Londra Palace Venezia, la lagune pour miroir 

Il était une fois, en 1865, deux pensions de famille se jouxtant, l’Hôtel d’Angleterre et le Beau Rivage. Réunies, elles devinrent, au fil des ans, le seul Relais & Châteaux de la Sérénissime. 53 chambres et suites au fil de l’eau.

Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû

Cent fenêtres se découpent sur sa grande façade blanche en aplomb du bassin de Saint-Marc. Comme un décor théâtral dévoilant la basilique Santa Maria della Salute, près de la Punta della Dogana, qui abrite la Collection Pinault d’art contemporain, l’île de San Giorgio Maggiore et son campanile au clocher rouge et vert, ainsi que le va-et-vient des gondoles et des vaporettos accostant devant le Londra Palace, sur la Riva degli Schiavoni. C’est cet emplacement unique, dans le Castello, l’un des six quartiers de Venise, qui convainc la famille Babini d’acquérir l’hôtel en 1938, toujours joyau d’Hospitality Experience, son petit groupe. Un palace confidentiel, historique, qui, tout en conservant son charme de demeure aristocratique : soieries, brocarts, marbre, seminato, vases, appliques Murano, a, en 2024, confié au Studio Ruberti Cutillo le défi de le rajeunir. En relation avec les meilleurs artisans et les grandes maisons italiennes, tels que Fortuny pour les luminaires, Rubelli pour des étoffes aux dessins actuels s’accordant avec l’existant. Un changement quasi imperceptible pour les clients fidèles qui, pour rien au monde, n’éliraient domicile ailleurs. « Un domicile qu’ils s’approprient, dès qu’ils débarquent sur le ponton », précise, dans un français parfait, le directeur général Alain Bullo. « C’est ainsi, depuis 1853, le lieu jouit d’un pouvoir de séduction et d’inspiration unique. Pourquoi Tchaïkovski y séjourna-t-il à plusieurs reprises en 1877 ? Parce qu’il était chez lui, tranquille, pour mettre en notes les derniers mouvements de sa quatrième symphonie, qu’il baptisa Do Leoni, en souvenir du lion de Saint-Marc. Pourquoi Jules Verne, Jorge Luis Borges, Gabriele d’Annunzio s’y réfugièrent-ils pour écrire ? Parce qu’ils étaient chez eux et qu’en regardant par leurs fenêtres, la beauté, la magie, leur soufflaient des mots, guidaient leur main. »

Lobby avec lustres Murano, miroirs vintage et son nouveau design du Studio Ruberti Cutillo. © DR
L’une des chambres de luxe les plus convoitées, avec son balcon dévoilant la lagune à 240°. © DR
Façade aux cent fenêtres devant laquelle gondoles et bragozzos déposent les clients du Londra. © DR
Apprécier la carte du chef Daniele Galliazzo de la terrasse du restaurant, offrant l’une des plus belles vues vénitiennes sur la Riva degli Schiavoni. © DR

Avec à leur portée, perchée sur le toit, au dernier étage, l’altana, la plus haute de la ville, petite terrasse en bois, typique des palais les plus somptueux comme des maisons les plus modestes, offrant une vue panoramique. Altana, aujourd’hui privatisable pour deux ! Quoi de plus romantique que de dîner en tête à tête dans la plus extraordinaire cité lacustre du monde, dans le palace le plus intimiste et charmant ? N’ayons pas peur des mots !

Alain Bullo, un vrai maître de maison

© DR

Une maman française, fille unique d’un milieu aisé. Un papa vénitien, issu d’un milieu pauvre, qui, entré comme liftier au Londra Palace, devint chef concierge et consacra 56 ans de sa vie au cinq étoiles. « Il me répétait : « Je suis certain qu’un jour, tu seras directeur du Londra. » Ce n’était pas dans mes plans, mais, après mon diplôme en langues étrangères et en management à l’université Ca’ Foscari de Venise, j’ai rejoint mon père. J’entame ma 25e année, avec autant de passion, d’idées et de plaisir, en mettant un point d’honneur à révéler à mes clients les savoir-faire vénitiens, grâce à des visites exclusives d’ateliers organisées par l’agence Venezia da Vivere. »

Article paru dans le numéro 187 de RD – Résidences Décoration.

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