Jieldé, une lampe si attachante

Bénédict Buisson a repris en 2023 l’entreprise Jieldé, longtemps dirigée par son père. Une histoire de transmission, de résilience et de réinvention permanente, à l’image de cette lampe articulée, robuste et intemporelle. 

Texte Anne-Louise Sevaux

De père en fille

L’histoire de Jieldé s’écrit de père en fille. C’est celle de Jean-Louis Domecq d’abord, qui imagine en 1950 cette lampe devenue iconique. Elle s’appelera Jieldé, et donnera d’ailleurs son nom à l’entreprise. Un nom issu de la contraction des initiales de son créateur. Ingénieur mécanicien, Jean-Louis Domecq cherchait à illuminer son quotidien grâce à un luminaire à la fois robuste et ingénieux. Le succès est tel que la lampe Jieldé s’invite dans de nombreuses usines, éclairant avec précision établis et ateliers.

Lorsque Jean-Louis Domecq meurt subitement en 1983, sa fille, Marie-Françoise, prend la relève. Une histoire qui se répétera quarante ans plus tard.

Bénédict Buisson est à la tête de Jieldé depuis 2023. Une entreprise chère à son cœur, que son père avait dirigée avant elle. © Aude Lemaitre Photographe

Le potentiel d’une lampe

En 1998, Philippe Bélier reprend l’entreprise. Après y avoir travaillé quelques années comme acheteur, ce dessinateur industriel de formation en prend les rênes avec la bénédiction de Marie-Françoise. « Ils avaient les mêmes envies, ils se suivaient dans leur délire, sourit Bénédict Buisson, sa fille, aujourd’hui à la tête de Jieldé. Mon père était avant tout très attaché à cette lampe et en voyait tout le potentiel. »

À cette époque, Jieldé « est une petite entreprise, pas très en forme », raconte-t-elle. Les besoins en éclairage industriel évoluent et il faut restructurer. « Mon père a changé la mentalité même de la marque. » Désormais, Jieldé ne fabriquera plus un produit industriel, mais bien un objet design.

Les lampes Jieldé sont, aujourd’hui encore, fabriquées à la main, dans les ateliers de Saint-Priest, près de Lyon © DR

La famille Jieldé

À partir de là, tout change : « La lampe est devenue le troisième enfant de la famille. On en parlait tout le temps. On découvrait les prototypes, les couleurs en avant-première. On faisait tous partie de la famille Jieldé », se souvient Bénédict Buisson. Elle passe ainsi ses étés, entre 16 et 19 ans, à monter des lampes dans l’atelier de Saint-Priest, près de Lyon, en échange de ses premiers salaires. « Malgré cela, je n’aurais jamais pensé travailler un jour chez Jieldé », confie-t-elle. Mais certains signes persistent : un premier job dans une boutique de design à Lyon, puis un second à Londres, « et je retrouvais toujours Jieldé, d’une manière ou d’une autre ! » Un diplôme d’architecture d’intérieur plus tard, et cet amour des lampes qui ne fait que croître… 

Une urgence, une évidence

Alors lorsque Philippe Bélier meurt subitement en 2023, sa fille ne réfléchit pas longtemps.

« Tout s’est fait en quelques jours, mais je me suis vite dit : “il faut que je reprenne Jieldé”. Ma famille me soutenait, Marie-Françoise aussi, raconte-t-elle. J’ai appris plus tard que mon père en avait parlé à des proches : il rêvait que je reprenne l’entreprise, mais n’aurait jamais osé me le dire. »

L’histoire de la filiation se répète. Bénédict Buisson reconnaît que « c’est un peu déroutant. Mais cela prouve que l’activité se relève toujours. C’est très symbolique et cela correspond bien à cette lampe, robuste et pérenne. »

En plus d’un design élégant et intemporel, la lampe Signal SIC400, fabriquée en acier et fonte d’aluminium, promet stabilité, durabilité et robustesse. © DR

Un héritage en évolution

Aujourd’hui, Bénédict Buisson a trouvé ses marques à la tête d’une équipe d’une dizaine de personnes. En parallèle, elle poursuit son activité d’architecte d’intérieur aux côtés de son mari. Une manière concrète de faire vivre et évoluer les modèles Jieldé dans différents environnements. Pour la suite, « on aimerait sortir de nouveaux modèles », confie-t-elle. Les idées ne manquent pas et elle souhaite aussi collaborer avec d’autres designers. Soixante-quinze ans après sa création, l’histoire de Jieldé ne fait que commencer.

Repères

1950 : Création de la lampe articulée par Jean-Louis Domecq.

1983 : Reprise de l’entreprise par la fille du fondateur, Marie-Françoise. 

1998 : Philippe Bélier prend la tête de l’entreprise. 

2003 : Création de la lampe Signal, un best-seller. 

2023 : Bénédict Buisson, fille de Philippe Bélier, reprend l’entreprise. 

2026 : Ouverture d’un showroom au 36, rue Sedaine, 75011 Paris.

Article paru dans le numéro 188 de RD – Résidences Décoration.

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