Bus Palladium Hôtel Club : de la navette au 5-étoiles

Matériaux bruts, déco seventies, accueil remarquable, quatre ans après sa fermeture, le Bus Palladium renaît. Fidèle à son histoire et à son créateur.

Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû

Lorsque le 30 septembre 1965, à 22 ans, James Arch, danseur, cinéphile, originaire d’Asnières-sur-Seine (92), inaugure à Pigalle sa  « discothèque », il organise un service de navettes pour les jeunes de banlieue. D’où son nom. En une traînée de poudre, le club attire les fans de rock, de fun, de sensations diverses, mais aussi les célébrités. Peu de jours après son ouverture, Salvador Dalí et sa femme Gala débarquent. Serge Gainsbourg leur emboîte le pas, composant, un soir, sa chanson sulfureuse : « Qui est “in” / Qui est “out” / Jusqu’à neuf c’est O.K / Tu es “in” / Après quoi tu es K.-O. (…) / Tu aimes la nitroglycérIN / C’est au Bus Palladium qu’ça s’écOUT / Rue Fontaine / Il y a foul’ ». Insouciance, liberté, plaisir. Le Bus Palladium fédère les genres. Jusqu’en 2022. Fermeture. En mai dernier, il rouvre grâce à la pugnacité de son propriétaire historique Christian Casmèze et de Nicolas Saltiel, fondateur du groupe hôtelier Chapitre Six. Avisés, ils doublent le club d’un hôtel 5-étoiles, d’un bar, d’un restaurant. Avec pour architecte et décorateur, le Studio KO.

Murs en liège, grande salle de bains, œuvres d’art dans le chevet à acheter via un QR code, le 5-étoiles de Chapitre Six est époustouflant. © Matthieu Salvaing
© Matthieu Salvaing
Des chambres aux meubles et accessoires souvent chinés, du bar vinyle au club en sous-sol, 60 ans après James Arch, pari gagné. © DR
Karl Fournier et Olivier Marty, créateurs de Studio KO, ont trouvé le bon tempo, pour redonner son âme au Bus Palladium. Chapeau ! © DR

Rasé l’immeuble 6 rue Pierre-Fontaine. Pendant des mois des barricades cachent un immense trou. Ça creuse, ça bétonne pour aménager en sous-sol, espaces techniques et club, avant d’ériger 35 chambres et suites, dont la plus exceptionnelle, « Dalí », ose un mur et une tête de lit impression ocelot, lit s’escamotant dans le mur à l’envi. Dans les autres chambres, le béton brut monte au plafond, le liège grimpe aux murs. Le verre strié floute la grande salle de bains, le rose poudre la moquette. Partout des objets chinés, vintage, du mobilier dessiné sur mesure, des œuvres dont certaines à acheter, nichées dans les chevets transparents, proviennent de la galerie L’Œil de KO. En attendant l’autorisation de la préfecture d’ouvrir le club de minuit à 5 h, les fans l’envahissent du jeudi au dimanche de 22 h à 2 h. Boîte de nuit, certes, mais aussi scène culturelle. À deux niveaux, l’un version speakeasy avec ses canapés de velours, l’autre pour danser. But suprême.

Esprit seventies

© Matthieu Salvaing

On aurait pu craindre le pire d’un lieu fashion. Non, c’est un boutique-hôtel 5-étoiles, aux marqueurs luxe, satisfaisant tout autant un couple trentenaire, que des Américains à la soixantaine affirmée appréciant le quartier, la réception attentive et la convivialité. Dans les chambres bien insonorisées, lit king-size, produits de courtoisie Diptyque, et, jaillissant des enceintes Ojas, les playlists de Caroline de Maigret. à choisir selon son humeur.

Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.

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