La photographie d’art fait de plus en plus d’émules. En novembre, c’est Le Mois de la photo, entre foires et festivals. Quels artistes choisir ? Où acheter ? Si l’on sait s’y prendre, la photographie n’est pas un art réservé aux millionnaires.

Par Virginie Seguin

Self Portrait de Jun Ahn chez Christophe Guye (Zurich).

Self Portrait de Jun Ahn chez Christophe Guye (Zurich).

Sean Hemmerle, galerie Feroz (Bonn) à Paris Photo.

Sean Hemmerle, galerie Feroz (Bonn) à Paris Photo.

Alors que le salon Paris Photo confirme son succès international avec une première édition américaine dans les studios de la Paramount à Los Angeles, où plus de 13.500 visiteurs ont afflué au printemps dernier, Fotofever, né en 2011, organise une double édition à Bruxelles en octobre et à Paris en novembre. Photo Saint-Germain-des-Prés, qui propose un parcours photographique thématique dans une quarantaine de lieux du 6e arrondissement, fête sa troisième édition, tandis qu’à Deauville, Planche(s) Contact récidive pour la quatrième année. C’est un fait acquis, la photographie contemporaine s’est imposée sur le marché de l’art. Le phénomène relativement récent permet de rentrer dans la cour des collectionneurs même avec des petits moyens. A défaut de conseiller privé, prenez le temps de vous former ! Dans la photographie contemporaine, la signature et la numérotation sont de règle. La réglementation l’impose en France depuis un décret de 1991 qui stipule que « sont considérées comme œuvres d’art, les photographies dont les épreuves sont exécutées soit par l’artiste, soit sous son contrôle ou celui de ses ayants droit et sont signées par l’artiste et authentifiées par lui-même ou ses ayants droit et numérotées dans la limite de trente exemplaires tous formats et supports confondus. Toute épreuve posthume doit être indiquée comme telle au dos de façon lisible. » La numérotation fait parfois l’objet de pratiques peu scrupuleuses. Elle est souvent associée à un format donné, la même image pouvant être tirée en plusieurs dimensions. Rien à redire s’il s’agit d’une simple pratique commerciale visant à différentier les marchés et clairement connue des collectionneurs. Le geste est plus contestable quand il est effectué a posteriori, pour continuer à exploiter une image recherchée mais épuisée.

Ralph Gibson, sans titre, 2001,  tirage argentique, Galerie Aittouarès.

Ralph Gibson, sans titre, 2001,
tirage argentique, Galerie Aittouarès.

« Fosters Pond » d’Arno Rafael Minkkinen, galerie Arcturus (Photo Saint-Germain).

« Fosters Pond » d’Arno Rafael Minkkinen, galerie Arcturus (Photo Saint-Germain).

John Hendricks par Sylvia Plachy, Galerie Espaces 54.

John Hendricks par Sylvia Plachy, Galerie Espaces 54.

Trouvez le bon angle

On peut tracer son chemin soi-même en fréquentant les librairies de photographies, souvent tenues par des passionnés qui aiment partager leur savoir. Stages, conférences et lectures permettent de parler la même langue que les professionnels. De s’y retrouver entre vintage, tirage contemporain à la prise de vue fait par le photographe ou sous son contrôle direct, contretype obtenu à partir d’une épreuve photographique re-photographiée, et autres termes techniques qui font la différence au niveau du prix de l’acquisition. Fréquentez assidûment les expositions pour exercer votre regard. Pour connaître les bonnes adresses, rendez-vous sur les sites des salons spécialisés qui référencent tous leurs exposants. Lorsque vous avez bien arpenté galeries et institutions, avant de vous lancer dans un premier achat, œuvrez comme un vrai collectionneur pour ne pas vous disperser. La première chose est de se définir une période : que préférez-vous ? Les photographes d’hier ou ceux d’aujourd’hui ? Certains vont jusqu’à délimiter une zone géographique, l’Europe, l’Amérique latine. Une collection solide doit être cohérente. Déterminez un thème de prédilection. L’eau, comme à Paris Photo qui présente sous le titre Acqua, une sélection que Giorgio Armani a faite parmi les galeries de la Foire et les trois institutions invitées dans le cadre de l’exposition « Acquisitions récentes », soutenue par le créateur : l’Art Gallery of Ontario, le Museum Folkwang et l’Instituto Moreira Salles. Le Festival Photo Saint-Germain-des-Prés lui aborde la question du visage et du corps humain à travers différentes époques et différents genres, du portrait au nu en passant par la photographie d’archives médicales ou encore les études ethnographiques. A la galerie Espaces 54, Juliette Aittouares-Caillon présente les portraits en noir et blanc de Sylvia Plachy qui vont de Marguerite Duras à Isabelle Huppert en passant par Basquiat et Jorge Luis Borges. Dans un autre genre, au salon Fotofever, découvrez le sujet de prédilection d’Alexandre Dupouy, collectionneur français, qui exposera sa collection dédiée à « La fesse ».

