Parure de bois pour cœur de béton

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Shutter House, « la maison aveugle », sur les bords du Lac Monger, près de Perth en Australie, cache bien son jeu. Un système invisible et mécanique commande les lattes de sa façade pour se connecter à l’envi avec les alentours. Exploit !

Texte par Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Jack Lovel & Fragments

State of Kin… Drôle de nom pour un studio représentant la quintessence du design en Australie. Codirigé par deux jeunes femmes, Ara Salomone et Alessandra French, il fonctionne sur un mode collectif et familial regroupant architectes, designers, chefs de projet, artisans. Une équipe soudée, prête à prendre des risques pour faire valoir ses idées et son savoir-faire.

Ara Salomone et Alessandra French codirigent l’équipe très soudée du Studio State of Kin de Perth. Spécialisées dans les espaces d’exception, résidentiels, hôteliers, commerciaux, très avant-gardistes, elles bousculent le monde de la décoration intérieure australienne et pas que. Une audace récompensée
par de multiples awards.

C’est ainsi qu’il y a quelques mois, State of Kin se lance, sans commanditaire, dans la construction d’une résidence à Wembley sur les bords du lac Monger ceint de splendides forêts. Un environnement grandiose mais un terrain très pentu qui oblige à trouver des solutions architecturales de haute volée pour combler les dénivelés : des différences de niveaux, des vides, des pièces étroites dédiées à la contemplation jouxtant les pièces de vie, plus grandes, plus dynamiques. « N’ayant personne pour nous imposer ses diktats, ses goûts, nous étions libres », précisent Ara et Alessandra. Les deux designers ne devaient néanmoins pas perdre de vue que, pour réussir à vendre cette demeure, elles devaient séduire un panel d’acheteurs potentiels assez vaste. Leur cahier des charges, loin d’être utopique et poétique, était donc spéculatif et flexible.

Pour faire aboutir au mieux son chantier, State of Kin contacte Mobilia. Fabricant de meubles il y a 45 ans, l’entreprise familiale désormais spécialiste de mobilier design grâce à la dernière génération, entretient des relations privilégiées avec les plus grands créateurs internationaux. Invité à tenter aux côtés de State of Kin l’aventure au plus près du lac, Salvatore Fazzari, directeur général de Mobilia, saisit avec enthousiasme l’opportunité offerte : « Fan de la talentueuse équipe de State of Kin, appréciant la qualité de ses réalisations, son sens aigu de la perfection, des finitions, j’ai foncé et sélectionné les catalogues des designers que j’aime tel que Patricia Urquiola qui collabore avec Kettal, CC Tapis, Moroso, Glas Italia ; Inga Sempé qui signe des collections chez Golran, le Studio Pepe ; Michael Anastassiades qui développe des luminaires incroyables, etc. » Les décorateurs et installateurs de State of Kin ont puisé à profusion dans ces sélections inspirantes pour esquisser les plans de la grande demeure sur trois étages. Sa forme :
celle d’un cube de béton entièrement enrobé de solides lattes de bois provenant de plantations australiennes. Des façades mobiles conçues un peu comme d’immenses stores sophistiqués et rigides qui, à la demande, se dérobent plus ou moins.

Percée dans le carrelage blanc, pour révéler et décloisonner la piscine, une fenêtre-hublot donne sur le vide creusé entre les trois étages. Au premier plan, chaise « Roll Club » Kettal (existe en de nombreux coloris).

Le but ? Que les habitants sculptent eux-mêmes leur intérieur, qu’ils puissent à la fois bénéficier d’une intimité extrême, moduler la luminosité assez forte à certaines saisons et capturer, comme derrière un objectif, des vues plus ou moins panoramiques de la nature.

Donnant sur les berges du Monger, la Master Bedroom, une des quatre chambres, s’organise autour du lit « Redondo » dessiné par Patricia Urquiola pour Moroso. Il s’inspire des voitures américaines des années soixante aux intérieurs rembourrés. A noter aussi, le tapis « Rotaziono » CC-Tapis, la table de chevet « Shimmer » Glas Italia, le fauteuil « Klara » Moroso.


Autre idée forte de l’équipe, inonder tous les espaces de couleurs, sans retenue, pour que lorsque les lattes occultent entièrement le bâtiment, l’intérieur reste lumineux, gai, agréable à vivre.

