Méditerranée : au hasard des restanques

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Sur un terrain très accidenté, rythmé de terrasses, dominant de toutes parts la Méditerranée, Sabrina Monteleone-Oeino, décoratrice d’intérieur monégasque, a dynamisé aux couleurs de l’été une spacieuse villa immaculée.

Par Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Yvan Grubski

Les coups de foudre frappent sans prévenir, emballant le cœur et l’esprit, troublant parfois la raison. Victime de ce phénomène qui n’affecte pas que les sentiments amoureux, un couple de cinquantenaires en balade sur la Côte d’Azur, tombe, par le plus grand des hasards, en arrêt devant une maison connotée années soixante-dix, au design mou, sans grâce, semblant égarée, perdue, au milieu d’un jardin pauvre en végétation.

Symphonie en dégradés de verts et de bleus, alliance du végétal et de l’aquatique.

Mais la vue les éblouit au sens premier du terme avec la mer quasiment fluo sur laquelle à midi, en juin, le soleil projette des myriades de diamants. Coïncidence heureuse, les promeneurs, curieux, en questionnant de-ci de-là les commerçants du bourg proche apprennent que ses propriétaires souhaitent la vendre. Et dans ce périmètre, dont les acheteurs taisent le nom pour préserver leur tranquillité, aucune autre maison ne pointe le bout de son toit. Un plus pour cette famille qui aime passer l’été loin des tracas du monde et recevoir ses amis sans risque d’importuner son voisinage.

Au-delà de l’eau
En hauteur, l’espace autour de la piscine a été imaginé comme une pièce à part entière pour flâner et se laisser aller au farniente estival, à tous moments de la journée. Cabanes et parasols sur mesure dessinés par le studio Sabrina Monte-Carlo, transats et poufs Paola Lenti, table B&B Italia et fauteuils Bonacina 1889

Très déterminé, le couple mène rondement l’affaire et conclut l’achat en un temps record. Il s’empresse dès lors de contacter Sabrina Monteleone-Oeino, architecte d’intérieur créatrice du studio Sabrina Monte-Carlo, qu’ils connaissent bien, espérant qu’elle accepte ce projet qui leur vrille le cœur. « Leur enthousiasme et le défi lancé m’ont stimulée. Très vite, explique Sabrina, j’ai convaincu mes clients de la nécessité de tout revoir de fond en comble, la maison et le terrain. » Exit la villa d’origine trop ordinaire pour un tel emplacement.

Comme sur une toile de peintre, la décoratrice pose des touches de couleurs heurtées.

Respiration… contemplation !
à l’heure de la sieste, direction le balcon ombragé par la végétation. On s’installe confortablement sur les fauteuils et repose-pieds Summit, se contentant d’admirer la mer en contrebas, tous les sens en éveil.

Une demande de permis de construire est donc déposée pour ériger un nouveau bâtiment et réduire le nombre de restanques, plus d’une dizaine, qui complique l’aménagement du site. En attendant l’instruction du dossier, Sabrina contacte Jean Mus, célèbre architecte paysagiste amoureux de la flore méditerranéenne, afin qu’il dessine le jardin et commence les plantations. La décoratrice aimerait que très vite la maison soit inondée d’arbres et de fleurs. En expert des paysages du sud, Mus choisit de développer un jardin de senteurs mêlant jasmin, lavande, romarin, thym et une roseraie aux parfums et couleurs incroyables.

Jouer sur la palette des teintes flatteuses, rose subtil, vert amande et tilleul.

Meurtrières pacifistes
Dans l’un des salons, à côté du tableau jaune de Marcello Lo Giudice, des « meurtrières » filtrent la lumière et soulignent le blanc du canapé « Cestone » de Flexform posé sur un tapis Tai Ping. Le soir, le lustre Baccarat éclaire la sculpture verte d’Arik Levy pour Lalique.

« à cause de la topologie, de la pente rude, le chantier a été compliqué, très long, presque trois ans. Mais pendant ces mois, la végétation choisie par Mus s’est épanouie, modifiant totalement l’aspect de la propriété, la rendant gracieuse, aimable », se réjouit encore aujourd’hui Sabrina.

