A Paris, poussez la porte du 47 rue de Babylone pour découvrir sa nouvelle collection de mobilier. Pas d’effet de mode chez Christophe Delcourt connu pour son sens de la matière qu’il révèle au mieux en exploitant le savoir-faire idoine pour sublimer les essences de bois, la souplesse du métal ou encore la douceur d’un textile. Par Virginie Seguin

Nommé créateur de  l’année en 1999 au salon Maison&Objet, Christophe Delcourt, autodidacte, souhaite investir pour la première fois le salon du meuble de Milan pour y présenter une nouvelle collection « d’objets de nécessité transversaux ».  A savoir des accessoires plurifonctionnels dont certains développés avec d’autres designers afin d’étoffer sa maison d’édition.

Nommé créateur de l’année en 1999 au salon Maison&Objet, Christophe Delcourt, autodidacte, souhaite investir pour la première fois le salon du meuble de Milan pour y présenter une nouvelle collection « d’objets de nécessité transversaux ».A savoir des accessoires plurifonctionnels dont certains développés avec d’autres designers afin d’étoffer sa maison d’édition.

Dans une cour pavée du septième arrondissement, une longue façade vitrée façon atelier d’artiste laisse voir un intérieur où sobriété rime avec confort. « Nous avons composé une ambiance globale, mais j’aime que mes clients créent leur propre assemblage, qu’ils expriment leur univers », précise le maître des lieux. Posée sur une longue table, une imposante coupe blanche du céramiste Daniel Fisher dévoile sa translucidité grâce à la lumière d’une suspension dotée d’abat-jour en aluminium laqué blanc. Près de la bibliothèque, ce sont les céramiques de Christiane Perrochon et Isabelle Roux qui sont mises à l’honneur avec un grand bouquet de feuillages arrangé par Christophe Delcourt lui-même. Un talent caché hérité de son papa fleuriste en banlieue parisienne. En observant les ouvrages soigneusement rangés sur le étagères de la bibliothèque dessinée sur mesure, parmi Shigeru Ban, Isamu Noguchi, Richard Long, ou encore Yabu Pushelberg, figurent également Atelier van Lieshout et John Pawson, deux personnages aux profils radicalement opposés.

« Ils ont tous les deux défendus des positions novatrices qu’ils ont tenu sur la durée, explique Christophe Delcourt. Pawson, maître de l’architecture minimaliste, a réinventé la façon d’habiter, de se positionner dans l’espace. Tout est caché derrière une apparente simplicité. Chez Joep van Lieshout, j’aime l’audace, la liberté, ce sont tous les deux des faiseurs qui travaillent avec et sur la matière. »

Comme lui. Chêne fumé, pin sablé, noyer verni, cuir ou terre cuite émaillée, l’homme s’appuie la plupart du temps sur la matière pour dessiner.

« J’aime aussi le métal qui retranscrit le trait de crayon. Je ne fais pas cinquante croquis, quand je prends le crayon c’est presque abouti, ça a mûri dans ma tête. Ensuite, l’outil informatique confronte mon intention. Les formes et les couleurs influent à soixante pour cent un dessin. Un même cana­pé peut apparaître différent selon son revêtement. »

Devant le canapé « Ace » en cuir, desserte « Léo » au piètement en chêne  massif surmonté d’un plateau en noyer massif naturel brossé ou laqué brillant.

Devant le canapé « Ace » en cuir, desserte « Léo » au piètement en chêne massif surmonté d’un plateau en noyer massif naturel brossé ou laqué brillant.

Penchez-vous sur les tables « Ato » et vous saisirez aussitôt l’esprit Delcourt ! Leur plateau en marbre striato offre des veines noires étirées dans la longueur engendrant ainsi un vrai rythme avec le fin piètement en acier laqué noir qui les enserre. Les fines baguettes verticales marquent une opposition visuelle qui donne toute sa force au meuble.

« Le dessin c’est comme la cuisine, il ne suffit pas de piocher dans des matières premières, précise le designer. La réussite tient au bon dosage, au juste assemblage. »

Christophe Delcourt excelle dans l’art du mariage. Laiton patiné et cuir pour la console « Sen », laiton brossé et chêne pour la table « Jin », et pour sa toute nouvelle collection un savant assemblage de bois mas­sifs pour les modèles baptisés « Uci ». Buffet et tables affichent une bichromie graphique grâce à une alternance de noyer, bois foncé, et de frêne huilé, presque blanc.

« On a un catalogue important de deux cent cinquante modèles dont certains ont une quinzaine d’années », précise le créateur.

Preu­ve en est que Christophe Delcourt œuvre comme un architecte de notre patrimoine familial ! Est-il besoin de préciser que tout est fabriqué en France ?

« Auparavant, je faisais appel à des artisans, mais depuis un an, j’ai mon propre atelier d’ébénisterie à Angers. Les cinq personnes qui y travaillent ont moins de trente ans. Cette nouvelle génération comprend comment fabriquer un meuble avec les technologies d’aujourd’hui. Elle maîtrise le savoir-faire du début à la fin. Ces jeunes sont capables de gérer tous les postes, de la conception avec les logiciels informatiques au vernis en passant par l’assemblage et toutes les finitions nécessaires. »

Fauteuil « Dje » en  lin et coton, piètement  en acier laqué brun.

Fauteuil « Dje » en >lin et coton, piètement en acier laqué brun.

Derrière le nom Christophe Delcourt se déroulent trois activités. Depuis 1995, sa maison d’édition éponyme fabrique et distribue ses créations via quinze points de vente dans le monde. Avec Guillaume Terver, son associé depuis 2008, année où ils travaillent ensemble sur le flagship store de la maison Bompard sur les Champs-Elysées, Christophe réalise des projets d’architecture d’intérieur à l’instar du Citizen hôtel du canal Saint-Martin, et dernièrement le restaurant Chez Marcel dans le sixième arrondissement de Paris, sans oublier les boutiques Paul & Joe pour 2014 sur le même modèle que le corner déjà en place aux Galeries Lafayette. Enfin, armé de son fameux crayon, Christophe Delcourt prête son talent à des mar­ques telles que Roche Bobois, HC 28 fort de ses laques chinoises, ou encore Ethnicraft. Pour découvrir ce qu’il a imaginé pour ce fabricant belge de mobilier en bois massif, rendez-vous en janvier à Maison&Objet. Ensuite, cap sur Milan en avril, où il lancera sa première collection d’objets conçue en collaboration avec d’autres designers.

Christophe Delcourt
47 rue de Babylone Paris-7
(01 42 71 34 84)
www.christophedelcourt.com

Miroir « Syo » et console « Sen » en  cuir et laiton patiné  pour la structure.

Miroir « Syo » et console « Sen » en cuir et laiton patiné pour la structure.

Jeu de jambes pour  la table « Ibu » en chêne éclairée par la suspension « Tys » en acier laqué  et chêne.

Jeu de jambes pour la table « Ibu » en chêne éclairée par la suspension « Tys » en acier laqué et chêne.

Bibliothèque « Amy »  en chêne et bureau « Ibu ».

Bibliothèque « Amy » en chêne et bureau « Ibu ».

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