Personnalité incontournable de la capitale belge, Charles Kaisin est une boule de création à l’état pur. A la fois directeur artistique, scénographe, concepteur d’événements, architecte, designer, etc. Rencontre dans sa maison d’Ixelles où se côtoient travail personnel et oeuvres d’art contemporain.

Par Yves Mirande

20 heures précises ! Telle était l’heure à laquelle il fallait être présent chez Charles. Plusieurs fois dans la journée, le pétillant Kaisin avait envoyé des textos pour être bien certain que cette info avait été intégrée. La période est chargée, c’est l’ouverture de la Brussels art fair. Nous sommes le 25 avril dernier. Nous nous présentons donc à l’heure dite. Une nuée de jeunes hommes avenants se précipitent vers les portières des taxis en nous accueillant par un « Bienvenue au dîner surréaliste », nous invitant à entrer. Tous les ans, un événement surréaliste Dès l’entrée dans la magnifique et sereine maison située à Ixelles, un choc esthétique nous fait aimer l’endroit. Parquet blond en point de Hongrie, murs blancs, large chambranle de porte à petit carreau et porte vitrée donnant sur un petit jardin, oeuvres d’art non convenues (Georges Rousse), un exemplaire de la « Hairy chair » (faite avec des lamelles de pages de magazines). Plus loin, une table longue réalisée pour un autre dîner et traversée de part en part par des branches faisant office de piètement et s’élançant vers le plafond. Charles Kaisin est généreux.

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La célèbre Tree table (10 mètres), réalisée en hêtre et chêne et conçue par Charles Kaisin pour le dîner surréaliste d’il y a trois ans : quarante perruches en liberté y volaient d’arbre en arbre. Les chaises qui entourent la table sont du designer suédois Sven Markelius. Le buffet en bois de rose de Jules Wabbles.

Chaque année à pareille date, il donne un dîner surréaliste qui reste à jamais gravé dans la mémoire des « happy fews » invités. Au programme de celui-ci, une table pour quarante-six convives, des poules anglaises en liberté dans une salle à manger jonchée de paille, une cantatrice dont la traîne du kimono n’est autre que la nappe blanche – qui s’escamote à son départ laissant apparaître une autre nappe, noire celle-la, une voluptueuse effeuilleuse blonde à la Marilyn, corsetée léopard cherchant son amant : un petit cochon de lait, etc. L’âme d’un compagnon du devoir Un dîner qui illustre toutes les facettes du talent de Kaisin. Tout à la fois scénographe, directeur artistique, designer, concepteur d’événements, choisisseur de denrées rares. « J’adore utiliser les cinq sens et faire voyager les amis et les gens », commente-t-il. Qui poursuit :

Enfant, vers 7 ans, je me rappelle avoir vu en ville une personne avec une démarche dégingandée. J’ai imaginé alors qu’elle avait des crayons sous les pieds et que son handicap lui permettait de dessiner de très belles choses au sol. J’essaie de façon instinctive de voir la beauté en tout.

 

Petit aussi, il adorait bricoler et construire des cabanes dans les arbres. Pas étonnant qu’il ait fait archi à l’Institut St Luc en Belgique (92-96). « Des études qui structurent l’esprit », précise-t-il. Mais la grande force de Kaisin est d’avoir l’âme d’un compagnon du devoir. Après des débuts chez Nouvel, il part en stage chez le sculpteur Tony Cragg. Un an à Londres à la St Martins, puis il se pose au Royal College of Art avec Ron Arad comme directeur de l’atelier design. Ensuite, direction Kyoto au Japon, à l’Université d’origami et pliage :

 J’étais fasciné par le fait qu’il n’y ait aucune limite et qu’on pouvait même les faire disparaître pour faire se côtoyer des disciplines différentes : piano, fabrication de ceinture de kimono, section sculpture, etc.

Il emmagasine ainsi des techniques, savoir-faire et expériences fabuleuses. Humble, il nous avoue ne « maîtriser son art que depuis quatre ans », alors qu’il travaille aujourd’hui pour les plus grands. Des clients qui recherchent la rareté et l’excellence. En septembre prochain, ouvrira, à Hong Kong, la boutique de St Louis qu’il a entièrement refaite.

A Hong Kong, toujours, il finalise une salle de musique et un home cinéma au PQM, le nou veau centre de design. Enfin il termine un boutique hôtel de 14 suites sur 3000 m2 à Marrakech. Professeur à l’institut St Luc à Bruxelles, il ne cesse de vanter à ses étudiants, les mérites de l’accumulation des expériences à travers les voyages de formation. Retour aux fondamentaux !