Jun Igarashi donne à voir une architecture intriguante, un ovni obscur à l’extérieur, lumineux à l’intérieur, qui détonne dans le paysage résidentiel japonais.

Par Claire Bossu-Rousseau – Photos Iwan Baan

 

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Difficile depuis la rue d’imaginer que cette maison abrite une vraie vie de famille. Conçue pour un jeune couple, c’est une succession énigmatique de boîtes en acier noir juxtaposées de manière, a priori, aléatoire. Le bâtiment, posé sur l’île d’Hokkaido (la plus septentrionale des quatre îles principales du Japon), n’est en effet pas facile à comprendre au premier coup d’oeil. Avec seulement quelques fenêtres qui semblent avoir été percées au hasard, et sans porte d’entrée apparente, la confusion règne au premier abord !

Il y a cependant une bonne raison à cela, comme l’indique Takano Kenta du studio d’architecture Jun Igarashi.

Au départ, nous avions imaginé le bâtiment orthogonalement, mais il y avait trop de couloirs à notre goût et l’éclairage n’était pas suffisant non plus, il a fallu tout repenser. Finalement, nous avons dessiné un nouvel ensemble de pièces reliées les unes aux autres via des cubes contigus.

La maison se situe dans la continuité du style architectural minimaliste et sophistiqué que Jun Igarashi développe depuis 1997. Elle présente un faux air de bâtiment industriel mais avec un côté chic et original. « Nous sommes spécialisés dans les maisons de particulier de plain-pied avec des superficies au sol plus grandes que celles que l’on trouve habituellement dans les habitations traditionnelles japonaises », explique Takano. Il y a ainsi un corps central avec 10 mètres de hauteur sous plafond, volume qui diminue au fur et à mesure que l’on s’en éloigne. Sous certains angles, la maison paraît symétrique, sous d’autres c’est beaucoup moins évident !

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Ce home sweet home de 1200 m² est étonnamment spacieux pour le Japon. Ce n’est pas sa seule étrangeté. Des cadres géométriques de taille variée et disposés à différentes hauteurs font office de fenêtres. Les séparations traditionnelles sont inexistantes : ni portes ni couloirs !

Afin afin d’obtenir les meilleures orientation et circulation possibles, la construction obéit à un schéma tentaculaire composé de boîtes multiples imbriquées les unes aux autres, au format et à l’exposition variés. Utiliser les subtilités de la nature Seule la cuisine donne sur le jardin arboré afin d’être en relation étroite avec la nature. La salle à manger et le salon avec sa grande fenêtre orientée sud pour gagner en lumière naturelle, lui emboîtent le pas. L’éclatante blancheur qui règne au coeur de la maison n’est pas un hasard non plus.

Comme elle se situe à un endroit très passant, raconte Takano, les clients craignaient pour leur intimité.

Le cadrage des vues, l’emplacement des ouvertures et des pièces ellesmêmes en tiennent compte. Pour compenser, la luminosité intérieure est magnifiée par ces immenses murs peints en blanc.

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Par ailleurs, les recoins créés entre les blocs d’habitation servent à modérer la rudesse du climat en hiver. Les températures peuvent descendre jusqu’à – 15 °C et les tempêtes de neige venues de Sibérie ne sont pas rares. La différence de température entre la façade qui fait face au soleil et celle qui est placée côté ombre crée une ventilation en été. Cette adaptation est semblable à celle de certains végétaux qui s’organisent pour limiter les pertes d’eau ou les effets du froid en développant des particularités morphologiques et physiologiques. Comme le disait Antonio Gaudi, « l’architecte du futur construira en imitant la nature, parce que c’est la méthode la plus rationnelle, la plus durable et la plus économique ».