À la fin du xixe siècle, à la place des fortifications et de la forteresse de Luxembourg démantelées, s’élèvent au bord de la Pétrusse, rivière traversant la ville, une poignée de villas dont la plus belle retrouve sa superbe, après de lourds travaux signés Tristan Auer.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Amaury Laparra
En 1880, Henri-Eugène de Kerckhoff, riche négociant en tissu, achète un grand terrain donnant sur le pont Adolphe, à quelques minutes du centre de Luxembourg, dans le quartier boisé, devenant résidentiel. Il charge Pierre Kemp, architecte en vue, de lui construire, surplombant la rivière Pétrusse, une villa avec des communs, écuries, étables, entourée d’un grand parc dessiné par le paysagiste édouard André. Villa sous laquelle courent les casemates, datant de 1644, souterrains érigés pendant la domination espagnole. En 1882, la famille Kerckhoff s’installe dans sa villa. Au décès d’Henri-Eugène, son fils Albert devient propriétaire. Il meurt jeune et sa femme épouse le docteur Baldauff, donnant son nom à la demeure. En 2010, hélas, la Villa Baldauff, pendant 145 ans entre les mains de la même famille, ferme ses volets. Sept ans plus tard, La Luxembourgeoise, compagnie foncière, la rachète avec l’intention d’y ouvrir un hôtel. « Entre-temps, raconte Tristan Auer, architecte d’intérieur français, chargé de la rénovation,la mérule avait pris ses aises. Il a fallu de très longs mois pour assainir les structures, convaincre les architectes des bâtiments historiques du Luxembourg du bien-fondé des travaux, s’adapter aux contraintes, aux surprises que ce type de chantier réserve. »




Tristan Auer et ses équipes recensent les éléments historiques : mobilier, papiers peints à la main signés Sosthène Weis, peintures utilisées au cours des différentes époques, retrouvent des lustres entreposés sur place, d’autres chez des antiquaires, dans les brocantes. « L’ancien, l’existant, avec ses couleurs, ses décors, ont nourri ma réflexion, précise Auer, notamment pour m’imprégner de l’atmosphère de la demeure principale où vivaient les maîtres et les domestiques. Je me suis conformé à ces données même si le design et les teintes n’étaient pas les miens. La tâche a été plus simple dans les dépendances puisque tout a été reconstruit, ce qui m’a permis d’avoir une approche plus rationnelle aussi bien pour la répartition des chambres que pour leur mise en scène. Comme beaucoup de restaurations, Villa Pétrusse, a été une aventure humaine, pour lui écrire un nouveau chapitre celui d’un lieu historique avec des codes contemporains pour recevoir les voyageurs d’aujourd’hui. »

Villa Pétrusse aujourd’hui, c’est…
Un boutique-hôtel 5-étoiles, labellisé Relais & Châteaux de 22 chambres et suites ; une table gastronomique, Le Lys, avec aux commandes le chef Kim de Dood, habitué à décrocher des étoiles et Manon Hofman, maître de salle longtemps à l’Ultraviolet de Shanghai, 3-étoiles, du chef Paul Pairet ; Ciel, une brasserie ouverte sept jours sur sept donnant sur le jardin et la vallée, mixant cuisine internationale et mets luxembourgeois ; et une cabine spa Susanne Kaufmann. Bref, une halte au vert pour s’approprier ce petit royaume.
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.




