Dans le Luberon, sur le vignoble du Château La Coste, datant de 1682, où les œuvres d’art contemporaines côtoient des vestiges gallo-romains, le chai de Jean Nouvel accueille les raisins de ceps entretenus par des brebis et une jument.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
Sous le sceau du Château La Coste, cette devise : « Le vin est une sculpture ». Une devise prémonitoire, en adéquation avec ce domaine s’étalant sur 200 hectares, dont 130 de vignes, protégées du vent par les bois. Un vignoble que son propriétaire, Patrick McKillen, n’a cessé de bonifier depuis son acquisition en 2002, pour donner leurs lettres de noblesse aux vins de Provence. Conscient de posséder un domaine rare où les vestiges romains, restanques, pont de pierre et système sophistiqué d’irrigation, tout comme la date 1682 apposée sur le fronton de la vieille bastide, témoignent d’une activité agricole soutenue depuis des lustres. Il a, avec les 50 salariés, tel Raymond Gimenez, maître de chai, travaillant ici depuis plus de quarante ans, entrepris de mener sa vigne en biodynamie avec tous les outils nécessaires. Osant marier l’ancien et le moderne. Ainsi, des brebis broutent les mauvaises herbes du début de la taille jusqu’au printemps, tandis que Talissa, jument percheronne, laboure les 15 hectares de vignes escarpées, dont les plus anciennes vouées à la sélection parcellaire. Au cœur de ce système, flamboyant au soleil, le chai signé Jean Nouvel, qui se doublera l’an prochain d’une installation tout aussi révolutionnaire dont le toit sera un miroir d’eau.


« Ce premier chai est un outil remarquable, en résonance avec les œuvres d’art essaimées au hasard des sentiers », explique Antoine Pétrus, consultant hors norme, précédé de sa réputation de Meilleur Ouvrier de France en sommellerie et en service. Un chai ouvert formé de deux demi-cylindres en tôle d’acier, de dix mètres de haut, limitant au strict minimum les manipulations du raisin, de la vendange à la mise en bouteille. Après le tri manuel, les grains parviennent par gravité naturelle dans le chai enfoui à 17 mètres sous terre, tombant ensuite dans les 100 cuves en inox de 500 à 5 000 litres pour être vinifiés. Les cuvées les plus nobles sont élevées en barriques pour figurer sur les cartes des plus grands restaurants du monde. En priorité sur celle du Louison, restaurant gastronomique de la Villa La Coste, palace dominant les vignes. Table placée, depuis début mars, sous la houlette du talentueux et très créatif chef Florent Pietravalle, où le Grand Vin Blanc du Château La Coste, à base de vermentino et de chardonnay, se marie aussi bien avec ses encornets au lard affiné qu’avec son pistou de feuilles de figue et de lisette marinée.


Visite guidée des chais de Jean Nouvel et dégustation tous les jours en français à 11 h 30 et en anglais à 14 h.
Article paru dans le numéro 187 de RD – Résidences Décoration.




