais en osant en habiller une d’inox par exemple pour doter le salon d’une vraie luminosité. Ma fierté : constater que les bâtiments de MomoAmo sont en parfaite cohérence avec le château du XVIIIe siècle qui est leur vis-à-vis. »

ACCUEIL. Le salon lobby s’organise autour des fauteuils en cuir Orsola, design Gastone Rinaldi pour Tacchini, et du canapé Dome, années soixante-dix, design Erno Dierckx, pour Wewood. Œuvres d’art, Secret Gallery, Amélie du Chalard et Docent.
RÉCRÉATION. Salle de jeux, sol en béton ciré, Marius Aurenti. Peinture aubergine La Curiosité de Ressource. Appliques Ginger by Joan Gaspar, 2016, Marset. Fauteuils moutarde Alky chairs by Giancarlo Piretti, 1970, Anonima Castelli.
TEMPS CALME. Salon de lecture judicieusement placé entre deux chambres. Peinture des murs, La Parure de Ressource. Sol en parquet Foch de Carresol. Porte-livre, livre, bougeoirs, chinés par Aïssa Laroussi, coassocié d’Enky.
ÉCHANGE. Salon de travail jouxtant la bibliothèque, double fonction : discuter, confronter ses idées mais aussi se restaurer en petit comité. Table Ikon, design de Pio & Tito Toso pour Pedrali. Chaises Bertoia Vintage.
TRANSITION. Salon d’hiver sous une verrière, lien entre le salon et la cheminée. Fauteuil Circus Bouclette, honoredeco.shop. Tables d’appoint Pawn en grès émaillé de Marie Michielssen, Serax. Sol d’origine tomettes décapées.
DÉCONTRACTION. Grande chambre nichée au calme, sous la charpente en poutres d’origine restaurées et traitées. Tête de lit comme suspendue, dessinée sur mesure, en tissu de Casal. Linge de lit Garnier-Thiebaut et Caravane.
OPPOSITION. Un style très bayadère, des rayures aux teintes qui osent le contraste pour finalement s’accorder. Une belle ambiance estivale pour cette salle de bains au carrelage de BRC, calepinage vert, crème, rose.
RÉFLEXION. Bibliothèque aux couleurs étudiées pour prendre son temps, se concentrer. Fauteuil rouge, Royal Stranger, tissu Kvadrat de Forum et paire de fauteuils Maison Jansen, 1970, verre fumé et cuir Cognac pour Selency.
PERSPECTIVE. Élément fort, l’escalier très sculptural de la même couleur que la bibliothèque à laquelle il fait face. Peinture prune joliment appelée Le Baisemain de Ressource. Poutres et parquet d’origine, remis en état.
IMAGINATION. Escalier effet podium, menant au salon de lecture. Dessiné et réalisé sur mesure, il s’accorde avec le carrelage BRC. Trois tons de peinture entre ocre et orange, La Parure, La Moustache, L’Hydromel, de Ressource.
ILLUMINATION. Salon inscrit dans le prolongement du salon d’hiver, avec sa cheminée entièrement conçue sur mesure, habillée de plaque d’inox. Astucieux, dans cette pièce sombre, l’inox reflète la lumière sans avoir à créer de nouvelles ouvertures.

Thibaut Picard

Versaillais d’origine, très jeune Thibaut Picard dessine des maisons, des hôtels, jongle avec les couleurs, les matières. Avenir tout tracé, il sera architecte. Diplômé de l’ENSA Paris-Val-de-Seine aux Beaux-Arts de Paris, après avoir collaboré dans différents studios, il crée en 2019 le sien, employant quatre collaborateurs, architectes et architectes d’intérieur. Il aime les espaces singuliers tant pour de beaux projets résidentiels qu’hôteliers. Son rêve : qu’on lui confie la réalisation d’un hôtel-resort.

@thibaut_picard_architecte

Article paru dans le numéro 189 de RD – Résidences Décoration.

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