Loin du cliché de la grèce touristique avec son architecture bleue et blanche, l’adoption du style industriel à Athènes est de plus en plus tendance. Cette ancienne usine transformée en habitation chic surfe sur cette nouvelle mode. Avec une vraie originalité : un esprit japonisant aussi plaisant qu’inattendu dans la cité antique.

Par Claire Bossu-Rousseau – Photos Ionna Roufopoulou

 

Un peu partout dans le monde, les lofts ont originellement été créés dans des entrepôts situés dans des zones industrielles abandonnées. Ils furent d’abord convertis par des artistes heureux de jouir d’une lumière entrant à flots par de grandes fenêtres, et de bénéficier de beaux volumes pour exprimer leur art sur d’immenses toiles ou des sculptures sans véritable con – trainte spatiale. La plupart de ces lieux ayant gardé leurs murs en briques crues et autres poutres en bois, leur cachet reste intact aujourd’hui, et leurs nouveaux habitants se sont embourgeoisés.

A mi-chemin entre les deux styles de vie, Nikos Patiris, designer et distributeur de matériaux de qualité pour architectes, cherchait au coeur d’Athènes, un site qui puisse superposer vie publique et vie privée. Il lui fallait notamment abriter un showroom, deux bureaux et un appartement confortable. Grâce à Aaron Ritenour et Sotiris Malla, fondateurs du studio Ese Architects, il a enfin trouvé son bonheur dans ce grand espace facilement transformable à sa guise. L’aile dédiée à l’entreprise est délimitée par une vitre en verre sablé et une paroi en acier. Les tables de la salle à manger et de la cuisine sont utilisées comme tables de conférence et de pause déjeuner pour les collaborateurs.

Séparés par une suite de colonnes de béton, chambre et salon se partagent le reste du loft où le soir venu la sphère intime reprend ses droits. Initialement l’endroit servait exclusivement à stocker les produits du magasin Patiris situé juste en dessous et la chambre actuelle abritait le bureau du comptable ! Tout a été repris de zéro et entièrement recréé en collaboration avec le propriétaire notamment avec des matériaux que celui-ci a rapportés d’Italie comme ces nouveaux carreaux de céramique aux très grandes tailles et aux nombreuses couleurs et textures différentes qui ne nécessitent pas beaucoup d’entretien.

Il a été rajouté un bassin pour poissons et une terrasse sur laquelle donne une rangée de fenêtres protégée du soleil par des panneaux en bois japonais et papier de riz translucide (Shoji). Si le loft a gardé sa tonalité industrielle d’origine avec des plafonds en béton, du bois brut non peint, et des séparations en acier, un esprit asiatique vient ainsi adoucir l’espace habillé par ailleurs de multiples créations signées Patricia Urquiola. Dans le même esprit, le loft est élégamment décoré dans des tons neutres et monochromatiques. La nature joue ici également un rôle important. Les architectes ont créé une série de mini-jardins transportables dont certains poussant en quelque sorte verticalement le long des murs dans des gaines de laine rapportées de Californie !

L’espoir des protagonistes est que dans un avenir proche tout le monde se mette à cultiver ses propres légumes et fines herbes sur son balcon. Si l’espace nécessaire fait souvent défaut en ville, cette méthode peut être qualifiée de révolutionnaire ! Révérence messieurs, Ese signe effectivement une très belle réalisation, toujours aussi inspirée et créative.