À Bruxelles, une maison arc-en-ciel

Comme d’un coup de baguette magique, Victoria-Maria Geyer enchanta de mille et une couleurs, de mille et un objets, une maison bruxelloise de 1932, un rien tristounette en son petit jardin, reluquant sa voisine.

Par Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Clément Vayssieres

Quand on a cinq enfants et qu’on souhaite vivre en famille, au plus près des écoles, des universités, des transports, on privilégie avant tout la localisation, la praticité et la surface. Normal dès lors que ces parents aient craqué pour une maison de 550 m2, rue des Touristes, à Watermael-Boitsfort, commune non loin de Bruxelles. Une maison mal fichue, à laquelle une curieuse tour donne une drôle d’allure. Avant d’y emménager, tout est à imaginer, à penser pour que chaque membre du clan familial trouve ses repères, s’approprie l’espace, son espace. L’essentiel, pour concrétiser ce rêve, s’entourer de professionnels capables de tirer le meilleur de ces trois niveaux, et prioritairement d’un(e) architecte d’intérieur doté d’une créativité débordante. Après nombre de consultations, d’avis échangés, Victoria-Maria Geyer, décoratrice allemande, installée depuis dix ans à Bruxelles, remporte la mise. Dès sa première visite, son enthousiasme, son sens pratique, ses idées, ses suggestions impressionnent les propriétaires. Qui plus est Victoria-Maria ne leur cache pas que le chantier, compliqué, demandera patience et longueur de temps. Pour autant, ni les uns ni les autres ne tablaient sur cinq années. Cinq années pour mener à bien les travaux, avec des jours de doute, de découragement, d’incertitude. Il ne s’agissait pas d’un simple projet de décoration, d’une rénovation, mais d’une refonte totale des espaces, nécessitant des heures de réflexion, de recherches préalables des meilleurs matériaux avant de penser esthétique.

La maison terminée, rutilante, pimpante, lumineuse, parents et enfants se sont emparés de l’espace, l’ont marqué de leurs empreintes, adopté. Conviviale, facile à vivre, elle fait aussi la part belle au design, aux pièces uniques glanées dans la collection Heimat, dessinées par le studio de Geyer, aux objets coups de cœur trouvés chez des éditeurs, chinés dans les brocantes, les marchés aux puces, les antiquaires. « J’ai donné le la, joué les chefs d’orchestre mais les sept membres de la famille ont interprété leur propre partition, exprimé leurs souhaits, participé aux choix ultimes, aussi bien des papiers peints, par exemple, que des couleurs, explique la décoratrice. Je les ai encouragés à oser, à aller de l’avant. » Effectivement, ils ont osé. Osé la palette en dégradés de jaunes dans le salon, soulignant l’encadrement en carreaux noir et blanc de la cheminée tout comme le tissu multicolore, reliéfé, recouvrant l’un des trois canapés. Osé le buffet en enfilade vert dans la salle à manger contrastant avec la soie vermillon de Jim Thompson des murs. Osé le dressing-room oversize, cosy. Osé dans la cuisine marier la pierre volcanique italienne avec des zelliges à la marocaine mais fabriqués artisanalement en Normandie. « J’aime suggérer le voyage, installer des ambiances différentes, accrocher des œuvres d’artistes reconnus comme Marcel Arnaud, Simon Buret, à côté de peintures anonymes, de créations artisanales et surtout mélanger les époques. J’ai eu la chance que mes clients me suivent et que, pour eux comme pour moi, une maison de famille ne doive en rien ressembler à un musée figé mais naître d’un assemblage hétéroclite, vivant, d’émotions partagées », confie Victoria-Maria. Quand on franchit le seuil, on pénètre de plain-pied dans un univers pétillant, gai, où les portes claquent, les pas résonnent dans l’escalier amarante, les musiques s’entrechoquent, s’échappant du salon au rez-de-chaussée et des chambres en étages. Une certaine idée du bonheur… en famille !

