Le bonheur est dans les collines. Ou comment redonner vie à une ancienne ferme d’Ibiza tout en respectant son identité agricole dans une épatante et très contemporaine réhabilitation. Histoire d’une métamorphose orchestrée par l’architecte français Pascal Cheikh-Djavadi… sous un soleil implacable

Par Catherine Peyre – Photos Fabrizio Bergamo

Entre Sant Antoni et Sant Mateu (San Antonio et San Mateo pour les touristes, mais les Baléares tiennent à leur langage et ont rétabli les noms propres d’origine), les routes escarpées de collines boisées ou rocailleuses qui fleurent bon la Méditerranée et les vignes, fuient un littoral outrageusement défiguré. C’est dans ces campagnes tranquilles que d’anciennes fincas et propriétés agricoles abandonnées ont été sauvées, ressuscitées, métamorphosées et sont devenues le refu ge privilégié d’une population internationale et puriste qui, il faut l’avouer, a permis à Ibiza (Eivissa…) de protéger et de conserver son patrimoine rural.

Cette ancienne ferme du XVe siè – cle dont il ne subsistait que des murs en ruine a échappé à la disparition par la volonté et le talent de l’architecte parisien Pascal Cheikh- Djavadi. De cette coquille vide, il a conservé les pierres sèches des quelques murs encore verticaux et il y a surtout adjoint une aile dans la pure tradition ibicenca aux airs mauresques… qui rejoint furieusement le cubisme architectural contemporain. Des angles nets, des perspectives tracées au cordeau, des percées de lumière, une acclimatation parfaite au terrain et des murs chaulés à blanc sur les pierres, profilent une enfilade d’ouvertures modestes inspirées des meurtrières de la citadelle Dalt Vila – pour protéger les pièces du soleil brûlant -, et de charmants patios sur toute la longueur de la nouvelle entité.

Des murs en pierres sèches ont été bâtis à l’identique des constructions ancien nes de l’île. A l’avant de la maison, le salon s’ouvre sur une piscine dont l’eau gris-vert s’accorde aux teintes des oliviers, palmiers, cac tées, sabines… du jardin. Sous les mar – ches qui mènent à la piscine, des réservoirs recueillent l’eau de pluie, une pratique écologi – que indispensable sur cette terre aride et renversée sous le soleil. A l’intérieur, tous les sols en cemento pulido (ciment poli) reflètent la clarté, accentuent l’impression de fraîcheur nécessaire pendant les mois d’été et participent à la globalité pâle des murs internes, de ceux de l’extérieur, chaulés dans la plus pure tradition espagnole, du marbre de l’îlot central de la cuisine…

Une blancheur ambiante ponctuée par les lourdes portes en ébène de Macassar qui occupent la hauteur sous plafond, par la porte originelle du four à pain, les amphores à huile, par quelques meubles en iroko et objets rustiques en bois de l’époque agricole de la finca. Ce charme minimaliste à l’austérité néanmoins très confortable tend vers un idéal de bien-être formel en invitant, via B&B Italia, les designers les plus prestigieux, Antonio Citterio, Patricia Urquiola, Marcel Wanders, Jean-Marie Massaud… tout en jouant la carte chromatique du blanc et du noir. Un style élégantissime de sobriété qui glamourise une rusticité réhabilitée dans un dialogue constant avec la lumière, la brise marine et la douceur de vivre à Eivissa.