Londres : une maison victorienne réinventée

Partager sur pinterest
Partager sur facebook
Partager sur whatsapp

Quatre mois seulement pour réinventer de fond en comble une maison victorienne à South Kensington. Défi relevé avec panache, enthousiasme et astuces par Stéphanie Coutas, architecte d’intérieur française.

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Phtos Francis Amiand

Un des quartiers les plus smart de Londres, au sud de Hyde Park avec ses allées bordées d’écuries, ses rues exquises, le long desquelles s’alignent les maisons victoriennes. Rares et convoitées ! D’où l’excitation de ce couple trentenaire en dénichant l’une de ces demeures de quelque trois cents mètres carrés habitables. Idéale, pour élever leurs jeunes enfants à proximité du plus emblématique parc londonien, recevoir leurs amis et étoffer leur collection d’art. Mis en relation avec Stéphanie Coutas, les jeunes propriétaires lui exposent leur projet avec un impératif incontournable : remettre les clés dans quatre mois avec en corollaire un budget sans limite. Stéphanie évalue les risques, les délais ultracourts, même si la maison ne nécessite aucuns travaux lourds mais juste une scénarisation parfaite. Frondeuse, l’énergique blonde aime les « opérations commandos ». « L’adrénaline stimule les neurones et contraint à sortir de sa zone de confort. J’ai vite sauté dans l’Eurostar pour juger sur place. »

COCON OUATE
Qui a dit que le blanc était froid ? Dans la chambre parentale, il installe au contraire une ambiance très réconfortante. Tête de lit chromée, tissu «Chenille Basket» de GP & J.Baker ; chevet, bois vernis pailleté et chrome, Stéphanie Coutas Design ; lampe « Marie »en marbre, design Toni Grilo, Haymann ; pouf en cuir et nubuck, Stéphanie Coutas Design.

La demeure, située à l’angle de deux allées, séduit d’emblée Stéphanie. De plus, ce jour-là, un soleil généreux diffuse une belle lumière traversante dans les pièces. Pas de hauts plafonds, pas de volumes impressionnants mais un charme fou, avec des recoins, un beau parquet, des envolées vers le jardin. Bref, le cadre idéal pour résoudre la triple équation : vivre, se distraire, collectionner. Les minutes étant comptées, décoratrice et clients s’accordent rapidement. Stéphanie leur propose de placer au cœur du projet, et donc de la maison, l’extraordinaire sculpture « Out of the woods 217 » de l’artiste américain Wendell Castle. Elle la visualisait, mise en scène au centre du salon pour tourner autour, l’admirer ou jouer. Ils acceptent d’acquérir cette œuvre et de lui accorder le « rôle-titre ». Dès lors, la distribution des pièces lui est apparue évidente. L’entresol avec sa courette accueillerait chambre d’enfants et chambre d’amis. La bibliothèque, pour lire à la lumière naturelle dans une ambiance dedans-dehors, s’étalerait au rez-de-chaussée, qui donne accès par deux marches au jardin, pensé comme un salon extérieur. La cuisine et la salle à manger jouiraient aussi de ce coin de verdure. Les enfilades du premier se prêteraient aux réceptions et le troisième étage au sommeil avec la master suite et les autres chambres.

Réveiller le caractère classique avec des pièces de mobilier et des textiles graphiques et visuellement impactants.

COUP DOUBLE
Pile dans la tendance bouclette, Stéphanie Coutas a choisi le tissu « Bridget » de Pierre Frey pour habiller de douceur le canapé du grand salon. Ici aussi, le doré est à l’honneur avec la table « Bronze Cambium » Stéphanie Coutas Design et la boîte « Moon Gold Box », une œuvre de Nancy Lorenz.

En trois semaines, les agenceurs avec lesquels Stéphanie Coutas travaille, relèvent les cotes. L’étroitesse des pièces exige des trésors d’inventivité. Et pour éviter la connotation muséale, la décoratrice choisit comme ligne conductrice de marier subtilement objets du quotidien et pièces artistiques.« Je me suis bien sûr concentrée sur la mise en scène de la sculpture de Wendell Castle en prenant en compte la lumière et du tableau de Daniel Buren, une des premières acquisitions des propriétaires. J’ai imaginé deux tapis comme des socles graphiques servant de support à la sculpture.»

LE GRAND BLEU
Le « Hague blue n° 30 » de Farrow & Ball insuffle dans le salon-bibliothèque une atmosphère confidentielle et apaisante. Tapis sur mesure Stark Carpet ; canapé Stéphanie Coutas Design, tissu «West Parchment» Larsen ; table « Incontro » de Francesco Perini, Gallery Fumi ; lampadaire «Pinocchio» Achille Salvagni Atelier ; voilages « Baomi » Zimmer Rohde.

Dans la salle à manger, la table de marbre taillée sur mesure a été dessinée pour accompagner les lignes de fuite de la pièce. Son piétement en bronze brillant souligne le noir mat et adoucit le brutalisme de « Skull Mask », œuvre de Thomas Houseago. Partout, Stéphanie a disposé des objets très texturés qui racontent des histoires comme, dans la bibliothèque, les vases d’Antoinette Faragallah, les pièces d’orfèvrerie de Roland Daraspe ou celles alliant cristallisation, céramique et cristaux de sel de Lukas Wegwerth.

Multiplier les astuces sur mesure pour compenser l’exiguïté des pièces.

JARDIN SECRET
En été, cette courette constitue un écrin de verdure et d’intimité pour toute la famille. Sièges et coussins « Cord » de la collection Aston et table ovale « Sullivan » en pierre Béola argentée, le tout Minotti ; bougies « Trano » Baobab Collection ; table ronde « Time Piece » en céramique et cuivre, Sé Collections.

Tout en conservant son cachet classique, chaleureux et enveloppant avec ses parquets et ses cheminées d’origine, la demeure s’est peu à peu projetée dans un univers très contemporain où les objets du quotidien transcendés se marient sans façon avec les œuvres d’art. Et si la décoratrice a remis les clés pile quatre mois après le début des travaux, elle regrette de n’avoir pu revoir la maison à cause des restrictions sanitaires.« J’en rêve ! C’est important de voir comment les occupants s’approprient leur bien métamorphosé », conclut Stéphanie avec un rien de nostalgie.

STEPHANIE COUTAS, UNE SPECIALISTE AVERTIE
Experte en art, la décoratrice Stéphanie Coutas pose près de la sculpture « Out of the woods 217 » de Wendell Castle, décédé récemment. Au mur, toile de Daniel Buren, 1970. Au sol, tapis Stéphanie Coutas Design pour J.D. Staron.

Article publié dans le numéro 156 de Résidences Décoration.

Partager sur facebook
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest

La rédaction vous recommande

Dites-nous ce que vous en pensez