PÈRE NOËL, Y ES-TU  ? S’interrogent les cinq enfants devant la cheminée Winckelmans en carreaux de ciment. Au-dessus, œuvre en feutre anonyme des années 1980, marché aux Puces de Bruxelles. Canapé « On the Rocks » d’Edra, tissu Pierre Frey, comme les rideaux. Tables d’appoint en marqueterie d’os, chinées.
UN MARTIEN, CE BONHOMME VERT ? Non, je suis une œuvre de Simon Buret, accrochée dans l’entrée pour accueillir les visiteurs. Buffet vintage Art déco, vase Vallauris, chinés.
DÎNER EN AMOUREUX ? Ou en famille, c’est selon ! Autour de la table Clarence en laque de Victoria-Maria pour Heimat. Chaises italiennes, années 1950 de Watteau. Revêtement mural soie sauvage de Jim Thompson. Tapis Millepoints.
À UN PLUTÔT QU’À DEUX ? Juste quelques secondes de méditation avant de passer au salon. Buffet en pierre verte de Flair, Milan. Diptyque de Carolina Cunha. Suspension en verre années 1950, chinée.
BREAKFAST EN CUISINE ? Les uns et les autres s’y succèdent, au rythme de leurs activités. Muret en zelliges, table vintage en travertin. Tapisserie achetée chez un antiquaire parisien. Suspension Labyrinth.
QUEL TEMPS FAIT-IL ? Réponse en jetant un œil, par la fenêtre. Vase vintage en céramique de Vallauris. Banquette tapissée d’un tissu d’ameublement Pierre Frey, stores sur mesure, tissus façon tweed, Pierre Frey.
DES PETITS RIENS ? Oui, qui font la différence ! gros plan sur les carreaux en ciment de la cheminée du salon.
Sous l’escalier, lavabo anobli par deux petits tableaux chinés.
Escalier desservant les chambres peint en rouge, moquette impression léopard, Saint-Maclou.
Gros plan sur le tissu Pierre Frey du canapé « On the Rocks ».
UN DERNIER CAFÉ ? Oui, après le départ des cinq enfants et avant de filer vers le centre-ville. On sort les tasses Vallauris éditées par La Table by Sylvie. On feuillette RD sur la table laquée couleur amarante réalisée sur mesure.
FAUX-SEMBLANT ? Bien vu ! Cette bibliothèque dessinée et taillée sur mesure pour jouer les têtes de lit, ne propose que des livres et des vases décoratifs achetés chez All’Origine, Italie.
DERNIÈRE FLAMBÉE ? Bienvenue dans la chambre parentale, grâce à la cheminée ancienne repeinte en corail.
Papier peint « Sunny » de Victoria-Maria pour Pierre Frey. Fauteuil Zanuso vintage, années 1950. Luminaire Hollandery.
AMBIANCE MERS DU SUD ? Pour mieux apprécier la douche de cette salle de bains en enfilade. Sol en carreaux Bisazza par Paola Navone. Carrelage émaillé de New Terracotta. Appliques années 1950 chinées.
ET QU’EST CE QUI SE PROFILE ? Pratique, en continuité de la salle de bains, la chambre parentale forcément, avec ses rideaux Pierre Frey et son fauteuil Zanuso, années 1950.
ON S’APPRÊTE ? Dans le dressing, vraie pièce pour elle et lui. Coiffeuse en tissu Jane Churchill, réalisée par Mazarine Diana. Poignées en laiton. Seuils de porte peints dans une teinte rose-orange. Vase Asiatides.

Victoria-Maria Geyer 

Dans son atelier bruxellois d’architecture d’intérieur, Victoria-Maria Geyer mène de front, avec ses neuf collaborateurs, de nombreux projets, dont deux hôtels parisiens et plusieurs chantiers résidentiels en Europe. Clin d’œil, la Ville de Bruxelles lui a demandé de réaliser la crèche de Noël sur la Grand-Place centrale. Un honneur qu’elle a accepté. Nul doute que son style éclectique et audacieux va faire mouche. Sa devise qu’elle partage avec ses clients : osez exprimer vos goûts, n’ayez pas peur.

Instagram : @ v_i_c_t_o_r_i_a__m_a_r_i_a

Article paru dans le numéro 185 de RD – Résidences Décoration.

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