Au premier étage, la salle à manger communique naturellement avec la terrasse et la piscine. Tapis « Meteo Halo » d’Inga Sempé pour Golran. Table et chaises « Mathilda » de Moroso. Vase « Maestro Theatrehayon » de Jaime Hayon pour Bosa. Au mur, œuvre d’un artiste local.

Ces couleurs soulignent et mettent en valeur les matériaux nobles, sobres, le chêne foncé de certains parquets, le gris du béton, la rugosité du granit, le froid du marbre, le piqué du terrazzo.

Entre le salon et la salle à manger, sans rupture, taillé sur mesure à la japonaise, l’îlot central de la cuisine accueille évier et équipements savamment dissimulés.

Au fil des discussions, des échanges, la palette des décorateurs s’enrichit de dégradés vifs ou pastels, rose, vert, bleu. Les tapis, le mobilier, les luminaires édités en série limitée, proposés par Mobilia, accentuent encore ce parti pris. Les deux entités œuvrent en harmonie, main dans la main avec la même idée du design.

Pour créer un lien entre les trois salles de bains, le studio de décoration a choisi un même carrelage blanc graphique rehaussé de terracotta. Il a aussi jeté son dévolu sur les miroirs «Shimmer» de Patricia Urquiola pour Glas Italia. Comme par magie, ils reflètent les ombres et les couleurs de la pièce.

En parallèle, Ara et Alessandra visitent les ateliers d’artistes locaux pour choisir de grandes et belles toiles abstraites. Shutter House doit être prête à habiter pour susciter l’envie, déclencher si possible une pulsion d’achat, un coup de foudre.

Outre les escaliers, des couloirs très larges apportent une respiration et se parent, en fonction des heures et de la position des lattes, des nuances et des ombres du jardin voire du lac.
Le tapis « Fordite » de Patricia Urquiola pour CC-Tapis, très asymétrique, ajoute à la magie des lieux.

Entièrement meublée, équipée, elle s’élève sur trois niveaux face au lac exactement. Un escalier et un ascenseur intégrés avec ingéniosité desservent chaque niveau. Au sous-sol, le garage prévu pour quatre véhicules côtoie une grande cave qui n’attend plus que les meilleurs crus australiens. Au rez-de-chaussée, qui, compte tenu du dénivelé, correspond à un premier étage, salon, cuisine et salle à manger entièrement décloisonnés semblent plonger dans le lac. Cette enfilade débouche sur une terrasse, la piscine et un studio indépendant.

Nager entre deux eaux……Ou plutôt entre deux niveaux, la piscine étant presque suspendue dans le vide entre le premier et le rez-de-chaussée, visible uniquement par les occupants de la maison. à gauche, « Roll Dining Chair »

Les quatre chambres dotées d’un balcon, dont deux avec vue sur le lac, et les trois salles de bains se partagent le dernier étage. Et, de-ci de-là, ce qu’ailleurs on appellerait des espaces perdus, inévitables à cause des spécificités de la construction, deviennent des cocons pour s’isoler, méditer.

Pastel, ambiance feutrée, canapé XXL « Gogan » de Moroso, le décor est planté pour bavarder entre amis. Sur le tapis « Visioni » de CC-Tapis, au premier plan, « Coffee Table Phoenix » Moroso. Luminaire « VV Cinquanta » Astep, buffet bas noir « Stockholm » Punt. En arrière-plan, tables « Shanghai Tip » Moroso.

Avec Shutter House, le studio de design est allé au bout de sa logique, de son exigence, de sa vision centrée sur l’innovation, l’élan, l’excellence, la révolution. Nominé pour des awards prestigieux, il a su démontrer avec brio que chaque projet est unique, quel que que soit son environnement et les difficultés qu’il présente. « Pour nous tous, chez State of Kin, chaque chantier nous contraint à inventer, à nous remettre en question. Il n’y a qu’une Shutter House, elle ne se démultipliera pas, mais elle nous inspire et nous encourage à viser toujours plus haut. à inventer le contemporain au jour le jour. » La brillante épopée collective et familiale continue de s’écrire.

Article paru dans le numéro 160 de Résidences Décoration.

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