Prix du public FD100 x RD – Résidences Décoration : Maxime Lis et Maxime d’Angeac récompensés

Pour sa première édition, le Prix du public de Le FRENCH DESIGN 100 x RD – Résidences Décoration a distingué deux créateurs : Maxime d’Angeac et Maxime Lis. Le premier, architecte d’intérieur, a conquis le public avec le spectaculaire voilier Orient Express Corinthian. Le second, designer, s’est démarqué avec son remarquable cabinet Moduloir. Zoom sur leurs projets et retour sur leurs parcours.

Texte Anne-Louise Sevaux

Maxime Lis : le design en partage 

Entre artisanat d’exception, esthétique minimaliste et réflexion sur l’objet, le designer Maxime Lis impose une vision singulière du design contemporain. À tout juste 33 ans, il multiplie les projets, les collaborations et les succès, sans jamais se répéter.

À seulement 33 ans, Maxime Lis s’est imposé sur la scène du design grâce à son approche plurielle et à sa vision singulière de la création contemporaine. © DR

Une vision du design

Maxime Lis, c’est avant tout une véritable vision du design, en lien avec son époque et portée par un regard aiguisé. « Les meilleurs outils pour appliquer ma définition du design sont la curiosité, l’observation et l’empathie. Regarder les objets, les personnes, les usages, les flux, les comportements… À partir de là, tout devient sujet à interprétation. »

Un design réfléchi, théorisé et mis en mots dans un manifeste, Acte minimum, dans lequel il expose sa démarche. « Comme il n’existe pas une définition unique du métier de designer, j’ai très tôt essayé d’écrire la mienne. Je pensais qu’elle serait stable, mais je me suis vite rendu compte qu’elle évoluait avec mes projets. Ce manifeste continue donc de bouger. » Il y défend malgré tout une certaine épure, une sobriété du créateur au profit de l’objet et de la forme, ainsi qu’une attention portée au besoin réel. « L’objectif reste ce qu’on appelle parfois le design démocratique : produire des objets utiles, novateurs, accessibles et cohérents, autant dans leur usage que dans leur éthique de conception. »

Une pratique multiple

Si Maxime Lis a toujours pensé le design, il n’a jamais cessé d’explorer et d’apprendre par l’observation et la pratique. « Avant mon parcours artistique, j’ai été formé aux métiers manuels, notamment à la menuiserie. C’est sans doute pour cela que j’ai toujours eu un atelier mitoyen à mon agence créative. »

À la tête de son studio de design produit depuis huit ans, et aujourd’hui installé à Lyon, Maxime Lis joue au funambule entre des collections collectible, « que je considère comme des laboratoires de recherche », et des objets plus démocratiques « destinés aux collectivités, aux espaces publics ou à l’édition ».

En parallèle, et quelle parallèle, l’inarrêtable Maxime Lis est également directeur artistique de l’éditeur français de mobilier Airborne. « L’une de mes plus belles rencontres professionnelles ».

La collection Assise, imaginée par Maxime Lis pour Airborne : « une chaise discrète et élégante qui se colore à votre guise ». © DR

Au Mobilier national 

À seulement 33 ans, Maxime Lis multiplie les créations, les projets et les succès. À commencer par l’acquisition de trois de ses pièces par le Mobilier national : le fauteuil de verre B52, le cabinet Moduloir et une réinterprétation de la table AO, réalisée pour les 70 ans d’Airborne.

Entièrement conçu en verre, le fauteuil à bascule B52 incarne pleinement « l’acte minimum » défendu par Maxime Lis. © DR

Un honneur pour le designer, mais aussi une responsabilité. « J’ai eu la chance de rencontrer les équipes et de comprendre les enjeux de cette institution remarquable et essentielle au patrimoine matériel français. Au-delà d’un rôle de conservation, c’est aussi une bibliothèque vivante du mobilier, destinée à équiper ambassades, administrations et événements officiels. »

L’étonnant Moduloir

Et ce remarquable Moduloir fait décidément parler de lui, puisqu’il vient d’être doublement récompensé par le Prix FD100 et le Prix du public FD100 x RD – Résidences Décoration. Inspiré des meubles à secrets du XVIIIe siècle, cet objet singulier, distribué par The Invisible Collection, évoque à la fois une malle de voyage intemporelle et un cabinet nouvelle génération.

