Flotter en suspens sur la Méditerranée

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Pari relevé par l’agence d’architecture parisienne AW2 : transformer un pavillon des années soixante en villa contemporaine dévoilant, en format panoramique, la baie de Porto-Vecchio en Corse.

Par Anne-Marie Cattelain Le Dû / Photos Mikael Bénard

JOUER LES EQUILBRISTES
La piscine en surplomb de la baie est amarrée sur la terrasse en bois Kebony, un matériau qui lui assure, grâce à sa résistance, une durée de vie quasi éternelle et ce, sans aucun entretien.

Construit à la va-vite, avec de piètres matériaux sur un terrain rocailleux et très pentu, le pavillon des années soixante n’avait a priori rien pour séduire. Sauf sa vue imprenable sur la baie de Porto-Vecchio et, au bout du jardin, un chemin desservant directement la mer et la plage. Foudroyés par cet environnement exceptionnel avec, en toile de fond, la Méditerranée, les actuels propriétaires imaginèrent une demeure en osmose avec celui-ci pour jouir avec leurs trois enfants adolescents de cette Corse minérale, brute et préservée.

« Nous venions avec Stéphanie Ledoux, mon associée, de terminer notre premier chantier en Corse. à l’affût de belles propriétés, les nouveaux acquéreurs de ce pavillon avaient repéré notre travail. Grands voyageurs, sensibles aux hôtels de luxe, ils connaissaient aussi quelques-unes de nos réalisations cinq-étoiles » explique Reda Amalou, fondateur et co-associé de l’agence AW2.

LA-HAUT SUR LA COLLINE…
… s’élève une demeure conçue à la manière d’un loft posé sur la roche. Abritée des vents et des embruns sous son toit en Red Cedar, camouflée par son bardage en bois et pierres du Val d’Aoste, elle scrute l’horizon, voyant sans être vue.

Imaginer une maison à la hauteur des envies de ses propriétaires.

Première intention des architectes, en accord avec les maîtres des lieux et le maître d’œuvre, restaurer l’extérieur, dans le respect strict des lois sur la protection du littoral. Plutôt que de détruire et de demander un permis de construire risquant de retarder le démarrage des travaux, ils décident de ne modifier ni la façade ni la surface habitable de 400 m2.

Tout en ouvrant la maison sur l’extérieur par un jeu de parois en verre coulissantes, ils s’appliquent à la rendre quasi invisible, la coiffant d’un toit en Red Cedar, bardant ses murs d’un appareil de bois et de pierres aux couleurs de la roche alentour. Puis, avec le paysagiste Fabrice Pierre Susini de Niwaki Jardins, après une étude du sol et de la flore, ils créent des « poches » de végétation, succession de jardins noyant la construction sans obstruer la vue, liant avec fluidité le bas et le haut du terrain, chose peu aisée compte tenu de la typologie de ces quelque 5 000 m2.

COMME AU SPECTACLE
Pour jouir des effets spéciaux de la mer, on s’installe dans le canapé d’angle, création de Reda Amalou Design, à moins de se nicher dans le fauteuil rond « Amoenus » de Maxalto ou de s’allonger sur le tapis « Sèvres »de Hugues Chevalier, Reda Amalou Design. Tables basses Reda Amalou Design.

Abolir les barrières et les repères entre intérieur et extérieur.

Avant de se concentrer sur la restructuration intérieure et une répartition plus logique des pièces, Stéphanie et Reda dessinent une nouvelle terrasse, choisissant pour son platelage le Kebony, pin radiata traité à base d’alcool de déchets végétaux, puis chauffé à 100 degrés. Le procédé rend le bois plus dense, plus résistant et lui donne au fil du temps, après trois à quatre ans, une teinte définitive très douce, soyeuse, argentée.

