Bourgogne : 2026, un grand cru pour l’hôtellerie

Et soudain, la plus prestigieuse région viticole du monde, osons le dire, se réveille pour répondre aux attentes de ses visiteurs de plus en plus nombreux, Américains et Français en tête.

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû

Des Climats, vignes parcellaires, classées au patrimoine mondial de l’Unesco, des villages au nom figurant sur les cartes des plus grands restaurants et dans les caves des épicuriens – Pommard, Volnay, Meursault, Gevrey-Chambertin, Vougeot et d’autres –, des abbayes cisterciennes, des châteaux, des légendes filant entre les ceps, et de la gastronomie – des œufs en meurette aux escargots aillés, du jambon persillé au vol-au-vent, aux cuisses de grenouille –, la Bourgogne joue les séductrices et bon an mal an, enregistre quelque 80 millions de nuitées. N’empêche que jusqu’à présent elle souffrait d’un fort déficit de maisons d’hôtes et d’hôtels capables de retenir une clientèle exigeante, haut de gamme. Gagnés par l’ivresse bourguignonne, les groupes hôteliers se tirent désormais la bourre pour transformer des biens hors norme. Résultat, cette saison les ouvertures étoilées se bousculent. Quelques retardataires activent leur chantier pour entre mi-juillet et mi-août, accueillir leurs premiers hôtes, tel le Château de Cîteaux de Fontenille Collection et la Maison du Chevreuil, presque voisins, à Meursault, charmant village en hauteur où fut en partie tourné La Grande Vadrouille.

Précurseur Belmond

Huit passagers peuvent prendre place sur la luxueuse péniche Marguerite, du groupe Belmond, et ainsi découvrir la Bourgogne au fil de l’eau. © Thorne Studio

Conscient du vivier d’hôtes fortunés, amoureux des grands crus, mais pas que, le groupe Belmond, entité LVMH, a pris il y a trois ans le biais « aquatique » du canal de Bourgogne. Après l’achat d’une première péniche, Fleur de Lys, datant de 1931, réaménagée avec salon, salle à manger, trois cabines avec lit à baldaquin et piscine sur le deck, pour, au rythme des écluses, entraîner pendant six jours, six passagers d’un site à l’autre, cette année, Marguerite complète la flottille. Huit passagers peuvent profiter des suites-cabines, du salon, du pont, de la piscine et des menus créés par Dominique Crenn, cheffe française triplement étoilée à San Francisco, tout en profitant, à terre, d’expériences exclusives.

Sur la place du village : Les Sources de Vougeot

Aux Sources de Vougeot, le spa Caudalie occupe avec ses deux bassins, le cellier voûté où les religieux entreposaient le vin. © Agence Pancake

Malgré les éléments contraires, pluies diluviennes et grand vent, Alice et Jérôme Tourbier, ont ouvert fin mars, après Les Sources de Caudalie, dans les vignes bordelaises, et Les Sources de Cheverny, dans la Loire, leur troisième propriété, dans le château de Gilly, jouxtant Vougeot. Le bâtiment inscrit aux monuments historiques, fut au vie siècle un prieuré puis au xviie siècle, résidence des pères de l’abbaye de Citeaux. Une architecture remarquable dévoilant au fil des corridors, 49 chambres et suites, à la décoration un peu hétéroclite. Les deux plus, outre deux bonnes tables, ses voisins immédiats sur la place du village, trois potes, dont deux frères, un boulanger, un épicier-bar, un caviste, et le spa Caudalie, avec ses deux bassins, niché sous les voûtes du cellier où les pères entreposaient leurs vins.

Alice Tourbier s’est chargée de la décoration intérieure, le cabinet Chevalier & Guillemot et l’Atelier Saint-Lazare, de l’architecture. © Jules Focone
© Maximilien Forget

Au cœur de ses vignes : le Château la Commaraine

À l’aplomb du Château la Commaraine, la piscine chauffée longe le clos appellation Pommard,  1er cru du domaine. © DR

En mai, fais ce qu’il te plaît… Suivant ce proverbe populaire, Denise Dupré et Mark Nunnelly, propriétaires de Champagne Hospitality, ont ouvert dans la continuité de leur clos de Pommard 1er cru, leur second 5-étoiles, en terre vigneronne, sous la direction de Florent Chauveau. Avec la complicité de Richard Martinet, architecte spécialisé dans la rénovation de lieux patrimoniaux, et de nombreux artisans, le château construit en 1112 par Hugues II, duc de Bourgogne, est devenu un boutique-hôtel de 15 suites et 22 chambres, en camaïeu de crème. Christophe Raoux, chef exécutif étoilé du Royal Champagne, avec le chef cuisinier Jérôme Rioux, épaulés par une équipe formidable, pâtissier, sommelier, serveurs, proposent au Clos, une carte bistrotière mariant notes asiatiques et bourguignonnes, et le soir, au VIII, plus confidentiel, des menus gastronomiques en miroir des vins. Piscine chauffée à l’extérieur, spa myblend à l’intérieur avec trois cabines, sauna, hammam, etc., massages et haute technologie, la forme s’inscrit au programme. Et de la réservation au check-out, l’équipe de Guest Experience Maker recueille les souhaits et les envies des hôtes pour leur bâtir des programmes sur mesure.

En accord avec la pierre de Bourgogne, décoration raffinée signée par l’architecte Richard Martinet d’Affine Design. © DR

Beaune, historique et sociale

Beaune, c’est avant tout les Hospices Civils, à l’architecture baroque du xve siècle. Ses immenses dortoirs, où des tentures rouges cachent avec pudeur des lits, évoquent une incroyable épopée sociale. De 1470 à 1971, des milliers de personnes sans revenus ont été accueillies, soignées, par les Dames Hospitalières. Action financée en grande partie depuis 1859, par la vente aux enchères, le troisième dimanche de novembre, de grands crus offerts par les propriétaires récoltants. Aujourd’hui, les sommes recueillies financent la recherche médicale et l’entraide dans les centres hospitaliers, relevant des Hospices Civils de Beaune.

Dijon… fief des ducs de Bourgogne

© DR

Se poser au Mama Shelter pour jouir de « La ville à la campagne », ville élue, en 2022, en tête des métropoles à taille humaine où il fait bon vivre. Sertie par une campagne vallonnée où les vignobles de Gevrey-Chambertin, Nuits-Saint-Georges, Côte de Beaune, etc., côtoient les champs de moutarde et les vergers de cassissiers. Riche d’une architecture remarquable, avec en point d’orgue le palais des ducs de Bourgogne, mais aussi de la Cité internationale de la gastronomie et du vin, qui valorise les « climats » du vignoble bourguignon et le repas gastronomique des Français, concepts inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco.

Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.

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