Digne héritier d’Oscar Niemeyer, Marco Kogan est l’un des architectes qui défend le mieux la créativité brésilienne d’aujourd’hui, comme en témoigne l’un de ses fleurons, Casa Dos Ipès. Par Dominic Bradbury & Claire Bossu-Rousseau – Photos Richard Powers

Le mobilier d’extérieur en bois recyclé, est signé Carlos Motta, un architecte spécialisé dans la création de pièces en bois épurées. A l’image de la collection « Asturias » qui s’inspire de la beauté organique de la jungle brésilienne primitive. Tableau de l’artiste brésilien Rag.

Conçu par Marcio Kogan et Lair Reis du Studio mk27 pour un jeune couple amateur d’art contemporain et leur enfant de 2 ans, ce morceau de paradis semble presque trop beau pour être vrai. Il est en effet plutôt rare de trouver au cœur d’une ville comme São Paulo, une maison qui se vive aussi ouvertement. Située dans un quartier tranquille et verdoyant de la métropole, Casa Dos Ipès arbore un faux air de maison de campagne. Le rez-de-chaussée s’ouvre de toutes parts sur les terrasses qui l’entourent, une piscine et un jardin, tandis que l’étage – une boîte en béton composée de quatre chambres et d’un salon privé – semble flotter au-dessus de manière protectrice. Les clients avaient exprimé leur désir de voir toutes les structures entièrement dissimulées à la vue, ce qui a conduit à ce bloc aux piliers inexistants.

L’une des conséquences positives de ce type d’architecture aboutit à une fluidité de circulation maximale entre jardin et bâtisse, ce que confirme Marcio Kogan : « Il existe une forte relation entre l’intérieur et les espaces extérieurs et il est difficile de séparer les deux. Il s’agissait d’un moyen de valoriser le sentiment d’espace qui est primordial pour moi. L’habitat ne se résume pas à quatre murs, le jardin est englobé. Mais la maison n’est pas totalement ouverte non plus – ce n’est pas qu’une enveloppe de verre. Il y a une base arrière, c’est la cuisine et les pièces de service en sous-sol. »

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L’entrée principale se fait via quatre portes spectaculaires et pivotantes en friejo, un bois dur brésilien. Celles-ci permettent de tout cloisonner ou au contraire d’abolir toute frontière entre intérieur et extérieur. Guéridon « Diana » de Konstantin Grcic (Classicon), poufs « Sushi Joy » de von Vliet pour Moroso, canapé « Hall » par MiCasa, fauteuil noir Jean Prouvé (Vitra).

Savoir aménager des coins d’intimité

Une immense pièce commune occupe pratiquement tout le premier niveau, longée d’une longue bibliothèque murale. Face à elle, un canapé sur mesure déploie ses assises de tous côtés pour profiter tantôt de la vue côté jardin tantôt pour jouir de moments plus intimistes. « Nous souhaitions un endroit où nous pourrions passer la journée en famille et entre amis, regarder des films ou écouter de la musique et cuisiner – le tout dans le même espace », racontent les propriétaires. « Nous ne voulions pas avoir des pièces à des fins différentes mais qu’elles aient en tout cas toutes vue sur la piscine et le jardin. Nous recevons beaucoup, il fallait que ce lieu soit particulièrement spacieux. »

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Dans la pièce à vivre ouvrant sur la terrasse de la piscine partiellement ombragée par le surplomb de l’étage supérieur, le sol en travertin est le point commun visuel des différents espaces. Fauteuil jaune « up1 » de Gaetano Pesce pour B&B Italia. Suspensions « Torch » de Sylvain Willenz pour Established & Sons. Table et chaises Eero Saarinen (Knoll), lampe Bamboo créée par Committee (Moooi), tapis Nani Chinellato.

Une approche quasi cinématographique

Marcio Kogan, lui-même fils et petit-fils d’architecte, précise qu’il puise son inspiration dans un ensemble éclectique d’influences architecturales, littéraires, et cinématographiques. Il avoue d’ailleurs un faible pour le film « Mon oncle » de Jacques Tati réalisé en 1958. Ce n’est donc pas un hasard si sous le bloc en béton aveugle – qui n’est pas sans évoquer la forme d’un écran de cinéma -, les immenses portes en bois permettent lorsqu’elles se ferment de créer une pénombre qui rappelle celle des salles obscures.

Il reconnaît aussi bien volontiers s’inspirer également du travail des architectes modernistes des années 40 et 50. Avec un design minimaliste et stylisé, Marcio Kogan s’approprie à sa façon l’esprit du modernisme tropical. Ses lignes en béton brut, simplissimes et connectées à la nature luxuriante, sont une merveille d’équilibre entre le végétal et le minéral.

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Fauteuil « up5 » et repose-pied « up6- la mamma » de Gaetano Pesce pour B&B Italia. 

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Dans la chambre, le rocking chair « JJ » de Citterio pour B&B Italia.

A propos de l'auteur

Claire Bossu-Rousseau

Avocate reconvertie en journaliste déco dans la presse écrite depuis bientôt dix ans, Claire déniche les sujets – des maisons privées au caractère unique – qui seront ensuite publiés dans de prestigieux magazines français et étrangers. En France, l'auteur est fidèle à Résidences Décoration qui lui renouvelle régulièrement sa confiance en publiant nombre de ses reportages dont beaucoup ont fait la couverture !





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