Taj Lake Palace, de lupanar en cinq-étoiles 

Histoire rocambolesque, d’un palais de marbre blanc construit en 1743 à Udaipur. Une des merveilles du Rajasthan. Hôtel depuis 1963. 

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû

Le cœur s’emballe lorsqu’à bord de la navette princière reliant la rive au palais dans la lumière dorée de l’aube voilée de brume, le Taj Lake Palace se devine comme enrubanné de tulle. Quatre minutes de navigation sur le lac Pichola pour basculer dans un autre monde, une autre époque, accueillis par un serviteur dont le turban et le sherwani en soie s’harmonisent avec le ciel soudain bleu. À peine le temps de reprendre ses esprits. À pas de souris, rythmés par le sari crissant d’une hôtesse, on slalome entre patios ombragés, fontaines dentelées, corridors sombres, terrasses croulant sous les fleurs. Le but, snobant les 65 chambres, « sa » suite, une des 18 que compte le cinq-étoiles. Porte sculptée franchie on ne songe qu’à se blottir dans l’une des alcôves qui surplombent le lac jusqu’à ce que l’œil distrait repère sur les murs les peintures des personnages rajputs sertis de petits miroirs, personnages aux postures parfois érotiques voulus par l’instigateur des lieux Jagat Singh II. Son père le maharana, choqué par ses mœurs dissolues lui ayant interdit l’accès à son palais, nommé roi à son tour, Jagat s’empressa de bâtir, flottant, en face de la forteresse paternelle, son palais d’été accessible par bateau. Une provocation, un lieu de plaisir pour traiter à l’envi, à l’abri des regards réprobateurs, concubines et conquêtes. Dans cette suite vert d’eau dite du maharana, qu’affectionne Mick Jagger – il y séjourna plusieurs fois, la dernière en 2021 –, des papillons, des paons et des perruches volent la vedette à la frise discrète, de portraits féminins et de scènes « galantes » .

Narguant le City Palace, sur la rive ferme, le palais de marbre, semblable à un bateau, désormais géré par le groupe hôtelier Taj, figure, avec raison sur la liste des plus beaux cinq-étoiles au monde. © DR
De son sol de marbre aux stucs dentelés dessinant des arcades se reflétant sur le lac, l’une des 18 suites restaurées par les artisans d’Udaipur. © DR
Service prévenant, tiré au cordeau, art de la table, gastronomie, ici une des tables indiennes, assurent aussi la renommée du Taj Lake Palace. © DR
Incontournable, rituel hérité de la colonisation britannique, le five o’clock tea, servi dans toutes les règles de l’art, participe à la légende. © DR

Difficile d’imaginer séjour plus insolite et romantique. Difficile de ne pas succomber, après le traditionnel five o’clock tea, à la croisière à bord du bateau battant pavillon royal, pour voir les derniers rayons du soleil enflammer le City Palace, voire éclairer quelques scènes de danses interprétées devant les 500 mètres de murs d’enceinte crénelés du palais, l’un des plus impressionnants du Rajasthan. 

Sauvé des eaux 

« Le palais sombre en poussière dans les émanations du lac. Le dédale de petits appartements étranges, bas et sombres formant l’ensemble ne sont plus ornés de mosaïques ou de peintures qui s’effacent », écrivait, dépité Pierre Loti, dans L’Inde (sans les Anglais), récit de son voyage en 1900. Depuis, le maharana d’Udaipur Arvind Singh Mewa, propriétaire, décédé il y a quelques mois, a eu l’intelligence de confier en 1971, la gestion du Lake Palace au Taj, filiale Hospitality du groupe Tata, qui lui a redonné sa splendeur et le rénove régulièrement.

Article paru dans le numéro 184 de RD – Résidences Décoration.

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