Acquérir un des chalets signés par l’architecte Henry Jacques Le Même en 1942, ne pouvait que séduire Thibaud Elzière et Robin Michel, propriétaires de la Collection Iconic Houses. Affaire conclue !
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Mr. Tripper
Hasard et curiosité. C’est en se baladant vers la montée du Calvaire à Megève que Thibaud Elzière passe devant un chalet « pointu » en triste état. Son style, sa localisation l’interpellent. Il se renseigne et parvient à le visiter. Surprise, si l’extérieur n’est guère séduisant, à l’intérieur c’est une tout autre affaire. Thibaud tombe en extase devant des meubles, des boiseries, des objets poussiéreux mais d’une facture années 1940 superbe. Dans le village, tout le monde connaît l’histoire de ce chalet du skieur, construit pour une famille fortunée, en 1941 par Henry Jacques Le Même, architecte d’origine nantaise, installé à Megève dès 1926. En quelque cinquante ans, il est mort centenaire dans ses montagnes, il a construit nombre de chalets, 250 environ, mais aussi des bâtiments publics aux lignes reconnaissables. étudiant aux Beaux-Arts de Paris, Le Même, en suivant les cours d’Emmanuel Pontremoli, Grand Prix de Rome en 1890, apprend la rigueur, les règles minutieuses d’une architecture classique, humaniste. Puis, diplômé, curieux, il décrypte les travaux de Le Corbusier, de De Stijl avant de collaborer avec Jacques-émile Ruhlmann, décorateur, artiste alsacien, figure incontournable de l’Art déco. En observant son maître, Le Même acquiert son vocabulaire, son savoir-faire qu’il va appliquer dans son fief mégevan, rayonnant peu à peu dans tout le massif alpin.
Le Sarto inspire d’emblée Thibaud Elzière et Robin Michel. Esthètes, passionnés d’art, ils imaginent cette grande demeure de 650 m2, hôtel dans les années 1960, avant de redevenir propriété familiale, s’inscrire dans leur collection Iconic House, ce sont des maison à louer, des « Maisons hôtelières » comme on dit aujourd’hui. « Comme toujours, Thibaud s’emballe tel un cheval créatif, fougueux, débordant d’idées, raconte Robin.Et moi, le gestionnaire, je le suis, conscient de l’intérêt unique de ce chalet. Nous invitons, pour une ultime visite Laure Gravier et Soizic Fougeront de Claves Architecture, qui nous accompagnent depuis le début. Elles aussi craquent sur Le Sarto et sont partantes pour lui redonner ses codes Art déco avec la collaboration des meilleurs artisans de la région et de quelques artistes. » Après un premier état des lieux, une remise en état respectueuse des éléments existants, le chalet du skieur se transforme dans ses lignes. « Nous avons, en accord avec Thibaud et Robin, explique Laure, directrice artistique de Claves, choisi de créer une annexe pour loger le spa par exemple et autres éléments, afin de ne pas bouleverser le plan initial, très rationnel du chalet. Bien sûr les salles de bains des sept chambres sont modernisées. Mais nous sommes peu intervenues dans la cuisine, très bien conçue dès l’origine. Nous l’avons juste ouverte davantage et équipée d’électroménager actuel. » Au premier étage, dit noble, avec vue panoramique sur la vallée, dans le salon, la bibliothèque, la salle à manger, Louise Defente, artiste, céramiste a peint des motifs traditionnels s’intégrant avec les boiseries d’origine. « Elle s’est inspirée des motifs d’Henry Jacques Le Même qui, féru de théâtre, de fantaisie et de folklore suisse et scandinave, aimait les fresques figuratives et les décors stylisés évoquant la montagne »,précise l’équipe de Claves. Ainsi, derrière ses volets verts d’origine, depuis quelques semaines, Le Sarto s’anime, reprend vie. Et, dès les premières neiges, ses occupants filent sur les pistes après s’être équipés au rez-de-chaussée dans la ski room. Le bonheur à portée de spatules, à portée de raquettes, de chaussures de randonnée au rythme des quatre saisons.








Claves Architecture

Laure Gravier et Soizic Fougeront sont les deux fondatrices de Claves, « clés » en latin. Laure, directrice artistique et Soizic, responsable du développement, s’attachent à ancrer leurs projets dans l’histoire du lieu, à donner une touche personnelle combinant rigueur des plans, décors ornementés et touches de fantaisie. Preuve, Le Sarto à Megève. Un de leurs rêves : réaliser la scénographie d’une exposition artistique pour aider les visiteurs
à comprendre le travail de l’artiste.
Propriétaires

C’est en souvenir de leurs vacances en famille, dans des villas aux portes grandes ouvertes, des va-et-vient des uns et des autres, des repas, des soirées joyeuses, que les deux frères, Thibaud Elzière et Robin Michel, nés à onze ans d’écart, décident d’acheter, à partir de 2021, dans des lieux de villégiature (Les Baux-de-Provence, Hossegor, Courchevel, Les Hauts de Gordes, Cap Ferret, Paris, Megève) des maisons remarquables. De leur redonner leur âme, leur style, pour que des familles, des clans, vivent les mêmes expériences qu’eux. Principe de base : concevoir tous les chantiers avec le studio Claves Architecture, en lien avec les meilleurs artisans locaux et une approche très arty, héritée de leurs parents. Les deux frères s’accordent à trouver leur septième propriété, Le Sarto, qui en latin signifie « souffle de la Savoie, force du monde » et désigne les petites maisons du vignoble, la plus aboutie, la plus en phase avec ce qu’ils aiment. Car chaque maison est avant tout la leur.
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.