Le Moduloir vient d’être doublement récompensé par le Prix FD100 et le Prix du public FD100 x RD – Résidences Décoration. La pièce a également intégré les collections du Mobilier national en 2025. © DR

Mais ne vous fiez pas à son apparente simplicité ni à son minimalisme assumé. Derrière cette esthétique épurée se cachent surprise et ingéniosité, à commencer par un double fond subtilement intégré. « C’est probablement l’enfant qui parle encore lorsque je conçois ces objets. Le ludique reste très important dans ma création. »

Entièrement conçu en aluminium poli, ce meuble incarne également un véritable savoir-faire à la française. « Cette pièce a fait l’objet d’une commande, avec MAC Mobilier et Cuivrinox pour la production, explique Maxime Lis. Mais un objet comme celui-ci mobilise aussi d’autres métiers : électroniciens, joailliers… Selon les secrets imaginés et intégrés au produit ! »

Transmettre et créer

Installé à Lyon, mais rarement très longtemps au même endroit, Maxime Lis poursuit ses expérimentations, ses découvertes, continue de faire évoluer sa pratique sans jamais « s’arrêter de rêver ». Un pied dans la création pure, l’autre dans la réalisation, il est toujours en mouvement. Du mobilier urbain ici, une table en marbre là-bas, une exposition également et en fond, ce rêve un peu fou « d’assembler le premier flambeau olympique des JO de 2030, en utilisant l’énergie d’un orage ». 

Le designer aime aussi transmettre et enseigne aujourd’hui volontiers dans plusieurs écoles d’art, notamment à la Central Academy of Fine Arts de Shanghai, « afin de proposer une approche pédagogique du design inspirée, entre autres, des travaux de l’artiste italien Bruno Munari (1907-1998) ».

Chez Maxime Lis, le design se pense autant qu’il se pratique, se réinvente autant qu’il se partage.

Maxime d’Angeac : une vision totale du luxe

De la rigueur, du travail, mais aussi beaucoup d’écoute et une certaine poésie. L’architecte Maxime d’Angeac, c’est un peu tout cela à la fois. Autant de qualités qui se lisent aujourd’hui dans les lignes de l’Orient Express Corinthian. Retour sur l’histoire de ce yacht d’exception, récemment mis à l’eau, à travers le regard de l’architecte qui lui a donné vie.

Après avoir réinventé le mythique train Orient Express, l’architecte Maxime d’Angeac vient de livrer l’un des plus spectaculaires voiliers au monde : l’Orient Express Corinthian. © DR

Une formation complète et rigoureuse 

« Architecte DPLG, diplômé de l’École des Beaux-Arts, designer et architecte d’intérieur. » Un CV dense, bien que résumé en quelques mots, qui révèle l’importance de la formation dans le parcours de Maxime d’Angeac. Il y a consacré du temps et de l’énergie en multipliant les expériences professionnelles en parallèle pour se constituer un « solide bagage technique et humain ». Il s’est ainsi construit une formation complète, « dans l’esprit du début du XXsiècle. Je voulais savoir dessiner, parler aux artisans, comprendre leur savoir-faire tout en maîtrisant le vocabulaire technique… » Une approche globale que l’architecte conserve toujours aujourd’hui. 

L’architecte discret des grandes familles 

Très vite, Maxime d’Angeac devient l’architecte de clients fortunés et discrets, « qui ont des projets avec une histoire à raconter ». Donner du sens, comprendre l’histoire et écrire la suite, voilà ce qui l’anime. « Je ne viens pas simplement faire des travaux ou poser un décor. Il faut qu’il y ait une vraie question à se poser pour y apporter une réponse, un projet. »

Et des questions, dans les maisons et appartements de famille, il y en a beaucoup. C’est donc devenu son terrain de prédilection. « La cellule humaine, c’est mon truc ! La maison, l’appartement, parfois l’hôtel… Tout cela implique beaucoup de psychologie et de rapports humains. Il ne s’agit pas seulement de créer des volumes, mais de les faire vivre. » Faire vivre les lieux et les faire vivre pleinement, sans compromis. Car Maxime d’Angeac l’assume : « Je ne fais pas les choses à moitié. »

