À quelques pas de Deauville, la Maison Douce Époque s’impose comme une parenthèse hors du temps, avec la mer pour horizon. Entre héritage littéraire, raffinement reposant et luxe discret, ce manoir normand du début du XXe siècle a mille choses à raconter, à qui saura l’écouter.
Texte Anne-Louise Sevaux
Il y a des hôtels, des beaux hôtels, des hôtels de luxe… et puis il y a la Maison Douce Époque. Ici, tout est différent : plus calme, plus doux, plus intime. Un caractère singulier lié sans doute à la position unique de ce manoir normand. Voisin de Deauville, il est pourtant bien loin de son agitation. Nous sommes à Bénerville-sur-Mer, sur les hauteurs du mont Canisy. Une centaine de mètres d’altitude seulement, qui suffisent à surplomber la mer, pour mieux l’admirer et la remercier.
Les intellectuels de la fin du XIXe siècle ont vite compris que cette petite commune du Calvados offrait tout pour être heureux et créatifs. On y croisait alors les peintres Eugène Boudin et Auguste Renoir, et même un certain Paul Gallimard, architecte et père du futur éditeur Gaston Gallimard. Il fit construire son « manoir normand » en 1874, par Ernest Saintin, connu pour ses réalisations anglo-normandes à Deauville et ses alentours.



Un édifice remarquable qui, dit-on, aurait inspiré, en 1908, l’architecte Henry Goury pour la construction du manoir voisin. Goury, que l’on présente parfois comme l’architecte attitré de la famille Hachette, répond alors à la commande de François Stephen-Ribes, un agent de change parisien fortuné. Il ne fallut que quatorze mois pour ériger celui que l’on appellera bientôt « Le Castel Bénerville », aujourd’hui devenu la délicate Maison Douce Époque.
Depuis, la commune a toujours attiré artistes et intellectuels. Marcel Proust, amoureux de la Côte Fleurie, y venait régulièrement lors de ses séjours à Cabourg. C’est ici, au début du XXe siècle, qu’une amitié se noua entre lui et Gaston Gallimard. La douceur de la côte favorisant les échanges, les idées et la créativité, Gaston deviendra l’éditeur de Marcel, et une page de la littérature française s’écrit ici.
C’est cette histoire qu’Emmanuelle Bourgueil a voulu raconter lorsqu’en 2023, elle succombe au charme unique du manoir. Femme de grands projets, elle a rapidement une idée en tête. Et quelle idée ! Ouvrir un hôtel chic et inspirant, discret et reposant, comprenant un spa, deux piscines et un restaurant. La Maison Douce Époque, elle l’avait déjà en tête. « Je voulais que cette maison reste discrète, presque cachée, qu’on ne la découvre qu’en arrivant au bout du chemin. Ce n’est pas un hôtel de passage, c’est un lieu qu’on choisit », raconte la propriétaire.
Deux ans de travaux plus tard, le projet est devenu réalité. Il a fallu tout repenser, de la distribution des pièces à la décoration, et composer avec les imprévus, comme la découverte de bunkers de la Seconde Guerre mondiale. « Nous n’avons travaillé qu’avec des artisans locaux, le plus éloigné vient de Lisieux, à 30 km d’ici », précise le directeur Philippe Chamard. Les anciennes écuries accueillent aujourd’hui huit suites, tandis que le manoir abrite discrètement six chambres et suites dans ses étages. Quatorze clés seulement pour préserver le calme et l’intimité qui inspiraient déjà les artistes d’autrefois. Chaque chambre rend d’ailleurs hommage à celles et ceux qui ont marqué l’histoire littéraire française, dans une décoration unique, ponctuée de clins d’œil subtils à leurs univers. On retrouve alors Jules Verne, Émile Zola, Agatha Christie et la somptueuse suite Marcel Proust avec une vue époustouflante sur la mer et l’hippodrome. Et l’on se plaît à retrouver, disséminés dans les bibliothèques ou les chevets, leurs plus beaux chefs-d’œuvre.


Le Romanesque
Le restaurant Le Romanesque vient compléter l’expérience de la Maison Douce Époque, en nous offrant, à l’heure du dîner, une parenthèse gastronomique, gourmande et iodée de haute volée ! La carte est courte et plutôt tournée vers la mer toute proche, les huîtres côtoient le homard bleu et les langoustines. Le jeune chef Kévin Legoy cuisine pour ses convives (28 maximum), tout à côté, dans une ravissante cuisine ouverte sur la salle.
Article paru dans le numéro 184 de RD – Résidences Décoration.