Une propriété imaginée pour qu’adultes et enfants mènent leur vie sans s’importuner.

Juste l’horizon
Vraie valeur ajoutée de cette Master Bedroom, le lit face à la mer et au ciel. Décor à l’identique du paysage avec rideaux couleur d’écume Jab et tapis Tai Ping évoquant les rigoles sur le sable. Fauteuil B&B Italia.

Les gravats de la maison évacués, Sabrina, avec un architecte de la région, suit le chantier en permanence. Les propriétaires, peu enclins à jouer les maîtres d’œuvre, voulaient des lignes pures mais sans rigidité, une villa esprit californien, ouverte sur l’extérieur, conviviale. « Nous sommes donc partis sur ces principes pour imaginer une décoration intérieure dans la même veine. J’ai privilégié une base neutre, blanche parfois ivoire, parfois légèrement rosée. Cela autorise ensuite à jouer sur toute une palette de tons, de choisir des œuvres d’art fortes, comme les tableaux de Damien Hirst et les sculptures d’Arik Levy, du mobilier, des tapis, des tissus qui relèvent l’ensemble. J’adore procéder comme un peintre qui part d’une toile blanche pour construire son œuvre. »

Duo pastel
Des vasques profondes et arrondies posées en décalage pour rappeler les restanques et une teinte légèrement rosée pour éclairer la pièce mais aussi les visages. Salle de bains Boffi, maison italienne haut de gamme.

Les vœux de la famille se résumaient en cette phrase : concevoir une grande maison de vacances, pratique, facile à vivre, pour que les parents et les enfants, jeunes adultes, puissent recevoir leurs amis, sans se gêner les uns les autres, en profitant à la fois du jardin, des espaces communs et de la plage toute proche. Pour répondre à ce brief, la décoratrice a privilégié les mètres carrés dans les parties communes, les salons, par exemple, tandis que les cinq chambres sont de surfaces plus raisonnables. Elle a aussi implanté trois cuisines en des lieux éloignés les uns des autres, puis imaginé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, notamment en utilisant les trois restanques conservées, des salles à manger de taille et d’ambiance très différentes, pour réunir huit, dix ou quarante personnes, selon les jours et les envies.

Penser chaque pièce, chaque lieu en fonction des êtres qui les habitent.

Cène laïque
La configuration du terrain avec ses différents niveaux se prête aux déjeuners et dîners surprise. Pour fêter la fin du chantier, Sabrina a dressé à l’ombre une table fleurie en harmonie avec les plantations. Art de la table : verres Baccarat, argenterie Robbe & Berking, porcelaine Raynaud.

Chaque membre du clan a posé naturellement ses marques, organisé sa vie, reçu ses bandes de copains. La villa s’emballe l’été, se calme à l’automne et s’endort l’hiver, tout comme le jardin. « C’est une demeure solaire qui flotte entre vagues et végétation, dans laquelle, comme sur un yacht, j’ai optimisé le moindre centimètre, œuvrant un peu à la manière d’une cheffe d’atelier de haute couture, qui coupe au plus juste pour valoriser son modèle sans gâcher les tissus précieux », raconte la décoratrice, qui a meublé la maison avec gaieté et simplicité, apposant des objets glanés çà et là, comme pour elle-même. Et, de temps en temps, a suggéré l’achat d’une nouvelle œuvre d’art repérée dans une galerie. « En l’inaugurant, je n’ai pas abandonné la villa, bien au contraire. J’y pose d’ailleurs de temps en temps mes valises, invitée parmi d’autres convives. Avec le plaisir de constater qu’elle remplit sa fonction première, réunir des gens qui s’aiment. »

Sabrina Monteleone-Oeino, esthète, artiste
Joyeuse, positive, amoureuse des belles choses et des belles personnes, Sabrina Monteleone-Oeino, décoratrice d’intérieur, retranscrit dans chacun de ses projets sa philosophie : magnifier la vie en prenant soin de son environnement. Aménager un appartement down town, une villa sur la Côte d’Azur, un chalet, un yacht ou un jet privé, tout la passionne.

Reportage paru dans le numéro 158 de Résidences Décoration

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