Derrière l’énigmatique Marcel Poulain se cache un duo de jeunes designers : Clémence Plumelet et Geoffrey Pascal. Leurs créations malines et délicates, leur univers rafraîchissant et singulier ont vite rencontré le succès du public et des plus grandes manufactures. Ils aiment brouiller les pistes, proposer des décors dignes de films, pour mieux raconter des histoires. Aujourd’hui, c’est un peu de leur histoire qu’ils dévoilent.
SÉLECTIONNÉS LA NOUVELLE VAGUE DU FRENCH DESIGN 2025, PAR RD – RÉSIDENCES DÉCORATION
Texte Anne-Louise Sevaux
Parlez-nous de votre parcours.
Clémence : Après avoir travaillé sur le design textile à l’école supérieure des arts appliqués Duperré à Paris, j’ai rejoint, comme Geoffrey, la Design Academy d’Eindhoven, aux Pays-Bas. On a suivi un cursus Espace public, espace privé. C’est une approche très transversale des pratiques, cela nous a appris à être multicasquettes. J’ai ensuite travaillé à Milan et on est revenus tous les deux à Paris pendant le Covid.
Geoffrey : J’ai un parcours similaire, sauf qu’une fois diplômé, je suis resté travailler aux Pays-Bas avant de rentrer avec Clémence à Paris.

À quel moment avez-vous décidé de travailler ensemble ?
Geoffrey : Pour la cinquième Design Parade de Toulon en 2021. Il fallait imaginer « une pièce dans une villa en Méditerranée ». à ce moment-là, on s’est rendu compte qu’on aimait bosser ensemble, et on était fiers de notre projet « Folle Envie ». Cela a été le déclencheur.
Vous repartez de la cinquième Design Parade de Toulon avec un prix…
Clémence :On a remporté le prix du Mobilier national, ce qui nous a donné accès à une résidence pour concevoir un objet. On travaille avec les Ateliers de recherche et de création (ARC) du Mobilier national. Il s’agit d’un atelier de prototypage, ils font les premières pièces de série. Là-bas, avec le soutien du Lit national, on a créé Terence, notre canapé-malle qui a marqué un tournant dans notre parcours, c’était notre première pièce de mobilier reproductible.

Marcel Poulain, d’où vient ce nom ?
Clémence : Ce sont les noms de jeunes filles de nos mères. C’était l’occasion de leur rendre hommage, nous qui portons tous les deux les noms de nos pères.
Geoffrey : Ce nom nous a offert une nouvelle identité, un tiers personnage que l’on se plaît à faire voyager à travers nos projets.
D’autres projets marquants depuis la Design Parade ?
Clémence :à la suite de notre présentation à Toulon, Veuve Clicquot nous a proposé de réaliser une collection de mobilier et un principe scénographique pour leur nouvelle cuvée de champagne. On a également réalisé des vitrines pour Hermès en 2023, dans une de leurs boutiques dédiée à la beauté, à Dubaï. L’année suivante on était en résidence à Bali. Ce projet, appelé ADIR, était réalisé avec la galerie locale CushCush Gallery. On y a dessiné Dress me up, un fauteuil que l’on habille, comme cela se fait sur d’autres objets dans la culture balinaise.

Quelles sont les grandes inspirations qui nourrissent votre regard ?
Geoffrey :On est très influencés par le cinéma. Pour le projet de la piscine à la Design Parade, on s’est inspirés de La Piscine, Pierrot le Fou, ou les scènes de James Bond autour de la piscine. De manière générale, on aime piocher dans les films des années 1960-1970 ou de l’univers de Wes Anderson.
Clémence :On essaie d’avoir une approche totale, jusqu’aux parfums et la musique. On utilise les chants des sens.
Comment définir le style Marcel Poulain ?
Geoffrey : La couleur est l’une de nos signatures, sans aller vers quelque chose de trop pop non plus. On utilise beaucoup de matériaux purs mais qui sont teintés, comme le bois teinté. On aime également les formes arrondies.
Clémence : On a une esthétique un peu rétro, disons qu’on essaie de faire des objets qui ne sont pas datés, dont on ne se lasse pas. On ne veut pas faire des choses trop marquées mais pas trop minimalistes non plus. On cherche un design qui a un peu de pêche.
En tant que jeunes designers, vous sentez-vous parfois écrasés par l’héritage des générations précédentes, surtout à l’heure où de nombreuses rééditions refont surface ?
Geoffrey : On ne se sent jamais écrasés par tout ça. Nos pièces sont liées à une histoire ou à un lieu. On essaie tellement de développer notre histoire qu’on ne tombe pas dans une redite.
Clémence : On a du mal à dessiner des objets sans contexte, sans histoire. ça peut être limitant, mais c’est aussi notre façon de créer. On préfère prendre le temps de développer des projets qui font sens. Nos projets ont tous un lien. Il y a un fil qui commence à se dérouler et qui fait sens.
En matière de design, quel est l’objet ou le meuble…
… qui vous fascine le plus ? Les meubles de François-Xavier Lalanne, pour leur ingéniosité et leur effet de surprise. Ce sont à la fois des objets forts, poétiques et fonctionnels.
… que vous aimez posséder ? Des objets de notre famille, ou que l’on a chinés. Comme les meubles danois des grands-parents de Geoffrey, ou les meubles chinés dont on ne connaît pas précisément l’origine.
… que vous aimeriez posséder ? Les versions anciennes des lampes d’Angelo Lelii et du tabouret Butterfly de Sori Yanagi.
… que vous auriez aimé créer ? La chaise de Pierre Chapo, il y a un écho à ce qu’on fait, quelque chose de simple et de bien pensé.
… que vous aimeriez rééditer et réinterpréter ? On n’a pas trouvé !
Leurs projets à venir du Studio Marcel Poulain
Deux projets d’architecture d’intérieur en cours, dont leur maison en Bourgogne.
La scénographie pour Veuve Clicquot, qui continue son voyage.
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.



