Anima, l’art au vert

Dans la vallée de l’Ourika, à 30 kilomètres de Marrakech, le jardin imaginé par André Heller, artiste d’origine autrichienne, fête ses 10 ans. Une ode à la flore marocaine ponctuée d’œuvres d’art, de surprises. Oasis ludique et spirituelle. 

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû

Non, ce n’est pas un musée en plein air. La preuve, aucune des œuvres, même celles d’artistes très célèbres, de Picasso à Keith Haring, d’Alexander Calder à Auguste Renoir, par exemple, n’est signalée par un cartouche. Place à l’imagination, à la déambulation comme dans un labyrinthe, au gré des allées, des sources, des bassins, des fontaines, mais aussi des respirations, des poses sur un banc dans la bambouseraie, d’une rêverie dans un des hamacs tendus entre deux arbres, de la contemplation lorsqu’aucun nuage obscurcit le ciel à l’horizon, de l’Atlas et du djebel Toubkal, son point culminant, parfois encore coiffé de neige éternelle, à quelque 4 167 mètres d’altitude. Un jardin à vivre, à découvrir à son rythme, qu’on ait, comme les lecteurs de Tintin 7 ou 77 ans.

André Heller, artiste autrichien, créateur d’Anima. © Stefan Liewehr
En toile de fond, le Haut Atlas et le djebel Toubkal, 4 167 m d’altitude. © Albina Bauer

C’est au matin lorsque la lumière monte doucement, encore parée des pastels de la nuit que les trois hectares d’Anima (« âme » en latin) déclinent leurs couleurs et leurs formes avec le plus de subtilité et de magie. 3 500 espèces végétales se réveillent, s’ébrouent, de la majestueuse allée de palmiers happant les visiteurs dès l’entrée aux cactus les plus débridés, des plantes grasses suintant de satisfaction aux parfums subtils citronnés, poudrés, des roses. Ici, grâce aux eaux ruisselant de l’Atlas, intelligemment endiguées, la flore explose tout autant de couleurs, de nuances, que les œuvres d’art essaimées dans ce bain de verdure. Elles se mettent en valeur les unes, les autres, sans compétition, comme l’a voulu André Heller qui désormais partage son temps entre Vienne et Marrakech. Autant passionné de botanique que d’art, en 2008, cet artiste multifacettes écrivain, poète, dramaturge, chanteur, acteur, acquiert un terrain vierge mais fertile, pour réaliser un de ses rêves les plus chers, doter les alentours de Marrakech, d’un lieu pas comme les autres où tout un chacun peut se ressourcer, s’amuser, explorer, s’apaiser. Son grand mot ! Pourquoi ? Parce qu’en 1972, à 26 ans, lors de sa première visite, la ville royale le foudroya par sa beauté, son atmosphère. « J’ai voulu en dehors du brouhaha, de la poussière, de l’animation de Marrakech, la remercier pour les sentiments qu’elle a éveillé dans mon âme, en mariant ce qui m’anime, art, jardinage, design. » Huit ans de travaux intenses avant d’inaugurer Anima en 2016. Un jardin marocain, traditionnel, comme les aiment les habitants, à la végétation luxuriante mais où les plus étonnantes des sculptures, parfois kitsch, interpellent, établissent un dialogue entre le végétal, le minéral, le travail de la terre et celui de l’artiste. Un éden, un paradis terrestre. 

En harmonie parfaite avec la végétation et le ciel, une tête africaine interpelle les visiteurs. © Stefan Liewehr

Mémo pratique

Facile de rejoindre, en 40 minutes environ, Anima, en empruntant une des navettes gratuites, prix inclus dans le billet, partant régulièrement de la place près de la Koutoubia.

Outre les jardins et son petit musée permettant de découvrir des artistes contemporains, Anima propose, dans un joli cadre, au Café Paul Bowles, du nom de l’auteur d’Un Thé au Sahara, une carte délicieuse pour déjeuner de mets locaux ou savourer quelques gourmandises.

Anima Garden, Douar Sbiti ; Km 28, Route de l’Ourika  Ouvert tous les jours, de 9 h à 17 h, du 1er octobre au 30 avril et de 9 h à 18h, du 1er mai au 30 septembre.
anima-garden.com

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