Le palace le plus surprenant et confidentiel de Londres, à quelques minutes à pied de Buckingham, propriété de la même famille depuis 1910, tente de retenir entre ses murs de brique, quelques secrets de la Couronne.
Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû
Bien avisé au début du XXe siècle, Otto Goring, d’acquérir un terrain à l’extrémité du palais de Buckingham, et d’y inaugurer en mars 1910, The Goring. Avec toutes ses chambres dotées de salles de bains et de chauffage, première mondiale, il révolutionne l’hôtellerie de luxe.


Depuis, dans le quartier huppé de Belgravia, The Goring, géré par les descendants d’Otto, attire les hôtes du monde entier, sensibles à sa discrétion. Sa façade rouge, égayée de deux Union Jack s’inscrit dans la continuité des résidences voisines. Mais, les cinq marches du seuil franchies, précédée par le doorman en redingote et chapeau melon, on bascule dans un univers proche de celui d’Alice au pays des merveilles. So british! Le lobby de ce boutique-hôtel de 69 clés déroule une fresque peinte à la main, où s’amusent des animaux farfelus, licorne, cochon en smoking, coupe de champagne à la main, singes malins. Ce décor contemporain cohabite sans heurts, avec les lourdes tentures pomponnées, les soieries Gainsborough tissées main, les moulures victoriennes et les portraits d’ancêtres figés dans leur cadre chantourné. L’Angleterre, en somme ! La vraie, pétrie de contradictions, qui a valu au Goring de figurer, sous le règne de la reine Elizabeth II, sur la liste des fournisseurs officiels de la Couronne, autorisant « the queen » à venir régulièrement de son palais tout proche savourer, après l’afternoon tea, « son » cocktail favori, 50 % gin, 50 % Dubonnet. Puis, à Kate Middleton, le 28 avril 2011, de passer au Goring sa dernière nuit de célibataire. Et, le matin, parée en mariée d’en sortir resplendissante pour rejoindre son prince. Coup de projecteur mondial certes mais The Goring, sans cette pub, caracole depuis longtemps en tête des palaces londoniens les plus appréciés par une clientèle sensible à sa réputation d’excellence, son service personnalisé, son jardin, l’un des plus grands privés de Londres où l’été dans une odeur mêlée de poudre de riz, de cologne et de fleurs, le five o’clock tea prend des airs de garden party champêtre. Tout comme The Dining Room, restaurant étoilé du chef Graham Squire, qui convie de temps à autre des hôtes dans ses cuisines autour d’un magnum de champagne et de quelques grains de caviar. Originalité, encore ! Mais star incontestée des lieux, après John Andrews, réputé meilleur concierge au monde, Bar-Baa-Ra Sheep, brebis dotée du don d’ubiquité, ponctue chaque palier, chaque chambre. Incroyable « peluche » qu’on croirait échappée de quelques pâturages écossais. Vexée que Teddy lui vole parfois la vedette. Le poney shetland bien vivant d’Alice et Molly, cousines de Jeremy Goring, directeur général de l’hôtel, adore débarquer à l’improviste au 5-étoiles et publier ses facéties sur son compte Instagram @teddytheshetland fort de 203 000 followers.

Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.




