Depuis sept générations, les femmes, descendantes du créateur Robert Bergeal, se succèdent et font évoluer l’affaire familiale, labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
Retrouver ses racines, le sens de la vie
« Reprendre la maison, il n’en était pas question. Un sacré métier, le travail de l’argile, un métier manuel, artisanal, de passion, mais aussi de labeur obligeant à se lever la nuit, par exemple, pour alimenter les fours à charbon, à ne jamais prendre un jour de congé. Je rêvais d’écrire, d’être policier, orfèvre, pas potière. Mon école de commerce, marketing et communication terminée, j’ai quitté Albi pour différents postes dans la cosmétique notamment, vite rattrapée par le mal du pays, avec la sourde impression de gâcher ma vie, de trahir mes ancêtres », explique Lore, diminutif d’Éléonore. C’est ainsi qu’en 1997, Lore rentre au bercail, pour développer ses propres créations, plus contemporaines, jouant sur le côté bimatière, les superpositions, le satiné, le brut, l’émail. Avec l’assentiment de sa maman Élisabeth, elle imagine sa propre collection « Clair de Terre ». « En 2015, quand mes parents se retirent, que ma grand-mère Marthe décède – elle aussi pendant un temps à la tête de La Poterie – j’ai fusionné les deux entités, ajouté un « s » à « Poterie », tout en restant entre les murs où mes aïeux avaient commencé leur activité. Ma fille vient, elle, à 25 ans, de retaper leur demeure et de s’y installer, plus de cent ans après. »

Grandir, évoluer, en gardant sa personnalité
Depuis, avec son équipe de 26 personnes, tourneurs, émailleurs, enfourneurs, Lore présente des gammes séduisant à la fois des architectes-décorateurs et des particuliers. Toucher les objets pour les comprendre, faire travailler ensemble des personnes de douze nationalités, c’est son aventure, une aventure humaine. Désormais, grâce à Lore et ses équipes, Les Poteries d’Albi séduisent au salon Maison&Objet. En novembre dernier, son entreprise a été sélectionnée pour la 5e édition de la Grande Exposition du Fabriqué en France, au palais de l’Élysée, et, en mars, retenue pour participer au salon Global Industrie de Villepinte sur l’industrie du futur.
« Les matières, le bois, le verre m’inspirent au même titre que la nature, la lumière. Alors, je marche pour me nourrir de beauté. Prochaines étapes : travailler main dans la main avec des architectes, des décorateurs, pour concevoir des produits sur mesure, exclusifs, ouvrir un centre de formation, afin de valoriser notre métier et attirer des talents, et un musée pour raconter comment, à l’ombre de la cathédrale, du musée Toulouse-Lautrec, les potiers, une vingtaine dans les années 1900, ont participé au rayonnement d’Albi. Sa richesse. »


Repères
1868 : Création à Albi de la briqueterie tuilerie Bergeal.
1950 : Marthe et Henry Bergeal transforment l’activité en poterie haut de gamme.
1970 : L’entreprise, dirigée par leur fille Élisabeth Camillo et son mari, devient « Poterie d’Albi ».
1997 : Lore Camillo (6e génération) crée en parallèle « Clair de Terre ».
2013 : La Poterie d’Albi est labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) pour son savoir-faire ancestral.
2015 : Lore reprend l’entreprise et fusionne les deux entités sous le nom « Les Poteries d’Albi ».
2023 : Aimie, fille de Lore (7e génération), rejoint sa maman.
Article paru dans le numéro 187 de RD – Résidences Décoration.


