Défiant toute logique, Corinne Vezzoni, architecte, a incité ses clients à hisser leur villa au plus haut de leur terrain accidenté pour bénéficier d’une vue mer et montagne. Vertigineuse !
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos David Huguenin et Patrice Terraz
Perchée à une bonne vingtaine de mètres au-dessus de la route de Sainte-Lucie, dans un espace naturel où le maquis sombre, dense et odorant pactise avec d’énormes blocs de granit, cette vaste maison contemporaine, construite en tenant compte de tous les aspects écologiques, et avec un maximum de matériaux locaux, pierres, bois, ne pouvait appartenir qu’à une famille profondément attachée à la Corse, à ses traditions, et soucieuse de son impact environnemental. Une famille sportive qui plus est. Tels sont effectivement ses propriétaires, médecins tous les deux, aimant rassembler famille et amis pendant les vacances, été comme hiver, les invitant à participer à des événements sportifs insulaires, souvent de haut niveau, entre vélo, randonnées, escalade dans la montagne proche, voire canyoning et courses hippiques. Un couple et son entourage donc, que l’accès pentu menant à la villa entre maquis préservé et blocs de granit cyclopéens n’effraie guère. Au contraire. Heureux, parvenus après quelques efforts, dans la maison perchée au point le plus haut de la propriété, de bénéficier d’une vue spectaculaire, unique, sur le golfe de Pinarellu avec ses eaux claires et sa plage classée parmi les plus belles du monde et à l’ouest sur les aiguilles de Bavella, sculptées par le vent et la pluie, l’un des sites sudistes les plus remarquables, de la région de Ponte Vecchio et Zonza. Une maison de 512 m2, déclinant sept chambres, imaginée en accord parfait avec Corinne Vezzoni, architecte, et sans l’intervention d’un décorateur d’intérieur. « Les propriétaires, explique Corinne, estimaient que seule l’architecture importait et pouvait, sans choquer, sans heurter, inscrire leur bien dans le paysage. J’ai donc pensé les lieux en fonction de ces données précises, correspondant à ma philosophie, à mon approche, puisant dans une palette de teintes naturelles, du gris des lauzes couvrant les toits, aux bruns terreux, en m’inspirant des constructions traditionnelles, les bergeries entre autres. » Le gros œuvre achevé, avec en majorité des pierres taillées à même les blocs de granit extraits du terrain, l’architecte s’est attelé à sa table de dessin pour esquisser quelques meubles. Des meubles fixes, pour la cuisine en particulier, avec des plateaux de chêne appuyés directement sur les baies. Ainsi, chacun se repaît, en fonction de son rythme, du matin au soir, de la vue, prenant s’il le souhaite son petit déjeuner et autres repas sur une table flottant au-dessus du sol pour mieux dominer la situation. « Pourquoi créer un décor artificiel, lorsqu’on bénéficie de points de vue uniques tout à la fois sur les montagnes et sur la Méditerranée ? Pourquoi importer du mobilier alors que sur place, un ébéniste dispose de châtaigniers, de chênes et de bien d’autres bois et d’un savoir-faire ancestral ? Seul le bassin de nage distingue la villa Santa Lucia des demeures alentour. Une piscine étroite, taillée en respectant la végétation et en l’insérant autant que faire se peut entre les murs de granit. Ainsi, lorsqu’on s’y baigne, on respire le parfum balsamique et résineux du genévrier, et on profite de l’ombre naturel des arbres. »








Corinne Vezzoni, architecte

Diplômée de l’école d’architecture de Marseille-Luminy, son agence Corinne Vezzoni & Associés, située à Paris et Marseille et forte d’une trentaine de collaborateurs, développe une architecture et un urbanisme contextuels, sobres, singuliers, attentifs aux sites, à la lumière, aux matériaux et aux usages. Elle défend une approche méditerranéenne de l’architecture, dialoguant avec l’environnement, intégrant les enjeux écologiques et sociaux, notamment la gestion des eaux pluviales et la limitation de l’artificialisation des sols.
Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.




