Un lodge contemporain inspiré au cœur du Colorado

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Quand on décroche le droit de construire une maison au cœur de Starwood, réserve naturelle d’Aspen, station de ski la plus chic du Colorado, on la « perce » de toutes parts pour observer faune et flore.

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos David O. Marlow

Lorsqu’ils apprennent qu’une parcelle de cinq hectares est en vente dans la réserve protégée de Starwood, à dix minutes en voiture d’Aspen où ils possèdent une résidence, ces Américains de Palm Beach s’y précipitent. Et découvrent une plaine leur évoquant celle du Serengeti en Tanzanie, où ils se rendent souvent en safari. Ici, pas de « big five » mais des hordes de wapitis, cervidés au port noble, broutant en contrebas. Grands marcheurs, madame et monsieur sillonnent pendant des heures le terrain, prenant de nombreuses photos de la course du soleil, des monts de Maroon Bells ou du col Independence. Starwood les foudroie littéralement. 700 hectares, sauvegardés grâce au chanteur de country John Denver, décédé dans un crash aérien. Ce compositeur, musicien et acteur amoureux de « son » Rocky Mountain, aimait s’y retirer et avait convaincu les autorités de classer cette enclave peuplée de nombreux animaux sauvages, à deux pas de la très sélecte station d’Aspen, lieu de rendez-vous des VIP. Son combat gagné, il composa « Starwood in Aspen », une chanson que tout le monde fredonne ici.

Pour préserver « son » Rocky Mountain High, le musicien de country John Denver créa Starwood.

NAGER FACE AUX WAPITIS
La piscine chauffée et éclairée autorise la baignade, même l’hiver, sans perturber la faune sauvage. Elle prolonge la grande salle de séjour et l’un des salons. Plafond à caissons de verre designé par Nathalie Ryan ; parasol « Market Umbrella »Frontgate, transats et chaises « Bitta Lounge » Kettal.

Il apparaît vite comme une évidence que c’est à Starwood que notre couple souhaite bâtir une « mansion » pour partager avec leurs quatre enfants et leurs petits-enfants cette nature intacte comptant 120 hectares viabilisés dans le respect de règles drastiques. Ayant failli, quelques mois auparavant, acheter une propriété décorée par Nathalie Ryan, il la contacte avant même d’avoir choisi un architecte et l’invite à se rendre sur le terrain. « J’ai été époustouflée, suffoquée par la beauté brute de ce sanctuaire si proche de la ville. Je n’y étais jamais venue car n’y pénètre pas qui veut. Comme dans les réserves africaines, des rangers surveillent les allées et venues pour que la faune vive sans stress et que les quelques propriétaires ne soient pas dérangés », confie la décoratrice.

Transcrire les émotions et les rêves des propriétaires à travers la décoration.

BOUFFE D’EPURE
De la Master Bedroom, la plaine se dévoile à l’infini. Lit sur mesure, tissu « Davia Cream » Nancy Corzine ; banquette sur mesure, tissu « Chapka » gris Lelièvre ; canapés « JB Lounge Chair » et ottoman « JB Ottoman Rectangular », en alpaga, collection Bright Chair, The Bright Group ; suspension, appliques et lampes Galerie Glustin ; tapis sur mesure Stark Carpet.

Nathalie adhère à la vision de ses clients : ériger une demeure semblable à un lodge africain design, intégrée dans son environnement. Elle accepte le chantier sans connaître l’identité de l’architecte et commence à cogiter, si bien que lorsque Steev Wilson – fondateur du cabinet d’architecture Forum Phi à Aspen – la contacte, elle a déjà des idées bien précises. D’emblée, ils s’accordent à merveille et se complètent. L’un aux états-Unis, l’autre en France, échangent en visioconférences illustrées d’images 3 D. Ils invitent fréquemment leurs clients à entrer dans la boucle. « Nous avons télétravaillé bien avant que la Covid n’incite nombre d’entreprises à le faire. C’était fluide, efficace, à la grande surprise de nos commanditaires, inquiets au départ de n’avoir pas sous la main leur décoratrice franco-canadienne », s’amuse Nathalie.

Projet cosigné par la décoratrice et l’architecte et réalise, avant l’heure, en télétravail.

