Internationalement reconnu comme le spécialiste du mobilier d’architecte, François Laffanour met en avant depuis des décennies les talents, de Charlotte Perriand à Ron Arad en passant par Ettore Sottsass, Gaetano Pesce et Jean Prouvé à qui il consacre une exposition exceptionnelle. Interview par Virginie Seguin

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François Laffanour, fondateur de la galerie Downtown.

Résidences décoration : Quel est votre parcours pour être aujourd’hui à la tête de deux galeries rue de Seine, véritables références dans le milieu du design ?

François Laffanour : Après des études d’Histoire à La Sorbonne, j’ai eu l’opportunité d’avoir en 1976 un stand aux puces de Clignancourt. N’ayant pas les moyens d’acheter de l’Art Déco, très coté dans les années 70, je chinais chez Emmaüs et les ferrailleurs. J’ai acheté une chaise de Jean Prouvé sans savoir qui c’était. Au fil de mes recherches, l’historien a pris le dessus, je n’étais plus l’antiquaire d’objets de charme, je me spécialisais en mobilier d’architecte des années 50. En 1980, j’ai ouvert un petit espace rue de Provence, et deux ans plus tard le 33 rue de Seine où j’étais un des premiers galeristes avec Vallois, arrivé un an avant. C’est en septembre 2008, que j’ai inauguré une seconde adresse, le 18 juste en face de la première galerie Downtown.

RD : Comment expliquez-vous l’engouement croissant pour le mobilier d’architecte des années 50 ?

F.L. : Rappelez-vous, lorsque la Maison de la Tunisie entièrement meublée par Charlotte Perriand dans les années 50 a décidé de changer de mobilier, personne n’était intéressé. Vous pouviez acheter une chaise pour quinze francs ! « Il y a eu en une décennie un renouvellement de la clientèle des collectionneurs de mobilier. Sou­vent déjà amateurs de tableaux contemporains, ils sont habitués à des tarifs élevés, particulièrement aux Etats-Unis. Les meubles de Jean Prouvé ou de Perriand savent s’effacer devant les œuvres contemporaines. Sobriété, netteté : ils ont été conçus sans volonté décorative. Les livres et expositions consacrés à Jean Prou­vé, Le Corbusier ou Pierre Jeanneret ont joué leur rôle en soulignant la spécificité du mobilier d’architecte qui com­prend en lui-même tout un processus qui intègre un concept global de vie, contrairement au mobilier de décorateur qui se soucie d’abord de l’esthétisme. Pour meubler l’intégralité de la Maison de la Tunisie et celle de la Maison du Mexique de la Cité Universitaire Internationale de Paris, Charlotte Perriand s’inscrit dans une volonté de faire du beau, simple, accessible à toutes les bourses mais qui tient compte de la modernité et de l’industrie. Quand vous regardez ses bibliothèques, la tôle en U n’est pas pliée de cette façon uniquement pour son côté esthétique, travaillée ainsi elle est plus résistante.

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Ferronnier d’art, fabricant de meuble, forgeron, constructeur, architecte designer, Jean Prouvé,
né en 1901 et disparu en 1984, laisse une œuvre importante dont, entre autres, ces table et chaises.

RD : 128.176 € en 2009 pour la bibliothèque Type plots de Charlotte Perriand, 1.830.400 € pour la Structure Nomade de Jean Prouvé et 471.400 € en 2011 pour son Fauteuil Grand repos, lors de ven­tes aux enchères chez Artcurial, ça peut enco­re grimper ?

F.L. : Une de ses architectures a même atteint les 5 millions de $. La demande est forte pour les pièces haut de gamme parce qu’elles se raréfient. Elles témoignent d’une époque dans l’histoire du design. Regardez la table éclairante signée Perriand et Prouvé. On y retrou­ve tout le travail de Prouvé sur la tôle pliée et toute la simplicité de Perriand et de ses grands plateaux de bois. Ce n’est pas une table de salle à manger classique, c’est aussi un bureau. Cela fait tren­te ans que je fais des recherches sur Prouvé et j’ai encore beaucoup à découvrir sur sa façon de travailler. Plus vous allez dans le détail, plus vous comprenez comment s’articulent ses réfle­xions, comme avec un tableau que vous possédez et observez au quotidien. Jean Prouvé a opéré un croisement entre les technologies les plus pointues, issues de l’automobile et aéronautique, et un fonctionnement quasi artisanal. Il représente une synthèse majeure du XXe siècle.

RD : Vous organisez, du 24 octobre au 5 janvier 2014, une exposition sur Jean Prouvé, en quoi est-elle exceptionnelle ?

F.L. : Je présente moins de dix pièces dont une que personne n’a jamais vue, la table dessinée par Pierre Jeanneret pour Jean Prouvé. Il y a aussi une table « Trapèze », un bureau « Présidence », une potence, un brise-soleil et deux beaux fauteuils. Des exemples célèbres qu’on ne trouve plus sur le marché, certaines m’appartiennent depuis vingt ans, d’autres ont été acquises depuis peu.

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Bureau « Présidence » de Jean Prouvé.

RD : A quelles foires internationales participe la galerie Downtown ?

F.L. : Art Basel à Bâle en juin, le PAD à Londres en octobre, Design Miami tout début décembre, La Biennale des Antiquaires à Paris, The Salon à New York et la Tefaf de Maastricht en mars depuis sept ans, épo­que à laquelle j’étais le premier galeriste de mobilier avec Philippe Denis. Nous sommes aujourd’hui une petite dizaine à vendre du mobilier du XXe siècle, c’est important d’occuper le terrain pour développer ce secteur, il y a encore tant à explorer.

Paris : 18 rue de Seine
(01 46 33 82 41)
www.galeriedowntown.com

Photo: Au premier plan de ce stand mis en scène sur une des nombreuses foires internationales auxquelles participe François Laffanour, la table « Trapèze » en tôle d’acier pliée laquée noire a été conçue pour aménager la Cité Universitaire d’Antony.





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