Bordée par les mers Adriatique et Ionienne, cette région sudiste d’Italie, de trulli en palais, de villages blancs perchés autour de leur église en palais baroques longtemps abandonnés, raconte les fortunes bouleversées de ses habitants.
Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû
S’étendant en longueur dans le talon de la Botte, ourlée par plus de 850 kilomètres de côtes, la Puglia vit débarquer au cours des siècles, Grecs, Romains, Byzantins, Arabes, Lombards, Normands, Allemands. Chacun laissa son empreinte, transformant cette région en haut lieu de mémoire vivante. Meilleurs constructeurs, les Normands qui érigèrent au xie siècle des châteaux forts et d’admirables églises dont la basilique Saint-Nicolas de Bari, d’une sobriété contrastant avec le baroque flamboyant de la basilique Santa Croce du XVIIe siècle, de Lecce. Des trésors, au même titre que les oliviers dont certains accusant quelque 2 000 ans d’âge, figurent au répertoire des arbres remarquables. Ici, la table est à l’image de la nature : bonne, gaie, colorée. Rien ne vaut de savourer une burrata, relevée de quelques gouttes d’huile d’olive avec un verre de primitivo, vin rouge élevé dans les Pouilles.
Balade en quatre étapes, quatre hôtels très particuliers, pour appréhender cette campagne iodée, cette mer se heurtant au minéral.
À Lecce, Fiermonte Museum, immersion dans l’art
Incontournable Lecce, où à chaque coin de rue, sur chaque place, des palais grandioses dialoguent avec les plus conviviales des trattorias, où lors des processions religieuses les hommes portent fiérots, comme des costauds, des statues en papier mâché, répliques légères, de celles ornant les églises.


Après avoir ouvert un resort arty, urbain, La Fiermontina Luxury Home, dans une ancienne masseria, puis un cinq-étoiles dans un palais du XVIIe siècle, au cœur de Lecce, Antonia Yasmina et Fouad Giacomo Filali invitent à dormir dans l’une des quatre suites du Fiermonte Museum. Suites à thème, musique, cinéma, peinture, sculpture, avec dans chacune la possibilité de créer ses propres œuvres, modeler de l’argile, peindre, produire des sons, des vidéos. Et, en prime une torche pour visiter, la nuit, seul, à son rythme, le musée, ses expositions temporaires aux œuvres permanentes, notamment les marbres de René Letourneur, les bronzes de Jacques Zwobada, les deux maris artistes d’Antonia Fiermonte, grand-mère des propriétaires.
À Ostuni, Vista Ostuni Palazzo, entre encens et tabac
En surplomb derrière ses remparts, le village blanc, avec ses églises dont celles de Santa Maria degli Angeli, ses maisons serrées le long des ruelles pentues, ses artisans en céramique, ses chats errants. Un peu plus bas, les champs d’artichauts, plus bas encore, des oliveraies à perte de vue. Et à l’horizon, les flots que le soleil argente de l’Adriatique, avec ses promesses de farniente et de bains. C’est dans ce décor que s’inscrit la bâtisse carrée couvent au xive siècle de sœurs dominicaines, puis hôpital, orphelinat, prison, avant, dans les années vingt, de devenir la Conceria del Tabacco, manufacture de tabac. Abandonnée en 1960, rachetée en 2021 par le groupe Vista qui vient d’inaugurer un boutique-hôtel cinq-étoiles, ouvert toute l’année. 19 suites et 11 chambres, table gastronomique, spa, rooftop avec vue, entourés de jardins à vivre, à parcourir, à respirer pour s’imprégner des senteurs de la terre, mais aussi de celles, iodées, de la mer. Invitant à déserter piscines, transats, bars, pour courir dans les dunes et les flots.



À Nardò, la Casa della Vigna, rêver de vin
Dans la péninsule du Salento, Nardò, perle baroque d’une Italie un temps oubliée, renaît. Grâce aux autorités favorisant celles et ceux prêts à investir pour sauver ses palais érigés au XVIe siècle par les riches marchands et vignerons. Ruinés en 1898 par le phylloxéra, ils les abandonnèrent pour voguer vers le nouveau monde. Recouvertes d’une végétation invasive, lézardées, sans toit parfois, les demeures devinrent ruines, jurant à côté des églises enluminées. Désormais, ces merveilles reprennent vie, les autorités ayant quelques largesses pour les courageux les rénovant. C’est ainsi que Guy Martin, chef français, ayant posé sa toque en décembre dernier, a racheté et remis en état trois palazzi : Muci, Maritati, Matteo, désormais superbes maisons d’hôtes. Passionné de vignes et de vins, il vient de rajouter à ce patrimoine un vignoble et la Casa della Vigna, suite unique, point d’ancrage pour apprécier les vins, le domaine viticole et Nardò forcément. « Avec mon épouse Katherina Marx, décoratrice, nous avons pensé cette suite, comme une étape hédoniste pour croquer de bonnes choses et s’abreuver de bonheur simple », confie son propriétaire.



À Savelletri di Fasano, Masseria San Domenico, les vagues pour berceuse
Un petit port de pêcheurs, des étals de poissons encore frétillants, des restaurants pour se conter fleurette, de vieilles maisons perchées sur la colline, le rivage de l’Adriatique préservé avec des chemins de randonnée, des villages historiques et contrastant avec le turquoise de la mer, le vert des oliviers centenaires. Un paysage serein pour un séjour balnéaire pas tout à fait ordinaire.



On se pose au ras des flots dans cette masseria du XVe siècle, ancienne demeure d’une famille aristocratique, premier Leading Hotels of the World d’Italie du Sud avec sa plage surveillée, ses suites et chambres dotées pour certaines de jardins clos. Et surtout, son architecture préservée. De vraies vacances à la mer sans la foule, sans autre bruit que celui du ressac. Et, pour qui souhaite l’intimité totale, le nouveau Villino, résidence privée de deux chambres avec sa piscine, chauffée. Au programme, selon son humeur, on gagne, à un kilomètre le San Domenico a mare avec son restaurant, son bar et ses transats, on booke un soin au spa, on s’aligne au départ du golf, qu’une brise légère rafraîchit bien souvent. Ou on rêve tout simplement, oubliant la marche du monde, ne se souciant que de celle des nuages. Le bien-être à la plage.
Article paru dans le numéro 187 de RD – Résidences Décoration.