BAIN SYLVESTRE
Tout en élégance, la salle de bains de la Master Bedroom se fait discrète au profit de la vue. Baignoire acrylique « Elise 5 » MTI Baths ; robinets collection « O » de THG Paris ; sol « Persian White Pulido » Porcelanosa ; suspension en cristal assemblée à la main, « Rock Edge Chandelier » de John Pomp Studios ; tentures « Old World Weavers » couleur platinum Erato.

Rapidement sort de terre une maison de famille de 1 000 m2, à deux étages avec un toit végétalisé, planté de sedums et d’herbes indigènes, en écho aux pâturages. Il cache aussi 134 panneaux solaires qui font de cette propriété la plus grande centrale solaire du comté de Pitkin. Pour décider de la meilleure orientation des pièces, le cabinet Forum Phi dispose des centaines de photos du terrain prises par le propriétaire. Les quatre acteurs principaux – la décoratrice, l’architecte, l’épouse et le mari – prennent leur rôle au sérieux. La décoratrice précise : « Le couple est très soudé, dialogue beaucoup. L’un et l’autre respectent les avis, les points de vue de chacun, apprécient les compétences. Un vrai plaisir. »

CERCLES VERTUEUX
Tout en rondeurs, le salon dévoile les monts de Starwood. Sofas de Vladimir Kagan pour Holly Hunt ; tissu « Bridget Meringue » de Pierre Frey ; fauteuils « Mesa Occasional Chair » et coussins, Holly Hunt ; table basse en cristal de roche et buffet de Erwan Boulloud, Galerie Glustin ; tapis sur mesure Stark Carpet ; tableau « Fibonacci Sequence “72” round » de Kelsey Brookes.

Pour reprendre l’idée maîtresse d’un lodge, d’un observatoire, le verre est largement utilisé. Dans presque toutes les pièces, des portes coulissantes vitrées, certaines de plus de 4,50 m de haut, invitent la nature à l’intérieur en ouvrant la perspective sur la plaine et l’horizon. Les quatre suites avec salle de bains, situées au rez-de-chaussée, communiquent ainsi directement avec la terrasse, la piscine, le spa et le barbecue. La chambre parentale, le bureau du rez-de-chaussée, le grand séjour et la salle à manger jouent les belvédères, comme au cœur d’une réserve animalière. Même la cuisine, organisée autour de son îlot en pierre, ouvre sur un paysage sans pareil allant jusqu’aux sommets enneigés l’hiver.

POINT DE RENCONTRE
La famille aime se retrouver autour du comptoir bar dessiné par Nathalie Ryan. Ses panneaux en noyer, perforés de minuscules points, laissent passer la lumière. Chaises en noyer huilé « Cahn Bar Stool » The Bright Group ; parquet en noyer ; moquette sur mesure Stark Carpet ; tableau de l’artiste peintre Gene Davis, 1964.

« Nous avons choisi chaque matériau et chaque teinte, en référence à celles et ceux de la plaine et des montagnes aux différentes heures du jour : noyer, plâtre vénitien, bronze, verre, couleurs bleues, vertes, crème, brunes, etc. J’ai aussi travaillé les plafonds comme un cinquième mur. Ainsi, coffrés malgré leur hauteur, ils participent à l’esprit intimiste et chaleureux de la maison. »

NATHALIE RYAN, GLOBE-TROTTER
Créatrice, il y a dix ans, du studio Kirei, beauté et élégance en japonais, l’architecte d’intérieur franco-canadienne Nathalie Ryan réalise de plus en plus de projets aux états-Unis, en Asie, en Italie et au Moyen-Orient.

Une maison qui depuis un an vit quasiment autant l’hiver, colonisée par les enfants, que l’été, appréciée par les parents. Le père aime sculpter des œuvres en métal, travailler ses photos dans son studio-atelier au rez-de-chaussée. C’est lui qui a créé, dans le jardin, une impressionnante forêt de chênes indigènes, fondant 1 250 kg de bronze. La maman, férue d’art et de mode, consulte revues et sites pour dénicher des œuvres rares. Avec la décoratrice, de New York à Paris, elle a glané mobilier, tapis, tissus, objets. « Le designer est un capteur de rêves qui a besoin de comprendre la vision du client et de la traduire. Et, quand ce dernier vit les émotions que le designer a essayé de projeter dans sa maison, il sait qu’il a créé ce qui pourrait être qualifié, en toute modestie, de chef-d’œuvre », estime Nathalie Ryan avec bonheur et plaisir, un an après la fin du chantier.

Reportage publié dans le numéro 156 de Résidences Décoration

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