Monolithe dessiné par le cabinet d’architecture de Carl Fredrik Svenstedt, le chai contemporain accolé à l’hôtel particulier du XIXe siècle, restauré, s’élève au cœur de la commune de Tain-l’Hermitage. En lignes courbes, comme le vignoble.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
S’imprégner des paysages alentour, des vignes, des parcelles pentues mais aussi de l’histoire de ce domaine, préalable pour Carl Fredrik Svenstedt et sa petite équipe soudée, avant d’imaginer un chai pour ce domaine, l’un des plus prestigieux de la vallée du Rhône.
Fondé par la famille Delas en 1835, une autre entité familiale, celle des champagnes Deutz, le rachète en 1977. Pour traiter avec respect, en priorité, les raisins de ses 29 hectares répartis en trois appellations, Hermitage, Crozes-Hermitage et Saint-Joseph, la Maison Delas Frères investit dès lors massivement dans ses bâtiments et ses outils de production. En deux temps. Première étape, elle confie à Jacques Grange la restauration dans le village de Tain-L’Hermitage, dans la Drôme, de l’hôtel particulier fin xixe siècle dominant un jardin clos paysagé par Christophe Ponceau et Mélanie Drevet. Désormais maison d’hôtes de 11 chambres avec au rez-de-chaussée des salles de réception et au sous-sol, une cave voûtée abritant les plus grands crus du domaine. Le but : recevoir les amateurs de vins au plus près des vignes.


Deuxième étape, très audacieuse, confier à Carl Fredrik Svenstedt, architecte, diplômé d’Harvard et de la Yale School of Architecture, la création d’un nouveau chai, toujours au centre du village. Un chai dont la façade s’élève à presque huit mètres de hauteur et serpente sur quelque 80 mètres, évoquant en légèreté les pleins et les déliés abrupts du vignoble. Derrière ce ruban façonné avec grâce, logent le cuvier, le chai à barriques, les espaces de production avec accès à l’arrière-cour où transitent les camions et autres véhicules.
Dans le chai de vinification, de petites cuves en béton de 85 hectolitres remplacent les anciennes cuves en acier afin de traiter les lots de raisin, terroir par terroir, et de mieux contrôler les températures. Principe de cet outil : la gravité. Les raisins directement déversés dans les cuves évitent le pompage et le malaxage, toujours traumatisants. Les cuves, équipées de trappe, autorisent l’aération du vin par le haut, opération appelée pigeage à la main.


Le chai d’élevage, quant à lui entièrement refait, aligne désormais 600 fûts bourguignons, en bois, signés des plus grands tonneliers, remplaçant les énormes foudres de 2 500 hl. Des fûts traditionnels respectant la personnalité de chaque vin, chaque terroir, pour produire bon an mal an quelque 2 millions de cols dont une majorité figure en bonne place sur la carte des vins des grands restaurants et dans les rayons de cavistes triés sur le volet. Et, bonus pour l’œnotourisme, Carl Fredrik Svenstedt a équipé le chai d’une double rampe pour que les visiteurs accèdent aux deux étages, visualisant à travers les baies vitrées le cuvier et le chai à barriques avant d’emprunter le chemin reliant le chai à l’hôtel particulier.
Visites du chai, des caves, et dégustation, du lundi au samedi.
Uniquement sur rendez-vous : delas.com.
Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.




