L’amour de la matière, du geste, des outils, du savoir-faire : voilà ce qui anime Marie et Alexandre. Ils aiment visiter les usines, rencontrer les artisans, toucher et manipuler. Ensuite vient le dessin, l’idée. Un travail à rebours, qui remonte le temps pour donner à la matière toute sa place.
SÉLECTIONNÉS LA NOUVELLE VAGUE DU FRENCH DESIGN 2025, PAR RD – RÉSIDENCES DÉCORATION
Texte Anne-Louise Sevaux
Parlez-nous de votre parcours et de la naissance de votre duo.
Alexandre : Après avoir étudié à l’ENSCI – Les Ateliers, à Paris, j’ai travaillé pendant dix ans au studio de Ronan Bouroullec.
Marie : De mon côté, j’ai étudié à la HEAD (Beaux-Arts) à Genève, puis à l’ECAL, à Lausanne. On s’est rencontrés pour la première fois à la villa Noailles, en 2018. Nous étions finalistes de la Design Parade. À la suite de ça, j’ai rejoint le studio Bouroullec pendant deux ans, mais nous n’avons jamais travaillé, Alexandre et moi, sur les mêmes projets. Quand je suis partie vivre dans le Sud, en 2021, une amitié est née et on a commencé à travailler sur nos premiers projets.

Une collaboration qui a donc débuté à distance ?
Marie : Oui, c’était compliqué et en même temps c’était bien ! On est allés voir des choses qui nous passionnaient : des savoir-faire verriers, des céramistes. On est allés visiter des usines dans le Sud-Est. Ça a commencé comme ça, de manière assez organique. Et puis, on s’est invités dans les projets de l’un et de l’autre.
Quel était votre premier projet en duo ?
Alexandre : C’était une scénographie pour la Fondation d’entreprise Hermès, à la villa Noailles, en 2021. On est allés travailler chez Vagh, une usine de céramique dans le Var. Ils nous ont laissés utiliser leurs machines chaque week-end, pendant six mois. C’est en manipulant, en essayant, qu’est, par exemple, née l’idée des grands cercles en céramique.
Marie : C’est la première fois qu’on signait un projet à deux, et c’était représentatif de la manière dont on allait travailler : visiter, voir, rencontrer, comprendre les matières et les outils. Ensuite seulement, on dessine.
Parlez-nous de ce duo que vous formez aujourd’hui. Comment travaillez-vous au quotidien ?
Alexandre : On fait tout en binôme. On n’a pas envie de diviser, d’être juste à moitié dans quelque chose. Mais le fait d’être en duo permet d’avoir un regard extérieur sur son propre regard.
Quelles sont vos influences ? Qu’est-ce qui nourrit votre créativité ?
Marie : Tous les deux, on se rejoint sur le design, mais on a aussi des aspirations pour l’art, l’architecture et le vêtement. Disons que nos univers ne se limitent pas à l’objet.
Alexandre : J’aime découvrir des lieux et des musées. J’aime la peinture, la couleur et la manière de la travailler. Mais ce sont surtout les contextes qui nous intéressent : on est dans des réflexions globales. La grand-mère de Marie avait une collection de vêtements, et mon grand-père une collection de tableaux : ce sont deux sources d’inspiration pour nous.
Marie : Là où on prend du plaisir tous les deux, c’est quand on découvre des usines, des techniques. Il y a cette excitation de voir comment les choses sont faites.
Peut-on parler d’un style « Marie et Alexandre » ?
Alexandre : Je pense que c’est plus une manière de faire qu’un style. Dans notre travail, on cherche à faire vibrer et résonner la matière. Que ce soit dans le métal, le verre ou la céramique, on veut révéler le matériau. Notre style se traduit par notre façon d’aborder la matière, quelle qu’elle soit.


de la Cité Radieuse à Marseille, imaginé par Le Corbusier. Toute l’exposition a ensuite été présentée à la galerie Signé à Paris qui a coproduit l’événement marseillais. © DR
En tant que jeunes designers, vous sentez-vous parfois écrasés par vos prédécesseurs et leurs nombreuses rééditions ?
Alexandre : C’est discutable ces histoires de réédition, et en même temps, c’est le rêve de tout designer de faire un best-seller.
Marie : Les objets prennent du temps pour être appréciés, et l’objet ne vit que dans l’imaginaire collectif. Nous, notre objectif, c’est de se placer dans un parcours plutôt lent.
Quels sont vos piliers, vos valeurs en tant que créateurs ?
Il faut que les choses soient bien faites, pour durer. On cherche aussi, dans la mesure du possible, à fabriquer nos objets en France. Mais ce n’est pas une valeur, c’est du bon sens.
En matière de design, quel est l’objet ou le meuble…
… qui vous fascine le plus ? Allunaggio Chair d’Achille Castiglioni, chez Zanotta.
… que vous aimez posséder ? Une lampe Akari d’Isamu Noguchi, chez Vitra.
… que vous aimeriez posséder ? Une chaise longue 522 Tokyo, de Charlotte Perriand, chez Cassina
… que vous auriez aimé créer ? La table ajustable E-1027, d’Eileen Gray.
… que vous aimeriez rééditer ou réinterpréter ? Du mobilier d’André Sornay.
Leurs projets à venir de Marie et Alexandre
Décembre 2025 : la galerie Signé expose la collection de lampes de Marie et Alexandre à la foire du Design de Miami.
Mai 2026 : livraison d’un appel à projet pour redessiner le mobilier pédagogique de la Cité du design de Saint-Étienne, en partenariat avec Alki.
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.