Prada-Mädchen de Dorothée Golz,  Charim Galerie (Vienne) à Paris Photo.

Prada-Mädchen de Dorothée Golz,
Charim Galerie (Vienne) à Paris Photo.

Harold Eugene Edgerton (1903-1999), estimation 3000/4000 € chez Christie’s Paris le  14 novembre 2013.

Harold Eugene Edgerton (1903-1999), estimation 3000/4000 € chez Christie’s Paris le 14 novembre 2013.

De plus en plus arty

Dans l’importante exposition « Des images comme des Oiseaux », qui s’est terminée fin septembre à Marseille, il n’y avait quasiment pas de paysages, quatre-vingt pour cent des images figuraient des corps. Ses commissaires, les artistes Patrick Tosani et Pierre Giner qui ont fait une sélection à partir du fonds du Centre National des Arts Plastiques, soulignaient : « Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est qu’il est question ici du photographique plus que de la photographie, de la manière dont l’art contemporain s’est emparé de ce médium, plus que de la famille stricto sensu des photographes. Ce sont des objets d’artistes. » Ils montraient en effet des pièces de Renaud Auguste-Dormeuil, Marie-Ange Guilleminot, Raymond Hains… et des œuvres d’art conceptuel, qui ont autant de pertinence que des photographies de Walker Evans, William Klein, Robert Doisneau, George Rodger. Un accrochage bluffant qui illustrait la nouvelle tendance de ce marché amorcée en 2011 avec l’installation de Paris Photo au Grand Palais. Des galeries non spécialisées dans la photo ont attiré leurs collectionneurs habitués à des prix élevés. A Paris Photo 2012, chez Jérôme de Noirmont, les grands formats de Valérie Belin (27.000 euros), qui superposent des femmes mariées et des vitrines de boutiques, occupaient la moitié du stand. Quant aux immenses images manipulées de l’Allemand Thomas Ruff, exposées chez Larry Gagosian, elles grimpaient jusqu’à 470.000 €.

Afrique de Sebastião Salgado, à la MEP et Galerie Polka.

Afrique de Sebastião Salgado, à la MEP et Galerie Polka.

Une très large palette de prix

On est loin des records historiques. « Si vous disposez de dix mille euros par an, c’est trop peu pour se lancer dans une collection de photographies plasticiennes, un genre très en vogue aujourd’hui, précise Alexis Fabry, fondateur des éditions Toluca. Mais avec la même somme, vous pouvez acheter une ou deux photos majeures par an de photographes américains de paysages des années 1970 par exemple, et posséder les mêmes œuvres que celles qui sont accrochées au musée d’Art moderne (MoMA) de New York. » Une référence de taille quand on sait que ce musée était pionnier lorsqu’il inaugure un département photographie en 1940, soit plus de trente ans avant l’ouverture de la première galerie française consacrée à la photographie, celle d’Agathe Gaillard. La célèbre foire de Bâle, elle, a mis en place sa section photographie en 1989. « Pour 1500 euros, on peut trouver un vintage du Mexicain Pablo Ortiz Monasterio. Si vous vous intéressez à l’Afrique, une photo de l’excellent Nigérian J.D. Okhai Ojeikere est accessible pour encore moins cher. Et avant que son œuvre ne soit couronnée en 2007 par le Lion d’or de la Biennale de Venise, Malick Sidibé négociait ses tirages à moins de 1000 euros », ajoute Alexis, passionné de beaux tirages. Comme pour toute œuvre d’art, achetez pour vous faire plaisir et non pour spéculer. La plupart des photographes contemporains ont été introduits sur le marché depuis peu. Il est périlleux de déduire une cote synthétique fiable pour ces jeunes artistes. A l’image de Cindy Sherman, l’une des figures de proue de la photographie plasticienne, les prix peuvent doubler dans l’année, et retomber aussitôt.

Noémie Goudal, galerie Les Filles du Calvaire.

Noémie Goudal, galerie Les Filles du Calvaire.

INFOS PRATIQUES

Enchères

Christie’s Paris disperse le 14 novembre, 169 tirages de la collection personnelle d’Agathe Gaillard.
Exposition publique du 11 au 14 novembre au 9 avenue Matignon, Paris-8
www.christies.com

Sotheby’s France propose le 15 novembre, des œuvres-phares de chaque époque de l’histoire de la photo.
Exposition publique du 12 au 14 novembre au 76 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris-8
www.sothebys.com

Zoom

Foire Paris Photo du 14 au 17 novembre au Grand Palais : 135 galeries, dont 27 nouvelles retenues et 27 éditeurs spécialistes du livre
de Photographie
(01 47 56 64 74)
www.parisphoto.com
www.parisphoto.com/agenda

Planche(s) Contact, Festival de photographie de Deauville du 26 octobre au 1er décembre
www.deauville-photo.fr

Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône
(03 85 48 41 98)
www.museeniepce.com