Entre mer et forêt, le Domaine de Locguénolé cultive sa légende. Celle d’une demeure familiale qui a traversé les temps et les vents. Celle aussi qui, depuis plus de soixante-dix ans, accueille ses visiteurs avec un soin rare pour leur offrir une expérience unique. Aujourd’hui s’ouvre un nouveau chapitre, et quel chapitre.
Texte Anne-Louise Sevaux / Photos Christophe Le Potier
En Bretagne, Locguénolé est une institution, voire même une légende. On raconte que cette propriété, qui surplombe l’estuaire du Blavet, que la mer envahit deux fois par jour, doit son nom au saint breton Guénolé. Vivant sur l’autre rive, il se serait un jour lassé des vices de ses habitants et, d’un seul pas, aurait franchi le Blavet pour venir s’installer ici, dans cette bâtisse presque hors du temps, à l’abri des vents.
Bon choix que celui du saint : un manoir se dresse en effet à cet endroit depuis 1700, rejoint au XIXe siècle par un château. Construit par le comte César de La Tour Maubourg, cette grande propriété, au cœur de la forêt, restera dans la même famille jusqu’en 2020.
Une transmission qui s’est d’ailleurs largement faite par les femmes, ce qui explique les changements de nom, sans aucune rupture cependant de l’héritage. Et s’il est une figure féminine qui a marqué l’histoire contemporaine du domaine, c’est bien Alyette de la Sablière.
C’est elle qui, à la fin des années 1960, transforme la demeure familiale en chambres d’hôtes, puis en hôtel. « Elle a toujours eu une fascination pour les Relais & Châteaux et intègre ce prestigieux réseau dès 1970 », explique Johan Dubourdieu, maître de maison aux côtés de son épouse Stéphanie. Un sens de l’accueil pointu, des prestations très personnalisées, un esprit familial et accessible… Autant de valeurs chères à Alyette de la Sablière et qui contribuent rapidement à la réputation de l’établissement. L’hôtel affiche très vite quatre étoiles, tandis que le restaurant décroche une étoile en 1975 puis deux en 1979. « C’est une femme d’affaires très respectée dans la région, qui a tout appris toute seule. »



Mais l’âge avançant, en 2020, elle et son fils décident de vendre la propriété familiale. C’est l’entrepreneur breton Gérard Jicquel, à la tête du groupe Beautiful Life Hotels, qui rachète le domaine. « Et c’est le début d’un chantier colossal », se souvient Johan Dubourdieu, qui a suivi de près ces trois années de travaux.
À sa réouverture, l’établissement compte 44 chambres (contre 22 auparavant), un spa, deux piscines, deux restaurants ainsi que trois logements « insolites », dont un étonnant bateau posé dans un jardin ! « L’idée vient de l’architecte Christophe Bachmann, en hommage au cimetière de bateaux visible à marée basse », raconte le maître de maison en désignant l’horizon. Le Caprice, c’est son nom, ne finira donc pas sa vie en cale sèche, mais en suite de luxe pour aventuriers sédentaires.
Ce bateau est aussi, comme l’ensemble de l’hôtel, un hommage à la route des Indes. Tissus fleuris, papiers peints illustrés, fresques coloniales… Dans les salons, les chambres ou les restaurants, se déploie une véritable carte postale de ce qui faisait rêver les explorateurs à la fin du xve siècle. On retrouve également cet esprit de cabinet de curiosités ici et là dans l’hôtel, avec des maquettes de vieux gréements, un poisson-hérisson empaillé ou une collection de vases de Chine. Le tout dans une maîtrise parfaite et un équilibre subtil, qui laissent toute la place à l’histoire en train de s’écrire, au cœur de ce domaine entre mer et forêt, où règne un luxe discret.
L’Inattendu

Logé dans une imposante et sublime verrière imaginée, là encore, par l’architecte Christophe Bachmann, le restaurant L’Inattendu offre un véritable voyage dans le voyage. On s’y attable pour une expérience unique, entre plantes et lampions, dans un esprit mêlant jardin d’hiver et croisière onirique. Dans l’assiette, les papilles s’envolent. Sous la direction du chef Yann Maget, on découvre et redécouvre les saveurs locales et de saison. Même le beurre devient une aventure ! Le service, précis, attentif et constamment souriant, sublime l’expérience. Le restaurant vient d’obtenir sa première étoile Michelin : une évidence.
Article paru dans le numéro 186 de RD – Résidences Décoration.




