Le mélange des disciplines

Inaugurée en 2010, la galerie Maria Wettergren fait déjà partie des grands incontournables. Zoom sur sa fondatrice, une danoise qui a le don de susciter l’étonnement en mélangeant les disciplines. Interview par Virginie Seguin

Fauteuil « Slice Chair » de Mathias Bengtsson, en lamelles d’érable. Edition limitée à 20 pièces.

Fauteuil « Slice Chair » de Mathias Bengtsson, en lamelles d’érable. Edition limitée à 20 pièces.

Bois et aimants dans l’oeuvre « Measuring Space #6 » de Eske Rex, en chêne, érable, aimants, fil (20 x 13 cm). Une pièce unique.

Bois et aimants dans l’oeuvre « Measuring Space #6 » de Eske Rex, en chêne, érable, aimants, fil (20 x 13 cm). Une pièce unique.

Grâce à un programme informatique inventé par le designer suédois Mathias Bengtsson, la structure de « Growth Chair » en bronze massif, a été développée de la même manière que poussent les lianes. Une technique high-tech combinée au savoir-faire traditionnel de la cire perdue, où le bronze est coulé dans le moule.

Grâce à un programme informatique inventé par le designer suédois Mathias Bengtsson, la structure de « Growth Chair » en bronze massif, a été développée de la même manière que poussent les lianes. Une technique high-tech combinée au savoir-faire traditionnel de la cire perdue, où le bronze est coulé dans le moule.

Votre parcours ?

J’ai grandi au Danemark, au bord de grandes plages sur la presqu’île de Jutland, au nord de l’Allemagne, jusqu’à mes dix-huit ans. Des amis de mon père artiste peintre, installés à Paris, cherchaient une jeune fille au pair. J’ai accepté et suis restée un an ici avant d’aller à Copenhague pour mes études d’histoire de l’art. De retour en France, j’ai été l’assistante pendant deux ans de Cyrille Putman qui ouvrait alors son agence avec Fabrice Hyber. Lors d’un séjour au Danemark, le fondateur de la galerie Dansk Moebelkunst, qui souhaitait ouvrir un espace à Paris, m’a demandé de prendre la direction de cette nouvelle adresse. J’avais vingt-huit ans, j’ai dit oui.

Ensuite vous ouvrez votre galerie ?

Oui, parce qu’à chaque fois que je retournais dans mon pays, durant mes huit ans de direction de la galerie Dansk Moebelkunst, je suivais de près la scène émergente de Copenhague. Et j’avais de plus en plus envie de la faire découvrir hors frontières. C’est en 2010, que j’ai franchi le pas en ouvrant un espace rue Guénégaud où je suis toujours. Paris possède une grande tradition des arts décoratifs, le mobilier a toujours été traité par les Français comme un objet de collection. Le milieu favorable, les collectionneurs ouverts à de nouvelles propositions et le quartier de Saint-Germain-des-Prés où j’avais déjà mes habitudes, tout convergeait ! J’ai rédigé une « wish list » avec les dix artistes avec qui je souhaitais travailler. Je leur ai écrit et ils ont accepté de me recevoir dans leur atelier.

Ce qui a donné en termes de choix artistiques ?

Tout naturellement, au moins pour commencer, la jeune garde du design artistique nordique. Ma première exposition présentait des pièces réalisées par huit créateurs entre 1997 et 2010. Je voulais montrer que le mobilier danois ne se résume pas à Arne Jacobsen (même si je l’admire toujours) ! Aujourd’hui, j’élargis mon champ d’investigation. Ce ne sont ni la nationalité, ni les catégories, qui comptent. En fait, j’aime l’interdisciplinarité, dans un esprit Bauhaus. Je cherche à faire dialoguer l’architecture et l’art, l’artisanat et le design. Je travaille maintenant avec un architecte japonais Keiji Ashizawa et le Suisse Helmut Eigenmann dont l’oeuvre est basée sur l’eau.

Chaise-longue « Slow Relief » de Louise Campbell en aluminium, fils de laine et de coton. Edition limitée à 8 exemplaires.

Chaise-longue « Slow Relief » de Louise Campbell en aluminium, fils de laine et de coton. Edition limitée à 8 exemplaires.

Aujourd’hui qu’est-ce qui vous stimule ?

La beauté immédiate et poétique, celle qui se suffit à elle même. Même si bien sûr le conceptuel reste important.

J’aime susciter la surprise, l’étonnement avec des oeuvres difficiles à catégoriser. Dans ma dernière exposition « Eclat », par exemple, un architecte designer finlandais, Ilkka Suppanen, proposait sept sculptures et installations en verre, uniques et, comme on me l’a souvent dit, « magiques ». Dévoiler de nouvelles directions dans la conception des formes sans négliger high-tech et savoir-faire traditionnels en les mixant, c’est quelque chose de particulièrement stimulant.

Quelques exemples concrets ?

Parmi les artistes que je représente, je pense notamment à Mathias Bengtsson et Astrid Krogh. Les oeuvres organiques de Mathias Bengtsson ne se contentent pas d’imiter les formes naturelles. Elles sont basées sur le principe même de l’évolution naturelle. Par exemple, pour créer la « Cellular Chair », il a inventé un programme informatique basé sur la manière dont les cellules osseuses se constituent et évoluent. Réalisé en impression 3D, le fauteuil en résine a ensuite été recouvert d’argent. Quant à la Danoise Astrid Krogh, elle navigue entre technologie, design textile et art. Pour ses tapisseries et ses installations murales, elle tisse des fibres optiques, en traitant la lumière comme un matériau à part entière avec un mariage harmonieux des couleurs. Enfin je m’intéresse aussi à la photographie expérimentale avec Rodolphe Proverbio et Etienne Bertrand Weill qui auront une exposition monographique en novembre 2014.

Vous figurez dans le classement annuel 2013 « Power 100 » des cent personnalités du monde de l’art. Une consécration ?

Le mot est bien fort ! C’est vrai que d’avoir été sélectionnée par le Magazine Art + Auction me fait vraiment très plaisir. C’est la reconnaissance d’un travail de plusieurs années, à Paris dans ma galerie, lors des Designer’s Days en investissant le musée Eugène Delacroix, dans le Off de la FIAC mais aussi à l’international quand je participe à chaque édition à Design Miami Basel, ou au Pavillon des Arts et du Design de Londres où j’ai reçu en 2012 le « Prix du Stand ». J’ai la chance aussi d’avoir des pièces acquises par le MoMA de New York, le Centre Georges Pompidou à Paris ou encore le Cooper-Hewitt Museum à New York.

Tapisserie de fibres optiques tissées « Lightmail » par Astrid Krogh (150 x 800 cm). Pièce unique faite pour l’exposition au musée Trapholt au Danemark.

Tapisserie de fibres optiques tissées « Lightmail » par Astrid Krogh (150 x 800 cm). Pièce unique faite pour l’exposition au musée Trapholt au Danemark.

INFOS

Galerie Maria Wettergren

18 rue Guénégaud, Paris-6

Tel: 01 43 29 19 60

www.mariawettergren.com





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