Une curieuse bâtisse, centenaire, flanquée au milieu de 350 hectares où moutons à tête noire et vaches highland à frange rousse se régalent goulûment de l’herbe drue. Un château, pour de vrai, à 100 kilomètres d’Édimbourg. Par le train, si on le souhaite.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
On le croirait presque décor en carton-pâte, tant de loin, il impose sa présence improbable, quasi kitsch avec ses hautes cheminées et ses murs crénelés dans cette campagne tranquille tout en courbes tranquilles. La première raison d’être de Gleneagles, lors de sa construction en 1924, accueillir dignement les très chics voyageurs urbains, empruntant d’Édimbourg, le premier train desservant la région. Des « pionniers » presque, venus respirer le bon air, se mettre au vert, non loin des Ochil Hill, chaîne de collines ondoyantes à l’horizon. Depuis, Gleneagles a conquis ses lettres de noblesse, ses cinq étoiles et son titre d’hôtel le plus select du Perthshire, sans réels concurrents en fait, seul dans sa catégorie. S’y empressent désormais, tout au long de l’année, des Américains, des Japonais, des Allemands, des Londoniens, etc. C’est cette clientèle, internationale, fortunée, fan tout autant de l’atmosphère très gentleman farmer, que des chambres (nombreuses – 232) oscillant entre le style Laura Ashley et country aristocratique, mais aussi du très select golf 18 trous qui incite, il y a dix ans, Sharan Pasricha, fondateur du groupe hôtelier Ennismore, à racheter la propriété. Son but : lui redonner son lustre, que les années ont un rien flétri, et quelques codes contemporains. Pasricha, comme tout amoureux, et il l’est de Gleneagles, investit des sommes folles en veillant avec les architectes de David Collins Studio et de 3DReid, à préserver l’ambiance princesse aux champs, version Downtown Abbey. Pour attirer une clientèle plus jeune, il parie, entre autres, sur le bien-être en développant un espace spa, sans doute l’un des plus remarquables de Grande-Bretagne, avec son institut de beauté, Bob & Cloche, ses piscines, ses installations sportives. La greffe prend et aux hôtes traditionnels, très poudre de riz et vieilles dentelles, s’ajoutent désormais des trentenaires, happy few, sportifs, des familles appréciant notamment La tanière, espace d’activités incroyables pour les 8 à 15 ans, et des épicuriens, toutes générations confondues. C’est que ce Leading Hotels of the World accueille la table du chef Andrew Fairlie, l’une des deux à deux étoiles en Écosse. Ce restaurant pris d’assaut est à réserver de nombreux mois à l’avance. Toute légende se mérite.




Et côté ville…
Concilier campagne et ville, excellente idée de Sharan Pasricha en ouvrant il y a trois ans, au centre d’édimbourg, Gleneagles Townhouse, dans une demeure du XVIIIe siècle chargée d’histoire. Résidence privée du huitième comte de Dalhousie, puis siège social de la British Linen Bank et de la Royal Bank of Scotland, les bâtiments victoriens abritent désormais un boutique-hôtel 5-étoiles, de 33 chambres, very Scottish, et very British par sa décoration mais aussi son ambiance, ses Note Burning Room et Telling Rooms, réservées aux seuls membres du club. Tous les autres espaces sont accessibles aux « communs des mortels », du restaurant brasserie, délicieux, The Spence, dans l’ancienne salle des échanges, au bar en rooftop avec vue courant jusqu’à la mer. Et, surprise, au sous-sol, dans l’ancienne salle des coffres que trahit la double porte blindée, un espace bien-être, entre les soins Tata Harper et Barbara Sturm, cryothérapie, sauna infrarouge, etc.
Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.




