French riviera réactualisée

Partager sur pinterest
Partager sur facebook
Partager sur whatsapp

Au cœur du quartier historique de Nice, dans les étages d’un palais belle époque, cet appartement familial restructure a retrouvé tout son lustre, s’offrant au passage une nouvelle jeunesse grâce à des choix pointus.

Par Lucie Tavernier / Photos Pierre Paf

A Cimiez, quartier huppé de Nice connu pour ses anciens palaces aux façades Belle époque, France Bittel et Olivier Chanard n’en sont pas à leur coup d’essai. Les deux Niçois de l’agence Bleu Gris ont signé plusieurs projets à proximité de l’Excelsior Régina Palace, pied-à-terre de la reine Victoria devenu résidence de standing.

Le pouvoir du design
Classiques écrins grège enserrés entre plafonds d’époque minutieusement restaurés et chevrons grisés, salon et salle à manger en enfilade révèlent néanmoins une identité affirmée. Canapé sur mesure en velours Nobilis ; table basse « Palette » de Jaime Hayon pour &Tradition ; vase Ionna Vautrin ; table en granit de Patagonie et chaise « Bold » de Moustache ; lustres « Meshmatics » de Rick Tegelaar pour Moooi ; peinture Ressource.

C’est à quelques centaines de mètres seulement de ce célèbre navire amiral architectural aux airs de paquebot, qu’ils découvrent un appartement haussmannien de 115 m2, niché derrière les stucs du Tony Pin, l’un des palais réchappé de cet âge d’or. « Nous avons tout de suite perçu le potentiel de ce bel espace, et eu envie de renouer avec son esprit originel, mis à mal par les rénovations successives », se souvient France Bittel.

Dans cet appartement au cachet remis à jour, mobilier et aménagement insufflent une note contemporaine.

Le duo écarte d’emblée moquettes seventies et autres tissus tendus pour y voir plus clair, puis se lance dans plusieurs mois de travaux, guidé par cette quête d’authenticité autant que par le cahier des charges de leurs clients : une cuisine ouverte sur un espace à vivre accueillant pour tous les membres de leur jeune famille, ainsi que la création d’une salle de bains et d’une chambre supplémentaire.

Minimalisme maîtrisé
Conçue sur mesure, la cuisine se fond dans le décor. Le moindre centimètre carré a été optimisé, l’ensemble de l’électroménager dissimulé, les poignées volontairement oubliées. Sur le plan de travail Dekton® subtilement nervuré, coupe en papier mâché « Earth » by Marie Michielssen, Serax.

En conservant le long couloir typique des Haussmanniens, ils redistribuent les espaces de part et d’autre, transformant l’ancienne cuisine en suite parentale avec dressing et salle de bains privative, et réduisant l’une des deux chambres pré-existantes pour intégrer une seconde pièce d’eau.

Graphique chic
Apaisante, la chambre parentale se distingue grâce à ses belles lignes. La suspension « Vertigo » de Constance Guisset pour Petite Friture entame ainsi un joli dialogue avec la tête de lit conçue sur mesure en feutrine Kvadrat. Détail raffiné, deux suspensions « Stone » de Tom Dixon s’improvisent lampe de chevet et ajoutent encore du style à l’ensemble.

Une fois affranchie de ses portes vitrées, cette véritable colonne vertébrale s’offre une perspective qui court vers la pièce à vivre, baignée de lumière. Dans cette dernière, tout en longueur et avec une belle hauteur sous plafond, France Bittel et Olivier Chanard combattent l’impression d’étroitesse en intégrant la cuisine sur un seul pan de mur, dans un souci de minimalisme que l’on retrouve jusque dans le dessin du meuble TV, sur mesure.

Sous les craquelures d’anciennes peintures à l’huile, les plafonds ont livré leurs secrets.

Un parquet chevron en chêne à la teinte actuelle vient redonner son unité à l’ensemble, sans déparer les moulures d’époque et corniches en staff, pour certaines recréées grâce à de minutieuses recherches. Coup de chance, le duo découvre au hasard du chantier une superbe rosace, ainsi que deux fresques, l’une dans les tons bleus, perchée au-dessus du salon, l’autre tout en ocres rouges, déployée sur le plafond du coin repas.

En trompe-l’œil
Le couloir qui dessert la pièce de vie débouche sur un jardin imaginaire… Délimitée par un papier peint Isidore Leroy, la transition entre salon et salle à manger se met en scène. Sur l’enfilade en noyer La Redoute Intérieurs, une œuvre de l’artiste Ben apporte la touche niçoise chère au cœur de l’agence Bleu Gris et voisine avec la lampe « B-4 » de Gubi.

Réputés pour faire appel aux talents locaux, ils confient sans hésitation ces témoignages du passé à une peintre décoratrice du cru, qui leur redonne vie grâce à une technique ancienne à la chaux. Cet excitant rebondissement renforce leur parti pris initial, et fait écho aux sculpturaux lustres Moooi qui revisitent l’esprit chandelier avec contemporanéité.

Plein sud
Déployée dans la salle  de bains attenante à la chambre parentale, la teinte terracotta du « Rose ottoman » de Ressource associée à une herbe de la pampa peut friser le premier degré. Mais, en sublimant le graphisme des effets de matières, elle campe finalement avec brio une atmosphère méditerranéenne réactualisée. Cosmétique Aesop.

Car l’agence Bleu Gris maîtrise sans conteste l’art du contraste : la douceur et la rondeur de sa palette méditerranéenne, terracotta en tête, s’acoquine sans heurt avec des pièces de design fortes, un banc Moustache, un fauteuil Roly Poly, et rehausse les jeux de papiers peints aux motifs luxuriants. Résolument « Sud » encore, une lithographie de Matisse, bleu intense. « Nous avons une façon de travailler la lumière différente. Ici, elle est très blanche, et nous permet d’accentuer des couleurs fortes sans qu’elles prennent trop de place », sourit France Bittel.

Bleu Gris : talents niçois
L’agence Bleu Gris réunit France Bittel (architecte d’intérieur) et Olivier Chanard (chef de projet) autour de la volonté de créer pour leurs clients des espaces sur mesure avec un supplément de soleil, puisqu’ils rayonnent de Cannes à Monaco, et jusqu’en Corse depuis  « Nissa la bella », leur port d’attache. Ils y signent ce printemps un restaurant, le Type 55, et un bar à cocktails, le Eros.

L’architecte d’intérieur peut se réjouir : à Cimiez, ses clients se sont approprié avec bonheur la sobriété confortable et intemporelle apportée à leur lieu de vie par l’agence Bleu Gris, ravis en prime par sa personnalité. « Seuls, nous n’aurions peut-être pas osé ces détails qui font la différence », ont-ils confié aux auteurs de la métamorphose de leur bien. Mission accomplie !

Reportage paru dans le numéro 157 de Résidences décoration

Partager sur facebook
Partager sur whatsapp
Partager sur pinterest

La rédaction vous recommande

Dites-nous ce que vous en pensez