« Outre ses qualités semblables à celles d’essences exotiques, le Kebony utilise du bois provenant de forêts certifiées FSC©, gérées durablement, estampillées de l’écolabel nordique Swan. Aujourd’hui, plus que jamais, la notion de protection de la nature à travers les matériaux de construction s’impose à tous les professionnels consciencieux », précise Reda.

EN BATEAU… OU PRESQUE
Dans la Master Bedroom style cabine de paquebot, dépouillée mais chic, avec pour déco l’horizon, quelques coussins AW2, un guéridon de Piero Lissoni pour Cassina et un masque africain chiné par Reda Amalou Design.

« Réaliser des maisons particulières, c’est appréhender l’humain. »

Les propriétaires ayant avant toute chose acheté la vue, la mission d’AW2 a été de la magnifier en abolissant les frontières entre dedans et dehors, pour traiter les pièces principales, salon, salle à manger, cuisine, Master Bedroom, comme des observatoires, des salles de spectacle révélant de jour comme de nuit la baie de Porto-Vecchio, le va-et-vient des bateaux, des vagues.

« Nous devions aussi, de manière harmonieuse, marier nos créations et le mobilier auquel nos clients tenaient. Nous nous sommes d’abord focalisés sur le salon, pièce centrale de rencontre et de vie en dessinant les bibliothèques basses qui n’obturent en aucun cas le paysage et ce grand canapé en L habillé, pour mieux brouiller les repères, d’un tissu similaire à celui utilisé pour les transats autour de la piscine. »

Mieux encore, les deux tables basses en laque blanche brillante captent non seulement la lumière mais aussi le ciel, les nuages, les ombres. Quant au béton ciré, il prolonge, dans les mêmes nuances de gris, caressant, chaleureux, les terrasses en Kebony.

PARENTHESE BIEN-ETRE
Massage, relax, forme… au spa, avant ou après la plage, on baigne dans une ambiance orientale créée par le grès cérame imitation marbre « Charming amber ». Vases chinés par Reda Amalou Design et suspension « Cloud » de Frank Gehry, Belux.

De même, dans la salle à manger, pour laisser la part belle à la nature, les teintes neutres dominent. Puis, posé en parallèle de la banquette et de la table en marbre, un immense miroir autorise les convives à admirer par réflexion le paysage lorsqu’ils sont assis sur les fauteuils qui lui tournent le dos. Tout ancre la demeure sur cette île magique, farouchement attachée à sa garrigue, son maquis, son littoral.

AW2, POUR LE MEILLEUR
En 2000, Reda Amalou, qui a ouvert son agence en 1997, demande à Stéphanie Ledoux de le rejoindre. En 2003, ils s’associent. Depuis, ils planchent ensemble sur tous les projets. Une réflexion commune qui leur permet de se challenger.

Quelle que soit la pièce où l’on séjourne, on est en Méditerranée, baignant dans ses parfums, ses couleurs, s’imprégnant de sa lumière dense. « L’architecture moderne doit transcrire ces nuances, les rendre palpables, vivantes. Chez AW2 nous concevons ces projets de maisons individuelles comme des laboratoires où l’humain prévaut. Nous échangeons, en direct avec celles et ceux qui vont les animer, y bâtir des tranches de vie, des souvenirs. C’est ce qui différencie un chantier résidentiel d’un projet hôtelier. »

Quelques mois après la livraison, invités à passer un week-end dans la villa, les deux architectes ont apprécié l’espace bien-être avec le spa, en rez-de-jardin, et le studio dédié aux amis un peu en contrebas. Et ont partagé les émotions des occupants, leur plus belle récompense.

AU BAIN !
Eliminer le sable et le sel en s’immergeant dans cette vaste baignoire Casabath campée sur un sol en panneaux de grès cérame imitation marbre type « Statuario ». Puis admirer son bronzage dans les miroirs réalisés sur mesure par Reda Amalou Design. Appliques, Nedgis.

Reportage paru dans le numéro 157 de Résidences Décoration

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