Scènes d’intérieur mises en couleurs

Oubliez le minimalisme et l’uniformité ! La décoratrice Ornella Abouaf nous ouvre les portes de son appartement de la banlieue ouest de Paris. Un lieu aux combinaisons audacieuses, où se mêlent pièces design iconiques, meubles dessinés sur mesure, belles matières et explosion chromatique.

Par Marie-Maud Levron / Crédits photographies : ©Yann Deret

Sortir de sa zone de confort pour se renouveler : c’est le pari qu’a fait Ornella Abouaf en quittant le milieu de la mode pour se lancer dans de grands projets de décoration et d’architecture d’intérieur. Pour son propre lieu de vie, elle a jeté son dévolu sur un bel appartement des années 1960 de 145 m2, situé à Neuilly-sur-Seine. Lors de sa première visite, il avait une tout autre physionomie : « De la tapisserie épaisse recouvrait sols et plafonds, il y avait uniquement deux chambres mais une grande cuisine », raconte-t-elle. Ornella a tout de suite senti que l’endroit, baigné de lumière grâce à de nombreuses fenêtres, permettait d’envisager une certaine radicalité.

Coin repas convivial. Les enfants d’Ornella se retrouvent autour de la table de la cuisine, en noyer
et bois laqué réalisée sur mesure, tout comme la banquette tapissée d’un tissu en coton et soie Dedar. Fenêtre verrière réalisée par Maps Conception ; peinture « Broome Street-SL38 » Ressource ; tabouret noir Ikea ; suspension « 2.03 », Haos ; série de vases édités par Lifestyle & More, boutique Bea Factory à Neuilly-sur-Seine. ©Yann Deret

« J’ai tout remodelé pour ne garder que le parquet ! » s’amuse-t-elle. Pour s’adapter au rythme de la vie de famille, l’espace a été totalement métamorphosé : la circulation des pièces a été repensée, et de grands rangements ont été disséminés un peu partout.

Belle perspective. Le salon décloisonné permet d’accéder d’un côté au couloir d’entrée, et de l’autre
à la cuisine. Grâce à la verrière, Ornella garde un œil sur la vie de famille d’une pièce à l’autre. Fauteuils « Cesca B32 » de Marcel Breuer chinés aux puces de Saint-Ouen ; table d’appoint Serax ; chaises « Pondichery », Laura Gonzales. ©Yann Deret

Après cinq mois de travaux, le logement se compose désormais d’un grand séjour-salle à manger, d’une cuisine indépendante, de quatre belles chambres pour chacun – le couple et ses enfants – et de salles de bains pour les petits et les grands. « J’avais envie d’une pièce de vie avec de beaux volumes, et surtout d’une cuisine séparée d’où l’on peut toutefois apercevoir le salon. Même si j’adore les pièces de vie décloisonnées, je cuisine souvent pour ma famille ! Je voulais vraiment éviter de voir le désordre dès que je rentre chez moi », explique la décoratrice. Pour réinterpréter le décor de ces espaces bien définis, tous les parquets ont été déposés puis reposés sur une chape en béton coulée. Les matériaux, la quincaillerie haut de gamme et la palette de couleurs ont été soigneusement sélectionnés. Avec pour toile de fond l’esprit seventies, l’époque Art déco et une atmosphère méditerranéenne, chaque pièce raconte une histoire et convoque des assemblages audacieux. Ainsi, l’entrée qui manquait d’éclat a été mise en scène avec un nouveau sol en terrazzo coloré et une longue banquette plaquée de noyer.

Rythmiques seventies. L’entrée est parée d’un sol en terrazzo réalisé à partir de petites pièces de marbre « Rosso Verona » et « Green Guatemala » italiennes (Spadaccini, à Champigny-sur-Marne), choisies et disposées par Ornella. À droite, une banquette plaquée de noyer et tapissée d’un tissu en laine et coton Hermès longe tout le couloir et fait aussi office de coffre de rangement. Coussin Maison de Vacances ; appliques murales « Pilar » Original BTC ; peinture rose poudré « Broome Street-SL38 » Ressource. ©Yann Deret

Dans le séjour, la peinture verte Ressource des grandes bibliothèques du séjour a été sciemment choisie pour créer un décalage avec les moulures classiques de la pièce.

Courbes à l’honneur. Dans le salon, le mobilier arrondit les angles et se marie à des textiles confortables. La bibliothèque et les rideaux en lin ont été réalisés sur mesure. Peinture laquée Ressource ; fauteuils « Colony » Miniforms ; tables basses de Warren Platner pour Knoll ; tapis en laine Kilims Ada. ©Yann Deret

Quant à la cuisine, elle se distingue par le dialogue saisissant entre un plan de travail en granit noir du Zimbabwe et une table laquée dont les pieds font référence aux formes géométriques du groupe Memphis.

Carte noire. La cuisine, cœur battant de la maison, est à la fois fonctionnelle et raffinée. Le noir apaise le regard. Meubles Ikea ; plan de travail en granit du Zimbabwe ; zelliges de la crédence Mosaic Factory ; four Falcon ; torchon Maison de vacances. ©Yann Deret

Un peu partout, l’allégresse transparaît à travers une profusion de teintes qui s’égrènent au fil des pièces, avec des notes roses, jaunes et terracotta, véritables échos aux intérieurs du Sud qu’Ornella aime tant.

Les couleurs sortent du cadre. Elles distillent leur fantaisie dans la chambre où les murs se couvrent d’aplats colorés très graphiques (Farrow & Ball). Une idée forte, pour apporter une touche originale à cette pièce refuge située au bout de l’appartement. Tête de lit dessinée par Ornella et garnie de tissu rose India Mahdavi pour Pierre Frey ; cadre en noyer ; plaid et coussins Le Monde Sauvage. ©Yann Deret

Une évidence quand on connaît la joie de vivre et l’univers de la collection de vaisselle de cette créative, qui avoue : « J’ai besoin de couleurs pour m’approprier l’espace. » Le ton est donné, notamment dans sa salle de bains rose glamour, ou sur le mur derrière sa tête de lit, recouvert d’aplats de couleurs rayonnantes.

Le luxe des détails. Simplicité et élégance caractérisent la salle de bains. Carreaux en céramique italiens Mutina Ceramics chez Atelier Matière ; lavabo réalisé sur mesure au Portugal ; miroir acheté chez Bea Factory, à Neuilly-sur-Seine ; robinetteries Neve chez Atelier Matière. ©Yann Deret

Pour habiller l’ensemble, elle a dessiné beaucoup de meubles qu’elle a fait confectionner sur mesure, associés à des pièces iconiques ou chinées aux puces de Saint-Ouen, et à une sélection faite chez des éditeurs contemporains très en vogue, comme cette série de chaises de l’architecte d’intérieur et amie Laura Gonzales, ou les lampes des dernières collections de The Socialite Family.

Beauté intérieure. Dans l’espace salle à manger de la pièce de vie, table « Tulip » de Eero Saarinen pour Knoll ;
vase chiné ; chaises laquées « Pondichery » Laura Gonzales ; lustre et applique réalisés sur mesure à Murano ; desserte Gubi ; lampe à poser « Gioia », The Socialite Family ; Palm Springs, photo de Ludwig Favre, Yellow Korner. ©Yann Deret

Décidément, la jeune femme a su réveiller cet appartement vieillot, mué depuis en lieu de vie ultra-déco, à l’abri du tumulte de la ville.

Article paru dans le numéro 162 de Résidences Décoration.

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