Tout mettre à nu, innover, étonner, tel était le cahier des charges proposé à Guillaume Alan et son associée Emilie Le Corre pour réinventer un appartement haussmannien surplombant la Seine, face à la tour Eiffel. Mission accomplie.  

A 24 ans, Guillaume Alan, qui a vécu dans un environnement esthétisant, sensibilisé à la décoration, ouvre à Saint-Germain- des-Prés son bureau d’études de mobilier et concept architectural. Véritable show- room pour dévoiler dans un espace qu’il a conçu ses premières collections. Le contenant, lignes pures, sol en béton, vaut le contenu. Le jeune homme et son associée Emilie Le Corre sont vite repérés dans ce quartier où les courants trendy se nourrissent de nouveautés.

Neuf ans plus tard, ils implantent une antenne à Londres, dans le très smart quartier de Mayfair. Vitrine ouverte sur le monde au cœur d’un borough où les personnes fortunées de toute la planète ont leurs habitudes. Le duo s’y taille une renommée internationale et acquiert une clientèle appréciant le savoir-faire et l’élégance à la française. « Mais travailler en France sur des projets comme celui-ci, c’est un rêve. Un rêve de pouvoir exposer ses idées parfois très audacieuses et de les réaliser dans un appartement où grâce à la confiance des deux propriétaires tout est no limit », explique Guillaume Alan. Depuis longtemps, les acquéreurs de cette surface de 180 mètres carrés au Trocadéro apprécient les éditions et suivent les travaux du duo Le Corre-Alan. Ils en sont fans, avouent-ils.

Naturellement, une fois la perle rare dénichée, un dernier étage dans un immeuble de standing haussmannien, dévoilant la capitale à 360°, ils les sollicitent connaissant leur capacité à maîtriser les différentes phases d’un chantier. Douze mois après le début des travaux, les clés remises, le résultat récompense leur attente.

« Mon inspiration a été boostée par l’entière liberté accordée par ce couple de grands voyageurs esthètes. S’exprimer sans contrainte est un moteur incroyable. Les idées s’imposent avec clarté pour composer un univers poétique, minimaliste mais chaleureux, un espace calme, serein reprenant certains standards d’hôtels haut de gamme où mes clients posent leurs valises et auxquels ils sont sensibles. »

Le fil rouge : éviter toute rupture d’une pièce à l’autre mais au contraire les inscrire dans la continuité en utilisant les mêmes matériaux : marbre de Carrare tendrement veiné, frêne et chêne brossés, palette de couleur réduite avec une teinte craie très subtile oscillant entre le blanc et le gris, composée sur mesure. Cette nuance se décline sur les murs, le mobilier, le cuir, les tentures de lin lourd ajoutant à la clarté, à la lumière omniprésentes en toutes saisons et à toute heure du jour, compte tenu de l’orientation des lieux et de leur élévation dans le ciel.

Art de vivre, art d’habiter

Autre donnée intégrée dès les esquisses et les plans, la sensibilité épicurienne, hédoniste, festive du couple. « Amateur de grands vins, de cigares et de mets raffinés, madame, juriste, et monsieur, directeur financier, aiment organiser dîners et soirées pour partager leurs découvertes gastronomiques et œnologiques entre amis. J’ai donc dessiné une cave à vins sur mesure, seule note de couleur un peu tranchante, reprenant celle des capes de cigares, meuble-lien, convivial entre salon, salle à manger et cuisine. Comme un point stratégique, un ancrage. » A l’instar de la cave à vin, tout le mobilier a été pensé et dessiné par Guillaume Alan, ajoutant encore à la cohérence. Il a abordé ce projet dans la pure tradition des décorateurs-ensembliers du XIXe siècle, sélectionnant avec rigueur des matériaux.

Pour le marbre naturel de Carrare, il a privilégié ce qu’il appelle un veinage poétique, à peine suggéré afin de le positionner au millimètre près pour former des lignes ou autres dessins parfaits. Même sélection rigoureuse des différentes essences de bois dans une quête constante de perfection, d’excellence, de tradition artisanale qui, alliée à la créativité, la sensibilité et la poésie, dessine un style épuré, harmonieux, très personnel. Il suffit de contempler, dans le salon, la cheminée de trois mètres de long, taillée dans un seul bloc de marbre et qui semble légère, flottante. « J’aime écrire chapitre après chapitre, chantier après chantier, ma vision du minimalisme, inspirée par l’Histoire, en me débarrassant de tout superflu. » Ne conservant l’opulence que dans l’esprit. Le souffle.

 

Texte : Anne-Marie Cattelain-Le Dû – Photos : Matthew Donaldson