Transformer, en pied-à-terre, à Saint-Germain-des-Prés, la maison-atelier, où vécut et créa pendant cinquante ans, un sculpteur, Sans trahir, ni le lieu… ni l’artiste : telle était mission de l’agence Mersi. En « trichant » pour la bonne cause. Respect !
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Cassandre Charpentier
Qui n’a jamais été ému de pousser les portes d’un lieu resté dans l’état où son propriétaire décédé l’a laissé après y avoir vécu la majorité de sa vie. Un choc, pour Meryl Motyka et Simon Mimoun, cofondateurs de l’agence d’architecture Mersi, en pénétrant dans l’atelier où pendant plus de cinquante ans un sculpteur a vécu et créé de nombreuses œuvres. « étrange impression, après avoir traversé un couloir étroit, que de se retrouver dans une immense pièce encore encombrée des œuvres de l’artiste, certaines terminées, d’autres juste ébauchées, avec ses outils, ses matières premières, ses esquisses. On s’attendait, presque, raconte Simon,à ce qu’il apparaisse. À la demande du nouvel acquéreur, nous étions là pour dresser une sorte d’état des lieux, transformer ces 110 mètres carrés, en résidence secondaire, établir un devis. Cette grande pièce encore empreinte du travail du sculpteur, nous a confortés dans l’idée de conserver autant que possible son authenticité, ses caractéristiques. Ayant retrouvé une photo de l’atelier sous la verrière, nous l’avons encadrée et accrochée. Un clin d’œil. Une passation. »
Étrangers adorant Paris, séjournant fréquemment dans la capitale, les acquéreurs cherchaient un pied-à-terre pour recevoir leurs amis et leur famille, venir le plus souvent possible, à l’improviste. Lorsqu’un marchand de biens les entraîne dans une des venelles restées « dans leur jus » du sixième arrondissement, du côté de la rue de Vaugirard, ils tombent sous le charme. Ce Saint-Germain-des-Prés encore authentique, celui du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe, où de nombreux artistes vivaient, créaient, avant la flambée immobilière. Ils sont sensibles au fait de succéder à un artiste, de s’inscrire dans ses pas.
Très vite, l’équipe de Mersi décide de supprimer le couloir pour que la porte d’entrée communique directement sur la grande pièce à vivre, et de remplacer l’authentique verrière parisienne sans grâce, terne, par une verrière moderne, coulissant pour, les jours de soleil, vivre en plein air. Puis elle imagine des subterfuges pour compenser le manque de verdure, de vue : un mur végétal de vraies fleurs stabilisées, des décors de nuages, de la toile de jute pour un effet naturel. Des artisans dessinent une table miroir, une grande banquette sur mesure, face aux canapés vintage. Couleurs dominantes : le blanc, le grège. Matériaux : l’albâtre pour les luminaires dans le living-room et les suites, le travertin et la céramique artisanale dans les salles de bains. Peu de mobilier autre que celui dessiné, et réalisé sur mesure par les meilleurs maîtres artisans. Télévision, home cinéma, climatisation se cachent derrière des cloisons, histoire de ne pas rompre l’harmonie, de conserver l’atmosphère arty.
Les pièces à vivre bien ancrées sous la verrière, les architectes s’attaquent aux chambres, créant deux grandes suites, l’une dite parentale, l’autre d’invités. Une fois encore, peu d’accessoires, peu de décoration. Quelques belles suspensions, quelques rares objets chinés. L’ambiance tout simplement d’un atelier d’artiste, d’une maison inspirée, en harmonie, où explique Meryl : « pendant les douze mois du chantier, on a réalisé exactement ce que nous voulions, un intérieur simple, intemporel, très personnel où s’il revenait, l’artiste retrouverait ses marques. »







Meryl Motyka et Simon Mimoun, cofondateurs de Mersi

Pour baptiser leur agence d’architecture « Mersi », basée à Saint-Germain-des-Prés à Paris, Meryl Motyka et Simon Mimoun ont assemblé les premières syllabes de leur prénom. Leur philosophie : détruire pour mieux reconstruire, allier rigueur de l’architecture et design créatif. Leurs « maîtres » : Tadao Ando, Oscar Niemeyer, Frank Lloyd Wright, John Pawson, Christophe Delcourt, Liaigre, le duo de Yodezeen.
Article paru dans le numéro 186 de RD – Résidences Décoration