Objectif Orient Express

Alors, tout naturellement, lorsqu’il participe en 2021 à un concours pour un projet d’hôtel, il s’investit totalement. Il remporte largement le concours mais le projet ne verra finalement jamais le jour. Un échec ? Pas vraiment. « Ma proposition a marqué Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor, qui m’a alors proposé de travailler sur l’Orient-Express. »

Maxime d’Angeac a imaginé le train Orient Express « à travers une vision contemporaine du confort et du luxe extrême ». © Orient Express, Accor

Repenser ce train mythique était un rêve pour l’architecte, qui a « tout fait pour obtenir ce projet ». De la technique à l’ambiance, de l’histoire aux arts de la table, Maxime d’Angeac n’a rien laissé au hasard. « Je suis allé dans les moindres détails. J’ai proposé un concept global, comme l’était l’Orient Express à l’origine. » Et quelques mois plus tard, alors qu’il travaille déjà sur le train, on lui confie le projet du voilier Orient Express Corinthian. Et quel projet ! 

La folie du yacht

Car ce navire est un projet hors norme. Par sa technicité, son budget, ses dimensions, son niveau de luxe, mais aussi par son calendrier. « Il s’est écoulé 44 mois entre la feuille blanche et la livraison, le 24 avril dernier. Et seulement 24 mois pour construire le navire », détaille Maxime d’Angeac qui semble encore avoir du mal à y croire.

Des matières au mobilier, des ouvertures aux alignements, chaque détail de l’Orient Express Corinthian a été pensé dans un univers global au service d’une vision du luxe absolu. © Orient Express, Accor
L’Orient Express Corinthian en chiffres, c’est : 220 mètres de long, 7 ponts, 54 suites, dans un luxe total et hors du temps. © Maxime d’Angeac & Martin Darzacq for Orient Express, Accor

Une période vécue comme un véritable tourbillon par l’architecte, impliqué à tous les niveaux du projet. Un investissement total. « J’avais constitué une petite équipe de quatorze personnes, mais j’avais une connaissance intégrale du chantier. » 

Une équipe qui a dû gagner sa légitimité auprès des professionnels de l’industrie navale. « On nous a vraiment pris pour des amateurs. Personne ne croyait en nous. » Mais l’architecte en a fait un défi, et là encore, le travail, la rigueur et les fondamentaux ont fait la différence. « Nous avons apporté des solutions à tous les problèmes. Nous avons prouvé notre souplesse et notre intelligence situationnelle. Nous avons entièrement modelé ce bateau avec eux. »

Sa maîtrise technique et sa vision du luxe lui ont finalement permis de gagner la confiance des équipes des Chantiers de l’Atlantique, et il l’assure aujourd’hui : « C’est l’une de mes plus grandes fiertés. »

Une vision de l’Orient Express

Vient ensuite le temps « du décor et du beau », en s’appuyant sur l’ADN même de l’Orient Express, à savoir le luxe, le confort ultime et l’innovation. « Mais le train n’est pas transposable. Ce n’est ni le même mouvement, ni les mêmes formes, ni les mêmes couleurs. » Il a fallu tout réinventer pour l’adapter au monde maritime, tout en préservant l’esprit de l’Orient Express. Maxime d’Angeac s’inspire de l’héritage de la Compagnie générale transatlantique (à l’origine du paquebot Normandie) et de « son art de vivre exceptionnel ».

Une nouvelle fois, il imagine un univers global où chaque détail compte : les ouvertures, les alignements, le mobilier, la lumière, les matières… Pour donner vie à cette vision, il s’entoure des meilleurs artisans et de leurs savoir-faire exceptionnels.

Une villa manifeste

Après cette aventure hors norme, Maxime d’Angeac « profite, souffle, et regarde ce que l’on peut améliorer ». Il retrouve progressivement le rythme de ses projets auprès de ses clients fidèles et conserve son rêve : celui de construire sa « villa paradigme », à l’image de la Villa Savoye de Le Corbusier. « Créer le truc parfait, sur le site qui va bien, résume-t-il. Un projet pour s’élever un peu et laisser une trace, quelque chose qui s’inscrit dans une lignée sans s’enfermer dans un style. » 

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