Réflexions et transparence agrandissent un petit espace

Soixante-cinq mètres à peine ! Et pourtant une belle impression d’espace se fait immédiatement ressentir dès que l’on franchit le seuil de ce pied-à-terre chic et contemporain. Situé dans le VIIIe, Olivier Palatre a fait valser les illusions et a joué avec les miroirs, la transparence et les parois en verre. Un exercice de haute voltige qui a consisté à redonner au lieu sa petite touche haussmannienne, tout en s’inscrivant dans la modernité. Par Serge Gleizes – Photos Didier Delmas

Donnant sur le salon, la table suspendue en pierre brésilienne (Via Appia) sépare le salon de la cuisine ; à droite, le canapé « Flip », design Norberto Delfinetti, fait face à deux tables basses « Area », design Mike Thorpe (Bernhardt Design) ; au plafond suspension « Vertigo » de Constance Guisset (Petite Friture).

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Des vestiges 70 qui avaient gommé sa personnalité, faux plafonds et parquets neufs… il ne reste plus rien. Tout commença donc par une salutaire remise en question. Le premier challenge fut de redonner au lieu son âme d’autrefois, ses caractéristiques originelles, c’est-à-dire moulures, volumes et sol ancien en remplaçant l’actuel par un nouveau parquet en chêne vieilli au point de Hongrie. Second challenge, la circulation, qui fut entièrement repensée, ainsi que la réorganisation des pièces afin de créer une nouvelle respiration et bien séparer les espaces de réception des espaces privés. Un noyau central fut dessiné, une sorte d’écrin précieux, de coeur qui comporte la salle de bains et autour duquel s’articulent les pièces à vivre, l’entrée, la chambre, la cuisine. « En définitive, le travail s’est révélé assez simple, raconte l’architecte.

Il s’agissait de redonner à cet appartement son identité, de réinterpréter les références du passé tout en réalisant une décoration d’aujourd’hui. Nous avons réorchestré l’espace avec des miroirs, des parois en verre coulissante, des jeux de réflexion. Je me suis inspiré pour cela de l’artiste belge Carsten Höller connu pour son travail sur les surfaces réfléchissantes et les troubles de perception qu’ils génèrent.

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Dans la chambre, face au lit, la penderie habillée de miroirs et de panneaux en laque brillante a été dessinée pour le lieu. Au mur, à gauche, un dessin au feutre de Samuel François (galerie Jeanroch Dard) ; dessous, suspensions en verre Decanter light, design Lee Broom. Dans la chambre, la tête-de-lit « Mini 1704 », design E Progetti, est déclinée dans une tonalité bleu Klein. Au-dessus de la table de chevet, le meuble de rangement en miroirs a été dessiné sur mesure ; tombant d’une rosace, les suspensions Decanter light, sont signées Lee Broom.

Dans le salon, en face du canapé, à gauche du meuble en miroir dessiné sur mesure, fauteuil « Paulistano », design Pierre Mendes da Rocha (1957) ; au mur, la bibliothèque composée de ronds et de miroirs, ainsi que la console suspendue ont été également dessinées pour le lieu. Parquet en chêne vieilli au point de Hongrie.

Posés aux murs ou sur un meuble, les miroirs offrent ici une nouvelle lecture des espaces et deviennent des éléments joyeusement perturbateurs qui troublent nos sensations, modifient les perspectives, jouent avec notre perception des choses.

Peut-être faut-il y voir également un hommage au film Orphée de Jean Cocteau, où le miroir évoque un glissement du passé vers le présent, une frontière qui aide à traverser les strates du temps. De même, les matières réfléchissantes de certains meubles, traitées dans des dégradés gris, participent à ces effets cinétiques.

Pour ajouter de la légèreté, ces meubles sont souvent fixés au mur et semblent ainsi flotter dans l’espace. Traités dans des laques simples et dans des lignes fortes et dépouillées, certains font directement référence à des monuments parisiens, comme par exemple la bibliothèque du salon placée au dessus de canapé « Flip », inspirée de l’orgue de l’église de Sainte-Eustache, située aux Halles.

Dans la cuisine, le plan de travail, réalisé dans une pierre brésilienne (Via Appia) fait office de table de salle à manger. Suspensions « Spinning BH1 » de Benjamin Hubert ; tabourets de bar « Morph » (Zeitraum).

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Agence d’Architecture Olivier Palatre

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