Réhabilité par le designer britannique Mark Howorth, fondateur de Callender Howorth, le style Belle époque triomphe et pétille, redonnant vie à un pied-à-terre délabré d’environ 200 m2.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû / Photos Vigo Jansons
Les planètes parfois s’alignent pour que de l’ordinaire sorte l’extraordinaire, pour que des affinités, des sensibilités se trouvent et se complètent. C’est l’histoire toute simple de la renaissance de cet appartement Belle Époque parisien. Insensibles à sa beauté première, ses caractéristiques architecturales style années 1920, ses anciens propriétaires l’avaient banalisé à l’extrême. Il a fallu tout à la fois qu’une famille californienne, francophile, amoureuse de Paris, pressée de s’ y installer, d’y scolariser ses enfants à l’American School, se laisse séduire par l’espace, la vue, les proportions de ce 192 m2, en mauvais état et qu’un de leurs amis leur souffle le nom de Mark Howorth, pour que les lieux retrouvent leur superbe.
Ayant commencé sa carrière en Californie, le designer britannique rassure vite ses nouveaux clients sur leur choix et la faisabilité du chantier, dans des délais raisonnables. Il parle le même langage que ses interlocuteurs, celui de l’esthétisme, de l’art mais aussi du fonctionnel, du métissage des genres. Après avoir parcouru, mesuré les pièces vides, repéré, interprété les marques du passé, Howorth livre son plan de bataille : redonner tous les éléments Belle Époque à chaque pièce, notamment retravailler, sculpter les plafonds, reprendre les parquets, recréer les boiseries, tout en magnifiant les éléments essentiels pour faciliter la vie quotidienne. L’idée première d’Howorth, utiliser de très beaux matériaux, comme des marbres rares, des étoffes moelleuses, soyeuses, des papiers peints à la main superposés, aux motifs délicats, jouer sur les textures, les couleurs tantôt éclaboussées d’or, tantôt sobrement sombres égayées de motifs. En chef d’orchestre, l’architecte d’intérieur répartit les rôles, charge son équipe de designers de repenser l’espace, la circulation et d’assembler des éléments chinés et contemporains pour que l’appartement retrouve ses « racines », s’adapte au mode de vie trépidant d’une famille avec de jeunes enfants. « J’ai privilégié le sur-mesure, les artisans d’art, les collections des maisons françaises au savoir-faire établi, comme Dedar, Lelièvre, de Gournay. J’ai collaboré avec les équipes de Stevensons of Norwich, réputées pour leur capacité à restaurer voire à réinventer des éléments anciens dégradés ou disparus. Elles se sont attaquées, en priorité, aux boiseries Belle Époque, puis à la remise en état des plafonds, avec un incroyable talent. En témoigne particulièrement celui du salon avec ses papillons – insecte fétiche du client – se mêlant aux feuilles, aux fleurs, motifs végétaux en vogue au début du xxe siècle. » Les propriétaires aimant l’art sans pour autant être collectionneurs, Howorth a sollicité les experts de la galerie The Lost Art Salon San Francisco, spécialisés dans la redécouverte d’artistes historiques. Cette galerie riche d’un fond de quelque 5 000 peintures, dessins, gravures, photographies et objets, de la fin du xixe siècle à aujourd’hui, lui a ainsi proposé des œuvres américaines du milieu du siècle, évoquant, entre autres, Ojai, ville californienne où le chef de famille a toujours son cabinet d’avocat.
L’enveloppe mise en place, les corps de métier se sont succédé pour aménager de vastes salles de bains attenantes à chaque chambre, une cuisine ultra-contemporaine, une cave à vins et même un dortoir pour les enfants, qui ne dépare en rien l’esthétique de l’ensemble, bien au contraire. « Aujourd’hui, l’appartement marie harmonieusement charme d’une époque très parisienne, très joyeuse, très exubérante et style de vie actuel, avec des mômes qui claquent les portes, jouent au ballon dans les couloirs, vont et viennent. La vie, la vraie vie. Parisienne !











Mark Howorth

Récompensé par de nombreux awards d’architecture d’intérieur et de design, créateur en 1997 de son agence londonienne Callender Howorth, Mark Howorth, réputé comme le plus grand décorateur britannique, a constitué autour de lui une équipe solide, pluridisciplinaire, avec l’art sous toutes ses formes, en ligne de mire. Sa passion : les projets résidentiels hors norme, de l’hôtel particulier du xviiie siècle au penthouse dément juché sur les toits de Manhattan. Paris comme la Côte d’Azur, New York comme les Hamptons et la Californie sont ses terrains de jeu favoris.
Article paru dans le numéro 184 de RD – Résidences Décoration.




