À la fin du XIXe siècle, John Jacob Astor était copropriétaire, avec son cousin, du Waldorf Astoria. Mais il rêvait de posséder son propre palace. Un rêve qui se réalise avec le St. Regis New York, ancré dans le quartier le plus chic de Manhattan, au cœur de la Cinquième Avenue.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
Le Colonel John Jacob Astor, à la tête d’une immense fortune, n’était pas un banal milliardaire. Sous ses airs tranquilles avec sa paire de moustaches imposante, sa raie au milieu, il aimait tout autant écrire des romans de science-fiction, jouer les inventeurs, participer à des manœuvres militaires et gérer ses biens, dont le Waldorf Astoria. Visionnaire pressentant une révolution hôtelière, amoureux de l’Europe, John Jacob décida de créer l’hôtel de ses rêves, « aussi confortable et luxueux que la plus belle demeure privée de New York ». à l’époque, la haute société ne séjournait jamais dans les hôtels, pratique « vulgaire », elle résidait chez ses semblables, propriétaires des villas les plus somptueuses. John Jacob changea la donne, en imaginant un des premiers boutique-hôtels, à la décoration luxueuse mais discrète, doté des mêmes équipements que les maisons de maître : lustres en cristal, meubles Louis XV, vaste bibliothèque comptant quelque 3 000 livres reliés, téléphone, etc. Ainsi en 1904, Le St. Regis, baptisé Jean-François Régis, nom d’un jésuite français soucieux d’accueillir les plus démunis, devint en quelques mois le cœur battant de la vie mondaine new-yorkaise, avec entre autres le club des « 400 », géré par sa mère Caroline. Elle recevait les membres chaque année dans la salle de bal du St. Regis, premier rooftop avec vue imprenable sur Central Park.
Autre temps, autres mœurs, en parallèle de cette grande bourgeoisie, les stars du showbiz participent à la renommée du cinq-étoiles. Caroline aurait peu apprécié la fête démente, déjantée, très déshabillée organisée par Mick Jagger en 1972, pour son anniversaire. Et s’étonnerait que figurent sur les registres les noms de descendants de familles prestigieuses à côté de celui de John Lennon. Cela lui aurait-il plu, que l’hôtel de son fils chéri serve de décor au Parrain ou à Sex and the City ? La fin de John Jacob Astor est digne d’un film. En 1912, il emprunta le Titanic avec sa seconde épouse. Quand le paquebot heurta l’iceberg, il accompagna sa femme à bord d’un canot de sauvetage. Les places étant comptées, il laissa la sienne, regagnant à bord le salon de première classe. Sombrant à 47 ans avec le navire. Le St. Regis, lui, flotte toujours au cœur de Manhattan, acquis en 2019 par Qatar Investment Authority, géré par le puissant groupe Marriott.




Envers et contre tous
Pour construire son hôtel de 18 étages, à Manhattan, le premier gratte-ciel, avec sa façade Art déco, Astor acheta et dynamita plusieurs hôtels particuliers au grand dam de ses voisins fortunés. à plusieurs reprises, ceux-ci saisirent la justice pour interrompre le chantier. En vain. Leur dernier argument : l’interdiction d’ouvrir un bar à moins de 60 mètres d’une église, en l’occurrence l’église presbytérienne de la Cinquième Avenue. Astor rusa en déplaçant l’entrée du St. Regis sur la 55e Rue, perpendiculaire. Il obtint gain de cause et inaugura son palace le 4 septembre 1904.
Article paru dans le numéro 186 de RD – Résidences Décoration.



