L’un des plus vieux ports du monde abrite l’un des appartements les plus contemporains de Tel Aviv. Dans le quartier de Jaffa, l’architecte Pitsou Kedem s’est fait archéologue et designer minimaliste le temps de redonner vie à une authentique maison de ville.

Par Claire Bossu-Rousseau – Photos Amit Geron/Arcaid

Réussissant à combiner l’histoire, l’émotion et la séduction, sans oublier le confort (!), le designer a trouvé le parfait équilibre entre passé et modernité. Même si la chambre habillée de luminaires et de meubles contemporains est simplissime, haut de gamme et bien-être restent les maîtres mots. Lit Porro.

Réussissant à combiner l’histoire, l’émotion et la séduction, sans oublier le confort (!), le designer a trouvé le parfait équilibre entre passé et modernité. Même si la chambre habillée de luminaires et de meubles contemporains est simplissime, haut de gamme et bien-être restent les maîtres mots. Lit Porro.

L’animation bat son plein dans les ruelles bordées de maisons au riche passé. Bars et restaurants sont bondés, les touristes nombreux. La cité antique qui était une étape importante sur les routes de l’Orient pour les Européens dès le Moyen Age et dont l’histoire tumultueuse s’est faite de conquêtes et de reconquêtes, de destructions et de reconstructions, n’a rien perdu de son charme. Dans la vieille ville, de nombreux bâtiments de l’époque ottomane existent encore. Les pêcheurs sont toujours les premiers acteurs du port millénaire de Jaffa qui vit jour et nuit.

C’est sur ce joyeux spectacle que s’ouvre l’appartement tout juste rénové dans les règles de l’art par l’architecte israélien Pitsou Kedem spécialisé dans la restauration du patrimoine ancien. Situé en haut d’une petite colline au cœur du quartier des artistes dans une bâtisse vieille de trois cents ans, l’appartement avait souffert de nombreuses transformations au gré des propriétaires qui s’y étaient succédé.

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Les impressionnants volumes dégagés par l’architecte garantissent une circulation fluide. Canapés et table basse Living Divani, tapis de José Gandía-Blasco pour Gan Rugs.

Attachant d’une manière générale une importance particulière à l’histoire du bâti, l’architecte a ici encore privilégié une démarche conservatoire et de mise en valeur de l’existant. Cela a donné lieu à un vrai travail de fond qui comprit notamment une étude des techniques de maçonnerie propres aux différentes époques et la réalisation d’échantillons pour trouver les matériaux les plus appropriés. Il lui a fallu être éminemment attentif aux finitions, réfléchir aux teintes des enduits, toutes activités tendant à la valorisation du patrimoine à travers la réhabilitation, la rénovation et la restauration de ce bien précieux qui a su traverser les âges. Avec le temps, les agencements successifs avaient en effet fini par ensevelir un historique fort que la rénovation a permis de faire ressurgir.

La resurrection de ce bâtiment traditionnel, soit une entité conçue selon des savoir-faire anciens et géographiquement liés à la région, ne pouvait évidemment pas s’appréhender de la même façon qu’une nouvelle construction. En outre, le bâti des anciens répondant à une logique climatique, structurelle et constructive singulière, il s’agissait de bien la connaître et la comprendre avant de l’adapter à un mode de vie contemporain. L’autre objectif de Pitsou Kedem était donc de respecter les codes de l’architecture locale et l’enveloppe du bâtiment tout en y incorporant le style moderne et minimaliste qui est l’empreinte de son cabinet : « Les murs ont subi une opération chirurgicale. Nous avons nettoyé les ajouts apportés au fil des ans de manière plus ou moins heureuse et affiné la charpente d’origine. »

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Les murs et le plafond de forme caverneuse ont été laissés bruts, sans fioritures pour mettre en lumière la beauté de la pierre et de la brique. L’éclairage joue un rôle important, il met l’accent sur l’aspect grandiose de l’édifice. Dans la salle à manger, une œuvre d’art signée Boaz Aharonovitch.

Les murs et le plafond de forme caverneuse ont été laissés bruts, sans fioritures pour mettre en lumière la beauté de la pierre et de la brique. L’éclairage joue un rôle important, il met l’accent sur l’aspect grandiose de l’édifice. Dans la salle à manger, une œuvre d’art signée Boaz Aharonovitch.

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Ce lieu historique dans lequel l’antique et le moderne convolent en justes noces, sert d’écrin à de grandes pointures du design comme les cuisines Boffi.

Ressusciter ces vieilles pierres s’est apparenté à un travail d’archéologue long et minutieux. Pendant les travaux, des trésors ont été révélés comme ces voûtes en arc mises en valeur depuis et ces pierres d’origine laissées apparentes. Le mobilier ultra moderne vient avec hardiesse rivaliser avec les fondations historiques. Le dialogue est étonnamment fluide entre les deux espaces temps. Par ailleurs, il n’existe pas de vraie séparation entre la partie privée et les pièces de réception car l’aménagement a été commandé par un couple sans enfants. Recevant souvent, la perspective de pouvoir garder les volumes généreux de la structure originale était pour eux une aubaine. Le recours exclusif à des matériaux naturels et l’absence de décoration superflue étaient le dernier défi que l’architecte a relevé à la perfection. Devenue loft urbain, l’œuvre de Pitsou Kedem est aujourd’hui un écrin d’élégance et de minimalisme confortable. Chaque pièce délivre une expérience visuelle différente, marquant l’attention particulière apportée aux plus petits détails. Chacune porte en elle sa singularité. Le résultat est un mélange réussi entre passé, présent et futur.

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Là où de nombreuses réhabilitations ont eu pour conséquences de dénaturer l’aspect architectural par des transformations irrespectueuses essentiellement liées au mode d’isolation et à l’adjonction d’enduits base ciment, l’architecte Pitsou Kedem a lui réussi à unifier avec la pierre, un dialogue vieux de 300 ans.
Au bâtiment ancien, il a opposé des meubles modernes et une nudité toute contemporaine.