Avec talent et beaucoup d’esprit, l’architecte d’intérieur damien langlois-meurinne a transformé un espace ingrat et incongru en un appartement élégant pour lui et sa famille. Par Ian Phillips – Photos Stephan Julliard

Une pièce dans la pièce : entre les fenêtres du salon se trouve une photo d’Anne-Claire Budin. Sur le banc en ébène de Macassar acheté chez Thierry Gerber (www.thierrygerber.com) sont posés un perroquet blanc en céramique de chez Pols Potten (www.polspotten.nl) et des bougeoirs en sel de Siwa en Egypte.

L’architecte d’intérieur Damien Langlois-Meurinne adore les défis… « J’aime partir du lieu le plus biscornu et déglingué possible », explique- t-il. « C’est toujours plus excitant de valoriser un tel endroit et de lui trouver ses qualités. » Son appartement de 105 mètres carrés à Neuilly-sur-Seine en est l’exemple parfait. La première fois qu’il l’a visité, il fut frappé par sa disposition particulièrement étrange et incongrue, en particulier le fait qu’il fallait traverser une chambre pour accéder à l’au tre. Le jardin n’était guère plus séduisant. Laissé à l’abandon, il abritait une treille en aluminium complètement tordue et défoncée. Ce n’est que lorsqu’il a commencé à étudier le plan au sol que Damien s’est vite rendu compte du potentiel de l’endroit. Il a compris qu’il était possible de transformer l’ancienne cuisine sans fenêtre en une salle de bains luxueuse et de créer une grande cuisine-salle à manger à la place de la fameuse cham bre « de passage ». Aujourd’hui, ce nouvel espace de vie est le véritable coeur de l’appartement. D’un côté se trouve la suite parentale, de l’autre les chambres de ses deux filles. Pour Zoé (4 ans), la cuisine sert également de salle de jeux, tandis que sa grande soeur Aure (8 ans) aime s’y installer pour dessiner. « Elle me demande de lui apprendre à tracer des meubles », note son père, avec fierté.

Le mur de placards sert également à cacher les tuyaux de la cheminée. Sur le tapis du fabricant italien I + I (www.i-and-i.it) se dresse la table en forme de tronc d’arbre, « By The Trees », dessinée par Damien pour Sé (www.se-london.com).

CRÉATEUR DE MOBILIER ET D’ESPACES DE HAUTE FACTURE, DAMIEN LANGLOIS-MEURINNE AIME BROUILLER LES PISTES ET INSTALLER DANS DES VOLUMES STRICTS DES MEUBLES AUX FORMES LIBRES.

A 41 ans, Damien est l’un des designers parisiens les plus en vue. Après avoir fait ses armes chez Christian Liaigre, il a fondé sa propre société, Agence D.L.M., en 2003. Depuis, il a décoré de nombreux projets résidentiels et a dessiné des collections de mobilier pour Zimmer + Rohde, Sé et Pouenat. Il propose également sa propre ligne dans son showroom du Marais. Parmi ses clients, on compte la décoratrice new-yorkaise Muriel Brandolini, Alain Prost et Alber Elbaz.

Lorsque Damien et sa femme Alexa se sont mis à la recherche de l’appartement, leur critère premier était qu’il soit doté d’une terrasse ou un jardin pour profiter « d’une pièce supplémentaire à l’extérieur ». Contrairement à beaucoup, il aime aussi habiter au rez-de-chaussée. « Cela donne un côté maison », explique-t-il. « On ne monte pas les étages et on oublie les voisins. » Lors de travaux, il a été confronté à un certain nombre de contraintes. Le conduit de cheminée dans le salon, par exemple, est situé dans un coin de la pièce… ce qui n’a pas facilité la tâche pour centrer le foyer. Sa solution a été de masquer tous les tuyaux derrière un mur de placards. Recouverts de noyer américain, ils sont ponctués d’une série de niches peintes dans sa couleur préférée : le bleu, une attirance qu’il attribue à ses liens très particuliers avec la Méditerranée. Depuis l’âge de quatre ans, il a passé tous ses étés dans les Cyclades. « Lorsque j’étais enfant, on allait beaucoup à Kimolos », raconte-t-il. « A l’époque, le tourisme démarrait juste. On dormait sur la plage à la belle étoile. C’était extraordinaire ! »


La nature en général reste sa plus grande source d’inspiration. Les portes de placard de sa chambre sont recouvertes d’un papier peint avec un motif d’arbres et, partout ailleurs, on retrouve des papillons et des coquillages sous verre, des tirelires en forme d’oiseaux et de nombreuses sculptures anima les. Parmi elles, une créature noire non-identifiée sur la terrasse. « On ne sait pas exactement ce que c’est », admet-il. « C’est un grand mystère. Mais, je trouve que c’est assez vivant d’apporter cette présence animale. Il y a une espèce de dialogue qui se crée… » Alors que ses espaces architecturaux sont ordonnés et linéaires, ses créations mobilières ont tendance à incorporer des courbes et des formes plus libres. « Je cherche toujours une sorte de légèreté, de fluidité, de sensualité », explique-t-il.

Elles sont toujours baptisées d’après des titres de chansons. La bergère dans le salon s’appelle « Happiness » d’après le single de Goldfrapp. Il y a aussi le lustre « Last Night » dans la cuisine, tandis que les formes rondes de la table basse « To Turn You On » ont été choisies pour éviter à Aure et Zoé de se cogner la tête contre des angles tranchants. Il n’est pas étonnant d’apprendre que Damien a pris la plupart des décisions en termes de décoration. Après tout, c’est son métier. Néanmoins, Alexa avait systématiquement un droit de veto, ainsi que quelques demandes très précises. Elle insistait pour avoir le petit canapé dans la cuisine et a également choisi l’objet le plus frappant dans la chambre : le portrait de la comtesse Regnault de Saint-Jean d’Angély, une dame qui a sa propre place dans l’histoire de la décoration. Au début du XIXe siècle, elle a contribué à lancer l’engouement pour les intérieurs néo-gothiques !

« JE SUIS TRÈS FIER D’AVOIR CRÉÉ CETTE GRANDE CUISINE-SALLE À MANGER EN LIEU ET PLACE DE LA CHAMBRE DE PASSAGE. C’EST AUJOURD’HUI LE VÉRITABLE COEUR DE L’APPARTEMENT. »





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