En 1910, Jules Leleu, crée et vend des meubles, sans imaginer qu’il va devenir l’un des plus grands ensembliers Art déco du monde. Alexia, son arrière-petite-fille, pensait encore moins faire revivre la maison familiale plus de cent ans après.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
Tête de proue de l’Art déco
Talentueux, éclectique, entrepreneur… Trois mots qui caractérisent Jules Leleu qui en 1910 ouvre son atelier de mobilier, pièces uniques pour amateurs et collectionneurs avertis. La guerre interrompt et freine un temps ses activités. Mais, dès le début des années 1920, Jules crée la Maison Leleu, qui acquiert une telle réputation que l’État français la sollicite pour équiper ses ambassades les plus prestigieuses et les armateurs leurs paquebots les plus somptueux. Vingt-six au total dont le second paquebot France. En 1948, André et Paule Leleu succèdent à leur père, avec la même notoriété internationale. C’est ainsi qu’en 1969, le shah d’Iran leur passe une commande mirifique pour les fêtes de Persépolis qui en 1971 marqueront le 2 500e anniversaire de l’Empire perse. Les Leleu s’embarquent dans cette aventure, qui va les ruiner. Aucune facture n’est honorée et les frais engagés énormes. André et Paule mettent la clé sous la porte et jettent leurs précieuses archives.
Un secret bien gardé
Françoise Siriex assistante de Jules et de son fils, récupère le tout, sur le trottoir. Pendant des années, elle conserve ces documents dans son appartement tandis que dans les salles des ventes, chez les antiquaires, les « Leleu » excitent les enchères. « À la naissance de mon fils Arthur, raconte Alexia, arrière-petite-fille de Jules, j’ai voulu en savoir davantage sur mon aïeul. J’ai donc recherché des collaborateurs et ai rencontré Françoise, 92 ans. Elle m’a offert ce fond d’archives. Pour moi, c’était un signe. Docteure en pharmacie, j’ai abandonné mon métier, me suis inscrite à l’école Boule, ai suivi en parallèle une formation de décoratrice d’intérieur. Et, en 2018, j’ai rouvert la Maison Leleu, étonnée de constater plus d’un siècle plus tard le succès de nos collections. »



Quatrième génération
Alexia ne crée, n’expose et ne vend que des pièces uniques, réinterprétées à la demande. « L’Art déco ne se limite pas à une période. C’est une façon d’aborder le design, avec des lignes inscrites dans la modernité et des matériaux de grande qualité – laque craquelée, albâtre, palissandre, marqueterie. » Alexia vient de signer sa première ambassade à Ottawa et comme Jules, Paule et André, travaille en relation étroite avec des artisans d’art, des artistes. Et surtout Maison Leleu réédite les modèles iconiques de Jules, tel Diego, fauteuil du France qui côtoie les pièces d’Alexia, le canapé modulable Diabolo ou le bar Calypso, qui s’intègre aussi bien dans un deux-pièces de 40 m2 que dans un duplex de 300 m2.

Repères
1920 : Jules Leleu ouvre sa Maison.
1925 : grand prix du jury, exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes.
1973 : Maison Leleu ferme.
2018 : renaissance de la marque par Alexia Leleu.
2021 : fauteuil Mava, design d’Alexia Leleu entre au Mobilier national pour l’élysée.
2025 : nouveau showroom au 15 rue des Saints-Pères (Paris 6e).
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.



